Aller au contenu
Bas de Laine

La Volière · rez-de-chaussée

La Salle du Tri Postal · L'enveloppe parle plus que la lettre

Un commis ne lit jamais les lettres. Il lit les enveloppes : qui écrit à qui, quand, combien de fois. Il en sait déjà beaucoup trop.

Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.

Quête : L'enveloppe parle

  • Objectif de taverne : Dites quel mode de Telegram est chiffré de bout en bout.
  • Objectif de donjon : Ouvrez l'onglet Réseau de votre navigateur, trouvez la fausse requête mouchard de la salle, et collez son nom.

Effort : 1 sur 5. Liberté gagnée : 2 sur 15. Classement : Échauffement.

La boussole de la salle
CaractéristiqueGain (0 à 3)
Garde0
Juridiction0
Monnaie0
Discrétion1
Confort3
Prudence1
CaméraDiscrétion gagnée (0 à 3)
la caméra du Badaud1
la caméra du Changeur0
la caméra du Marchand1
la caméra de l'Intendance0

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : la Salle du Tri Postal, au rez-de-chaussée de la Volière, la partie du site sur les messageries.
  2. Ce que vous apprenez : le chiffrement protège ce que vous écrivez, mais pas à qui, quand ni d’où vous l’écrivez.
  3. Ce que vous faites : vous vérifiez ce que vos messageries chiffrent vraiment. Puis vous voyez un faux bouton « Partager » envoyer des données sans aucun clic.
  4. Ce qu’il vous faut : un ordinateur, sans argent ni compte. Effort : 1 sur 5. Durée : quinze à vingt minutes.
  5. Ce que vous y gagnez : vous savez ce que votre messagerie et les sites que vous lisez apprennent sur vous.

Pourquoi cette salle

Vos messages sont peut-être chiffrés, c’est-à-dire illisibles pour qui n’a pas la clé. Mais le chiffrement protège la lettre, pas l’enveloppe.

L’enveloppe, ce sont les métadonnées : qui écrit à qui, quand, combien de fois, depuis quel appareil et quelle adresse. La Poste n’a jamais eu besoin d’ouvrir une lettre pour savoir que vous écrivez tous les mardis au même cabinet d’avocats, ni votre messagerie.

Sans rien installer, vous saurez :

  • ce que WhatsApp chiffre, et ce qu’il collecte malgré tout ;
  • pourquoi Telegram ne chiffre pas de bout en bout par défaut, et quel mode le fait ;
  • comment repérer, de vos propres yeux, un bouton « Partager » qui parle avant votre clic.

L’histoire

En 2013, l’agence de renseignement américaine collecte en masse les relevés d’appels téléphoniques, sans le contenu des conversations. Ses défenseurs répètent que ce ne sont « que des métadonnées » : des numéros et des horaires, rien de personnel.

Trois chercheurs de l’université Stanford vérifient. 823 volontaires installent sur leur téléphone Android une application qui relève seulement l’enveloppe : quel numéro appelle quel numéro, à quelle heure, combien de temps. Jamais une parole ni le texte d’un message. L’équipe récolte 251 788 appels et 1 234 231 SMS, puis cherche qui se trouve au bout des numéros, avec des annuaires publics et un moteur de recherche.

Les résultats paraissent en 2016 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, une revue scientifique américaine. Trois cas, anonymisés par les auteurs :

  • Le participant B reçoit un long appel du service de cardiologie d’un centre médical, appelle un laboratoire d’analyses, reçoit plusieurs appels d’une pharmacie, puis appelle l’assistance d’un appareil qui surveille le rythme cardiaque. Des sources publiques confirment qu’il souffre d’arythmie.
  • Le participant C appelle souvent une armurerie spécialisée dans un modèle de fusil semi-automatique, puis passe de longs appels au service client du fabricant. Il en possédait un.
  • La participante E passe un long appel à sa sœur, tôt le matin. Deux jours plus tard, elle appelle plusieurs fois un centre de planning familial, puis le rappelle deux semaines et un mois après.

Personne n’a écouté une seule conversation : l’enveloppe a suffi. Et, notent les auteurs, même quand une déduction est fausse, paraître malade, armé ou enceinte a déjà des conséquences.

En 2014, lors d’un débat universitaire, un ancien directeur de cette même agence a été plus direct : « We kill people based on metadata », « nous tuons des gens sur la base de métadonnées ». Il parlait de frappes de drones à l’étranger, mais sa phrase dit la valeur que les professionnels donnent à l’enveloppe.

