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Bas de Laine

L'Aile du Trésor · sous-sol

Le Poste de Garde aux Caméras · La discrétion : ce qu'un curieux peut retrouver

Une rangée d'écrans cathodiques sous une voûte. Le garde mange. Sur les écrans, vous, vu de quatre côtés. Ici, on regarde ce que les autres regardent.

Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.

Quête : Compter les caméras

  • Objectif de taverne : Jouez le curieux sur une transaction fictive de Paul : retrouvez le paiement et la monnaie rendue.
  • Objectif de donjon : Analysez une réception sur votre propre adresse, après correction, et obtenez un score d'au moins 70. Faites-le sous Tor si vous voulez cacher votre IP à l'explorateur.

Effort : 3 sur 5. Liberté gagnée : 5 sur 15. Classement : Spécialité.

La boussole de la salle
CaractéristiqueGain (0 à 3)
Garde0
Juridiction0
Monnaie0
Discrétion3
Confort1
Prudence2
CaméraDiscrétion gagnée (0 à 3)
la caméra du Badaud3
la caméra du Changeur1
la caméra du Marchand1
la caméra de l'Intendance1

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : au Poste de Garde aux Caméras, au sous-sol de l’Aile du Trésor (la partie du site sur la monnaie).
  2. Ce que vous apprenez : ce qu’un curieux peut lire dans le registre public de Bitcoin à partir d’une seule de vos adresses.
  3. Ce que vous faites : vous lisez une transaction comme un curieux, puis vous recevez un paiement sur une adresse neuve.
  4. Ce qu’il vous faut : un portefeuille bitcoin et un paiement à recevoir, même petit. Effort : 3 sur 5. Durée : 30 minutes, plus l’attente du paiement.
  5. Ce que vous y gagnez : votre solde et vos habitudes cessent d’être lisibles par le premier venu.

Pourquoi cette salle

Bitcoin est un registre public. Toutes les transactions depuis 2009 y sont inscrites. N’importe qui peut les lire, gratuitement, sans compte, depuis un navigateur. Ce n’est pas une faille : c’est le principe du système, Le livre blanc de Bitcoin (le document fondateur, publié en 2008) le dit dans sa partie sur la vie privée.

Cette salle répond à une question : que voit un curieux qui connaît une seule de vos adresses ? À la fin, vous saurez repérer les quatre indices qu’il lit à l’œil nu. Vous saurez aussi les effacer de vos propres habitudes, surtout avec un geste : une adresse neuve à chaque réception.

Le but n’est pas de disparaître. Le but est de cesser de montrer votre solde à quiconque connaît une de vos adresses.

Percolozor, l’auteur du site, qui joue le Maître du Donjon, en voix off. Je ne suis pas conseiller en discrétion : je signe du nom d’une cafetière, l’objet qui siffle pour prévenir tout l’étage. Vous allez donc noter votre discrétion vous-même, avec un score.

L’histoire

Cas fictif.

Paul vend un vélo d’occasion à son voisin, Bernard, pour 200 €. Bernard « s’intéresse au bitcoin » et propose de payer ainsi. Paul, ravi de se servir enfin de son portefeuille, lui donne son adresse. La même que d’habitude. La seule, en fait.

Le soir, Bernard colle l’adresse dans un explorateur : un site public qui affiche le contenu du registre, qu’on appelle aussi « la chaîne ». Chaque transaction y a des entrées (l’argent dépensé) et des sorties (l’argent envoyé). Il ne pirate rien, il lit. Voici ce qu’il voit.

  1. Le premier dépôt. Trois semaines plus tôt, l’adresse a reçu 0,01 BTC. Ce bitcoin venait d’une transaction à 140 sorties. C’est souvent la marque d’un retrait groupé de plateforme (le site où l’on achète du bitcoin en montrant ses papiers). Paul achète donc sous son vrai nom.
  2. La dépense. Il y a dix jours, Paul a dépensé ces 0,01 BTC. La transaction a une entrée, son adresse, et deux sorties : 0,005 BTC tout rond, et 0,00495 BTC. Le reste est parti en frais. Le montant rond est le paiement. L’autre est la monnaie rendue à Paul, sur une nouvelle adresse de son portefeuille. Bernard clique dessus et suit Paul à la trace.
  3. Le solde. La monnaie rendue dort toujours sur sa nouvelle adresse. Bernard l’additionne au paiement du vélo, qui vient d’arriver sur l’ancienne. Il connaît maintenant l’épargne de Paul, au satoshi près (le satoshi est le cent-millionième de bitcoin).
  4. Le recoupement. Le paiement rond est parti vers une adresse qui a reçu des dizaines de paiements du même ordre. C’est sans doute un commerçant. Bernard cherche l’adresse sur le web : elle figure sur la page « payer en bitcoin » d’une boutique de matériel de pêche.