Votre groupe WhatsApp « Famille » ne vous expose à aucun drone. Mais l’enveloppe de vos conversations existe, chez quelqu’un : cette salle vous apprend chez qui, et ce qu’il y a dessus.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui fait tout savoir à tout le monde : « Le cachet protège ce que j’écris, pas à qui ni à quelle heure. J’ai cacheté toutes mes lettres pendant dix ans, et tout le royaume connaît quand même mes amours. »

La recette

Trois étapes, sans rien installer : la liste de ce que vos messageries savent, deux minutes de réglages, et un mouchard pris sur le fait.

Étape 1 : écrivez votre propre enveloppe

Prenez le dernier message que vous avez envoyé, sur n’importe quelle application. Sans regarder son contenu, notez ce qu’en sait l’entreprise qui le transporte :

Sur l’enveloppe Exemple
L’expéditeur votre numéro de téléphone, ou votre identifiant
Le destinataire le numéro de votre sœur, ou un groupe de 14 personnes
L’heure mardi, 23 h 47
La fréquence le troisième message à cette personne aujourd’hui
Le lieu approximatif déduit de votre adresse IP (l’adresse de votre connexion) ou de votre réseau mobile
L’appareil modèle de téléphone, version du système
Votre carnet d’adresses si l’application y a accès

Ces sept lignes ne disent rien de ce que vous avez écrit. Sur un mois entier, elles donnent la carte de votre vie sociale, vos horaires, vos insomnies et les médecins que vous consultez.

Distinguez deux sortes de chiffrement :

  • le chiffrement de bout en bout est une lettre scellée : seuls l’expéditeur et le destinataire ont les clés, et le serveur (l’ordinateur de l’entreprise qui fait passer vos messages) transporte une enveloppe qu’il ne peut pas ouvrir ;
  • le chiffrement client-serveur protège le trajet, mais le serveur peut lire le message à l’arrivée.

Beaucoup d’applications jouent sur la confusion entre les deux.

Étape 2 : vérifiez ce que fait votre messagerie actuelle

Si vous utilisez WhatsApp. 46,3 millions de personnes l’ont ouvert en France en février 2025, selon Médiamétrie. Le contenu de vos messages et de vos appels est chiffré de bout en bout, une vraie protection. Mais sa politique de confidentialité européenne indique qu’il collecte :

  • vos informations d’usage : activité, heure, fréquence et durée de vos échanges, statut « vu à » ;
  • votre appareil et votre connexion, adresse IP comprise ;
  • une localisation approximative, déduite de votre IP et de l’indicatif de votre numéro ;
  • votre carnet d’adresses, si vous l’autorisez, et, pour vos contacts absents de WhatsApp, une empreinte de leur numéro (un hachage : un code calculé à partir du numéro).

Il les partage aussi avec les autres sociétés du groupe Meta : la lettre est scellée, mais l’enveloppe est photocopiée et classée. Trois réglages, en deux minutes :

  1. Ouvrez Paramètres → Confidentialité → « Vu à et en ligne ». Choisissez Personne ou Mes contacts.
  2. Ouvrez Paramètres → Confidentialité → Avancé, et activez « Protéger l’adresse IP pendant les appels » : vos appels passent par les serveurs de WhatsApp, et votre correspondant ne voit plus votre IP. La qualité peut baisser.
  3. Dans les réglages de votre téléphone, retirez à WhatsApp l’accès aux contacts. Vous verrez des numéros au lieu des noms : c’est à cela que servait l’accès.

Les deux premiers réglages réduisent ce que voient les autres utilisateurs ; le troisième retire votre carnet d’adresses à Meta. Pour le reste de l’enveloppe, il faut changer d’outil : c’est la salle suivante, le Pigeonnier Discret · Signal, numéro masqué.

Si vous utilisez Telegram. C’est le point le plus mal connu de la Volière : par défaut, Telegram ne chiffre pas de bout en bout. Les conversations ordinaires (les « cloud chats ») sont stockées sur ses serveurs, chiffrées pendant le trajet et sur le disque, mais Telegram garde les clés : c’est pour cela que vous retrouvez tout votre historique sur un nouveau téléphone. Les groupes et les canaux fonctionnent tous ainsi.

Un seul mode chiffre de bout en bout : la conversation secrète, à lancer à la main depuis le profil d’un contact (« Démarrer une conversation secrète »). Elle ne marche qu’à deux, sur un seul appareil, et l’historique ne vous suit pas sur un autre téléphone, puisque le serveur ne peut pas le lire.

Côté enveloppe, Telegram peut conserver votre IP, vos appareils et l’historique de vos noms d’utilisateur douze mois au plus, selon sa politique. Depuis fin septembre 2024, celle-ci prévoit de transmettre à la justice l’IP et le numéro d’un suspect, sur décision valide d’un juge ; avant, seulement pour les affaires de terrorisme.

Si vous tenez à Telegram, pour ses canaux d’information par exemple, gardez-le pour lire, et passez en conversation secrète pour ce qui ne regarde que vous et votre interlocuteur.

Pour comparer : ce que Signal livre à la justice

Signal chiffre tout de bout en bout, par défaut, groupes compris. Il publie ses réponses à la justice américaine : la date d’inscription d’un compte et celle de sa dernière connexion, rien d’autre. Dans une affaire du district de Columbia, une demande visait 37 numéros ; Signal a fourni ces deux dates pour 6 comptes.

Étape 3 : prenez un mouchard sur le fait

Au bas d’un article, sur un site d’actualité, une rangée de petits logos vous propose de « Partager » sur Facebook, X ou LinkedIn. Ce bouton n’est souvent pas une simple image, mais un morceau de code que le site va chercher chez le réseau social, au moment où la page s’affiche.

Pour le livrer, le réseau social reçoit votre adresse IP et l’adresse de la page que vous lisez. Si vous êtes connecté chez lui, il peut aussi recevoir ses cookies (de petits fichiers posés dans votre navigateur pour vous reconnaître), et sait alors qui vous êtes. Tout cela part avant tout clic, que vous ayez un compte ou non. Safari et Firefox bloquent désormais par défaut une partie de ces cookies tiers ; l’IP et l’adresse de la page partent quand même.

La Cour de justice de l’Union européenne l’a constaté en 2019, dans l’affaire Fashion ID : les données des visiteurs d’un site de vêtements partaient vers Facebook dès l’affichage du bouton « J’aime », clic ou pas, compte ou pas.

Le château (le site) contient une page de démonstration avec un faux bouton de partage. Il ne parle à aucun réseau social : il appelle le site lui-même, comme un vrai mouchard appellerait chez lui.

  1. Ouvrez la page de démonstration depuis la Cafetière (l’encart qui vérifie vos réponses, dans votre navigateur), sur ordinateur : les navigateurs de téléphone n’ont pas les outils nécessaires.
  2. Ouvrez les outils de développement : touche F12 sous Windows et Linux, Cmd + Option + I sur Mac. Sur Safari, cochez d’abord, dans Réglages → Avancé, l’option qui affiche les fonctionnalités pour les développeurs web.
  3. Cliquez sur l’onglet Réseau (Network). Il liste chaque requête que la page envoie : chaque demande adressée à un serveur, un fichier à livrer ou des données à recevoir.
  4. Rechargez la page, sans toucher au bouton. Des lignes apparaissent.
  5. Repérez la ligne qui ne ressemble pas aux autres : ni une image du site, ni une feuille de style, ni la police. Cliquez dessus et regardez ce qu’elle emporte : l’adresse de la page, l’heure, votre langue.

Des milliers de sites font la même chose à chaque visite. En 2016, des chercheurs ont mesuré le million de sites les plus visités : six sociétés extérieures seulement étaient présentes sur plus de 10 % d’entre eux, dont Google, Facebook et Twitter.

La parade : un bloqueur de contenu empêche ces boutons de se charger. uBlock Origin le fait (ou uBlock Origin Lite sur Chrome), comme les bloqueurs intégrés à Brave et à Firefox. L’Écurie des Montures · Navigateur, bloqueur, moteur de recherche vous aide à choisir. Le château, lui, n’affiche aucun vrai bouton de réseau social.

Les variantes : sur votre téléphone, et la conversation secrète

Les applications font la même chose que les boutons, avec des « kits de développement » intégrés (des morceaux de code fournis par un réseau social). En 2018, l’association Privacy International a examiné 34 applications Android. Chacune avait été installée entre 10 et 500 millions de fois. Au moins 61 % d’entre elles envoyaient des données à Facebook dès leur ouverture, que l’utilisateur ait un compte Facebook ou non.

Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
Supprimer les applications dont vous n’avez pas besoin quelques minutes moins de kits qui parlent à l’ouverture rien : vous pourrez les réinstaller
Refuser les accès inutiles (contacts, localisation, micro) quelques minutes moins de données collectées une fonction peut redemander l’accès
Passer vos échanges sensibles en conversation secrète Telegram une minute par contact une lettre que Telegram ne peut pas lire perdre l’historique de cette conversation si vous changez de téléphone

La boussole

Par rapport au village (vos applications habituelles), cette salle change surtout ce que vous savez. Le gain de protection arrive à la salle suivante.

Axe Pourquoi
Garde Vos conversations restent chez le même opérateur.
Juridiction Rien ne change de pays ni de droit.
Monnaie Pas un centime en jeu.
Discrétion Quelques réglages réduisent ce que voient les autres utilisateurs ; une conversation secrète Telegram scelle une lettre que Telegram pouvait lire, mais l’enveloppe reste visible. Surtout, vous savez la lire.
Confort Vous gardez vos applications et vos habitudes.
Prudence (un risque existant réduit) Vous ne prendrez plus Telegram pour un coffre-fort, ni un bouton « Partager » pour une simple image.

Pour situer : un SMS classique ne protège ni le contenu ni l’enveloppe, et votre opérateur en garde la trace. WhatsApp protège au moins le contenu ; Signal, le contenu et presque toute l’enveloppe. Vous êtes probablement déjà au milieu de l’échelle.

Les quatre caméras

Une caméra est un observateur possible : le curieux, la banque, la plateforme, l’administration.

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) « Vu à » masqué et IP protégée pendant les appels : un inconnu qui a votre numéro en apprend moins sur vos horaires et votre localisation.
du Changeur (la banque) Rien ne change : elle ne voit pas vos messageries.
du Marchand (la plateforme) Accès aux contacts retiré, conversations secrètes, boutons de partage bloqués : Meta, Telegram et les réseaux sociaux voient un peu moins, mais gardent l’essentiel de l’enveloppe.
de l’Intendance (l’administration) Rien ne change : votre opérateur et votre fournisseur d’accès conservent un an vos données de connexion.

Le sergent Firmin, le garde qui surveille les caméras du château : « Votre messagerie chiffre la lettre, mais l’enveloppe passe toujours devant mes écrans. Je ne lis rien, chef, je regarde qui écrit à qui, et ça me suffit pour la semaine. »

Les risques, chiffrés

Faire cette salle ne vous expose à rien. Les trois premiers risques existent déjà, avec vos applications actuelles ; le premier est le plus courant. Point de comparaison : ce que savent déjà votre banque et votre supermarché.