Bernard sait maintenant où Paul achète, combien il a, quand il dépense, et qu’il pêche. Avec l’IBAN de Paul, il n’aurait rien vu de tout cela : un IBAN permet de vous verser de l’argent, pas de lire votre relevé.

Paul n’a rien fait d’imprudent au sens courant. Il a utilisé un registre public comme on utilise un compte bancaire privé. Cette salle corrige ce malentendu.

Le sergent Firmin, le garde qui surveille les écrans du Poste : « Le voisin n’a rien piraté : il a lu un registre ouvert à tous, gratuitement. Moi, il me faut quatre écrans et un sandwich pour en voir autant. »

La recette

La recette a trois étapes. Elles effacent, l’une après l’autre, les quatre indices de Bernard.

Étape 1 : Recevez chaque paiement sur une adresse neuve

C’est l’essentiel du gain face au curieux, pour un effort nul une fois compris. Dans le score de discrétion de la quête, noté de 0 à 100, ce seul geste vaut 40 points.

  1. Ouvrez votre portefeuille, celui de La Chambrée · Premier portefeuille : BlueWallet, Sparrow, Electrum ou un autre.
  2. Touchez « Recevoir ». La plupart des portefeuilles affichent une adresse neuve à chaque fois, ou proposent un bouton pour en créer une.
  3. Ne sauvegardez rien de plus. Toutes ces adresses viennent de votre phrase de récupération de 12 ou 24 mots.
  4. Donnez chaque adresse à une seule personne, pour un seul paiement. Le vélo de Bernard a la sienne. Le retrait de votre plateforme a la sienne.
  5. Ne redonnez jamais une adresse qui a déjà reçu. Pour une adresse affichée en public (une cagnotte, des dons), créez un portefeuille séparé, réservé à cet usage.

Le site de référence bitcoin.org le recommande en toutes lettres : une adresse neuve à chaque paiement reçu. C’est aussi simple qu’avant : le même bouton, une adresse à copier. Elle change, c’est tout.

Ça y est. Vous changez d’adresse à chaque paiement comme d’autres changent de serrure après le passage du plombier. Vous voilà le paranoïaque de l’immeuble, celui qui passe ses enveloppes au broyeur. Le chapeau en papier d’aluminium est en option, mais il est très bien coupé.

Étape 2 : Séparez vos pièces selon leur origine

Un portefeuille Bitcoin ne contient pas un solde, mais des pièces. On dit aussi UTXO. Chaque réception crée une pièce. Pour payer, le portefeuille assemble des pièces jusqu’à atteindre la somme.

S’il assemble deux pièces venues de deux adresses, il montre qu’elles sont au même propriétaire. C’est l’indice des entrées communes. Le livre blanc de Bitcoin le décrit déjà, et des chercheurs l’ont mesuré en 2013.

  1. Utilisez deux portefeuilles séparés. Le premier reçoit ce qui vient d’une plateforme à votre nom. Le second reçoit le reste : un particulier, un don, un achat de main à main.
  2. Ne payez jamais avec les deux à la fois. Un même téléphone peut tenir les deux, avec deux phrases de récupération différentes.
  3. Ne regroupez pas vos petites pièces sans raison. Un regroupement économise des frais plus tard, mais relie toutes ces adresses pour toujours.

Étape 3 : Lisez la transaction avant de la signer

Signer, c’est valider l’envoi avec votre clé : après, il est trop tard pour corriger. Sparrow (sur ordinateur) et Electrum vous laissent choisir les pièces que vous dépensez, et leur donner une étiquette (« plateforme », « vélo », « don »). C’est le principe des deux portefeuilles, en plus fin. Comptez une heure pour prendre l’outil en main.