Risque En une ligne
1. Le profilage par vos métadonnées WhatsApp Certain : c’est le fonctionnement normal du service. Aucun argent perdu.
2. Une conversation Telegram ordinaire lue par un tiers Faible pour un utilisateur ordinaire. Telegram, lui, détient les clés.
3. Le suivi par les boutons de partage Courant sur les sites qui ne demandent pas votre accord. Aucun argent perdu.
4. Les gestes de cette salle Nul pour les outils de développement. Une perte d’historique pour la conversation secrète.
1. Le profilage par vos métadonnées WhatsApp
  • Possible ? Oui. La collecte et le partage au sein du groupe Meta sont écrits dans la politique de confidentialité.
  • Probable ? C’est le fonctionnement normal du service, pas un incident. Le contenu de vos messages, lui, reste chiffré. Aucune publication sérieuse n’a montré le contraire.
  • Coût : un profil commercial plus précis, et de la publicité ciblée sur les autres services du groupe. Aucun argent perdu.
  • Tendance : stable.
  • Durée : la politique de WhatsApp ne fixe aucune durée pour ces informations d’usage. Elle dit seulement les garder « aussi longtemps que nécessaire » à ses finalités.
  • Comparé au village : votre banque connaît vos achats ligne par ligne, avec le nom du commerçant. WhatsApp connaît vos fréquentations, pas vos dépenses.
2. Une conversation Telegram ordinaire lue par un tiers
  • Possible ? Techniquement oui pour Telegram lui-même, qui détient les clés des conversations ordinaires et des groupes. Pour une autorité, la politique de Telegram prévoit de transmettre l’IP et le numéro sur décision d’un juge. Elle ne mentionne pas la transmission du contenu des messages.
  • Probable ? Faible pour un utilisateur ordinaire, mais aucun chiffre fiable ne le mesure. Le dossier qui a tout changé visait la plateforme. Le 28 août 2024, le parquet de Paris a annoncé la mise en examen de son dirigeant, c’est-à-dire sa mise en cause officielle par un juge. Il lui reprochait notamment de refuser de communiquer les informations nécessaires aux écoutes autorisées par la loi, après une « absence quasi totale de réponse » aux demandes de la justice. La politique a changé un mois plus tard.
  • Coût : la lecture de vos conversations ordinaires par celui qui détient les clés. Aucun argent perdu.
  • Tendance : coopération croissante avec les autorités.
  • Durée : IP et appareils, douze mois au plus. Les messages ordinaires restent sur les serveurs tant que vous ne les supprimez pas.
  • Comparé au village : des cryptographes ont étudié le protocole de Telegram (IEEE S&P 2022, un congrès de sécurité informatique). Ils l’ont jugé solide sous certaines hypothèses et ont décrit quatre attaques, corrigées depuis. Le problème n’est donc pas la serrure : Telegram garde un double des clés, comme le serveur de votre messagerie électronique habituelle.
3. Le suivi par les boutons de partage
  • Possible ? Oui, sur tout site qui charge ces boutons sans attendre votre accord.
  • Probable ? La CNIL exige un accord préalable, mais certains sites chargent encore ces boutons d’office. Aucun chiffre fiable ne mesure leur part en France.
  • Coût : le réseau social ajoute la page à ce qu’il sait de votre navigation. Aucun argent perdu, aucun nom révélé à un tiers.
  • Tendance : en baisse, avec les bloqueurs intégrés aux navigateurs.
  • Durée : selon la politique de chaque réseau social.
  • Comparé au village : une carte de fidélité de supermarché en dit bien plus long sur vos habitudes qu’un bouton « J’aime ». La parade est un bloqueur, gratuit, une minute d’installation.
4. Les gestes de cette salle
  • Possible ? Ouvrir les outils de développement ne modifie rien. Ils sont présents dans tous les navigateurs de bureau. Si vous touchez quelque chose par erreur, rechargez la page.
  • Probable ? Pour la conversation secrète Telegram, la perte d’historique est certaine si vous changez de téléphone.
  • Coût : l’historique de cette seule conversation.
  • Tendance : sans objet.
  • Durée : définitive pour l’historique perdu.
  • Comparé au village : c’est le prix d’une lettre que le facteur ne peut pas photocopier. Il ne peut pas non plus vous en rendre une copie.

Oubliette : la Lettre Chiffrée. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous croyez qu’un message chiffré cache aussi à qui vous écrivez, et quand. La parade : une messagerie qui collecte moins d’enveloppe.

Basile, le gardien des oubliettes : « Votre lettre reste bien scellée. Pour l’enveloppe, l’échelle mène tout droit au Pigeonnier. »

La quête : L’enveloppe parle

La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin (votre fichier de progression chiffré). Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).

Objectif de taverne : nommer le mode chiffré de Telegram

Saisissez dans la Cafetière le nom du mode de Telegram chiffré de bout en bout. La réponse est à l’étape 2 de la recette.

Objectif de donjon : trouver le mouchard

Dans l’onglet Réseau de la page de démonstration, trouvez la requête envoyée par le faux bouton de partage, et saisissez son nom dans la Cafetière, tel que la colonne « Nom » l’affiche.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien de nouveau ne sort de votre navigateur : la requête du faux bouton part vers le site lui-même, comme le chargement de la page.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : le site ne contient pas la réponse en clair. Il contient seulement une empreinte, calculée avec PBKDF2 (une fonction de hachage lente, intégrée au navigateur) et un « sel ». Le sel est une valeur aléatoire ajoutée avant le calcul, pour qu’on ne retrouve pas la réponse dans une table toute prête. Votre navigateur passe votre réponse en minuscules et retire les espaces aux extrémités. Puis il la hache de la même façon et compare les deux empreintes. Plusieurs formulations sont acceptées : avec ou sans « Telegram », au singulier ou au pluriel, en français ou en anglais.
  • Objectif de donjon : même mécanisme, avec sa propre empreinte. Si les empreintes concordent, votre navigateur fabrique le drapeau à partir de votre réponse et de vos Douze (vos douze mots, notés sur papier à la Herse, l’entrée du site). Le drapeau est donc propre à vous. L’hébergeur voit passer la requête du faux bouton, comme le chargement de la page, et elle ne lui apprend rien de plus. Le site n’a aucun programme pour la lire.
  • Peut-on tricher ? Oui, et c’est assumé. Le code de la page de démonstration contient le nom de la requête, puisque c’est elle qui l’envoie. Lire ce code est une seconde façon honnête de trouver la réponse : lire le code, c’est aussi lire l’enveloppe.

Les sucres

Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.

Un sucre, une piste

Le mouchard parle au chargement de la page, pas au clic. Si vous cliquez sur le bouton en attendant qu’il se passe quelque chose, la requête est déjà partie.

Deux sucres, la méthode

Ouvrez les outils de développement et sélectionnez l’onglet Réseau, puis rechargez la page. Les requêtes envoyées avant l’ouverture de l’onglet n’y figurent pas. Si la liste est longue, regardez la colonne « Initiateur » : la ligne cherchée a été lancée par le faux bouton.

Trois sucres, la solution
  • L’onglet Réseau est vide : il a été ouvert après le chargement. Rechargez la page avec l’onglet ouvert.
  • Vous voyez des dizaines de lignes : écartez les feuilles de style, les polices et les images du site. Il reste une seule ligne d’un autre type.
  • Rien n’apparaît du tout : votre bloqueur a fait taire le faux mouchard, comme prévu. Désactivez-le pour cette page seulement, le temps de l’exercice.
  • La Cafetière refuse votre réponse : saisissez seulement le nom de la requête, tel que la colonne « Nom » l’affiche. N’ajoutez ni l’adresse complète devant, ni ce qui suit le point d’interrogation.

Le déca

Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.

La page de démonstration reste ouverte, pour le jour où vous voudrez regarder sous le capot.

Le verdict

Avec les deux objectifs, vous obtenez l’écusson forgé, la version complète.

Écusson forgé : Lecteur d’enveloppes. Vous savez que le facteur n’a pas besoin d’ouvrir la lettre pour savoir à qui vous écrivez. Le facteur, lui, le savait depuis toujours.

Vous venez d’ouvrir les outils de développement de votre plein gré, pour le plaisir. Dans votre entourage, vous êtes désormais officiellement « le pirate ». Prévoyez la capuche, les lignes vertes sur fond noir et un bureau dont la lumière ne s’allume plus jamais.

Avec le seul objectif de taverne, l’écusson reste peint, la version simple. Le donjon vous attend à une touche F12 de distance.

Percolozor, le Maître du Donjon (l’auteur du site), en voix off. J’ai mis des années à comprendre que le bouton « J’aime » m’aimait surtout pour mon adresse IP. J’en garde une méfiance durable envers toute déclaration d’affection en bas de page.

Ce que dit la loi

En bref : chiffrer vos conversations et bloquer les mouchards ne demandent aucune autorisation. Vos données de connexion, elles, sont conservées un an par votre opérateur, quelle que soit votre messagerie.

La loi en détail : chiffrement, boutons de partage, données de connexion, Chat Control
  • Le chiffrement. « L’utilisation des moyens de cryptologie est libre » : c’est l’article 30 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (2004). Une conversation secrète Telegram, un message Signal ou un bloqueur de publicités ne demandent ni autorisation ni déclaration.
  • Le site qui intègre un bouton de partage en est coresponsable. La Cour de justice de l’Union européenne l’a jugé dans l’affaire Fashion ID (C-40/17, 29 juillet 2019). Le site est responsable, avec le réseau social, de la collecte et de la transmission des données de ses visiteurs.
  • La CNIL range les boutons de partage parmi les traceurs. Un traceur est un petit programme ou fichier qui suit votre navigation. Le site doit vous informer et obtenir votre accord avant de le déposer (article 82 de la loi Informatique et Libertés). La CNIL admet un bouton qui ne se déclenche qu’au clic, l’accord étant demandé à ce moment-là. C’est la version honnête du bouton de partage, et elle ne coûte presque rien aux sites.
  • Vos données de connexion. Les opérateurs téléphoniques et les fournisseurs d’accès les conservent un an (article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques). Le décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 a reconduit cette obligation pour un an, au nom d’une menace grave contre la sécurité nationale. C’est l’enveloppe de vos communications côté réseau.
  • Chat Control. Bruxelles négocie un projet de détection dans les messages privés, dit « Chat Control ». Il est détaillé au Cabinet Noir · Chat Control et la loi. En une phrase : la loi bouge, mais une messagerie dont l’opérateur ne peut rien lire reste une protection qui ne dépend pas de la négociation.

Pour aller plus loin

Dans la Volière

Dans les autres ailes

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

Ma ficheParchemin fermé