  1. Choisissez une pièce dont le montant couvre le paiement. Si elle le couvre exactement, il n’y a pas de monnaie rendue à suivre.
  2. Relisez la transaction avant de signer : le nombre d’entrées, le nombre de sorties, et la sortie ronde. C’est la lecture de Bernard, faite avant lui.
Les variantes : cacher votre IP, brouiller les indices, changer de monnaie
Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
Consulter vos adresses avec Tor Browser (un navigateur qui masque votre connexion), et connecter Sparrow par Tor ou à votre propre nœud (un ordinateur qui tient sa copie du registre) 1 sur 5 L’explorateur et le serveur du portefeuille ne relient plus votre adresse IP (l’adresse de votre connexion à Internet) à vos adresses bitcoin. Rien. Les pages chargent un peu plus lentement.
Payjoin : le payeur et le receveur mettent chacun une pièce dans la même transaction 2 sur 5 L’indice des entrées communes devient faux, et la monnaie rendue est plus dure à repérer. Les deux portefeuilles doivent le prendre en charge. Quelques-uns le font : BTCPay Server, Sparrow, BlueWallet, Cake Wallet, Bull Bitcoin.
CoinJoin : plusieurs personnes fusionnent leurs pièces dans une transaction aux sorties de même montant 2 sur 5 Le lien entre l’entrée et la sortie est cassé. L’offre a rétréci depuis 2024 (voir le risque n° 3). Une plateforme peut demander l’origine de ces fonds.
Lightning : des paiements hors de la chaîne 2 sur 5 Seules l’ouverture et la fermeture d’un canal sont inscrites sur la chaîne. Voir Le Passage des Estafettes · Lightning : payer en une seconde.
Monero ou Zcash blindé : des monnaies qui cachent montants et adresses par construction 3 sur 5 Presque tout ce qui précède. Le point d’entrée, acheté avec vos papiers, reste connu de la plateforme.
Un schéma avancé : le coffre et les sas

Certains lecteurs veulent séparer nettement leur épargne de ce qui entre et sort. Un schéma revient souvent : le coffre et les sas. Dans le château, c’est la Salle des Coffres et le Sas des Brumes.

  • Le coffre est un portefeuille matériel : un petit boîtier qui garde la clé hors de l’ordinateur. Il garde l’épargne. Il ne parle presque jamais au monde extérieur : il reçoit rarement, et il ne paie jamais directement.
  • Les sas sont des portefeuilles de passage, sur une application. Chacun va dans un seul sens : un sas d’entrée, un sas de sortie, jamais le même. L’argent y transite et n’y reste pas.
  • Entre les deux, on coupe le lien. Par exemple, un échange de bitcoin contre du Monero, puis de Monero contre du bitcoin : c’est un pont Monero. Voir Le Sas des Brumes · Monero : la monnaie qui ne raconte rien.

Trois pièges défont ce schéma :

  1. La corrélation entre montant et heure. Si 0,0123 BTC entre dans le pont à 10 h et que 0,0121 BTC en sort à 10 h 05, le lien se refait à l’œil nu. Laissez passer du temps de l’autre côté du pont, et ne faites pas ressortir le même montant.
  2. Le réseau. Si le sas d’entrée et le sas de sortie se connectent depuis la même adresse IP, le serveur qui les voit tous les deux les relie. Connectez les sas par Tor.
  3. Le journal fiscal personnel. Notez chaque passage (date, montants, valeur en euros) dans un fichier à vous, hors ligne. En France, un échange entre cryptomonnaies sans euros en retour n’est pas imposé sur le moment : l’impôt est reporté à la vente. Mais le jour de la vente, il faut retrouver le prix d’achat, et la discrétion ne dispense pas de l’impôt.

La boussole

Par rapport au village (ce que vous faites déjà : banque, carte, applications), cette salle change surtout une chose : ce que lit un curieux.

Axe Pourquoi
Garde Vous gardiez déjà vos clés depuis la Chambrée. Rien ne change.
Juridiction Rien ne change de pays.
Monnaie Vous restez en bitcoin.
Discrétion Votre solde et vos habitudes cessent d’être lisibles par le premier venu.
Confort Une adresse neuve par paiement ne coûte rien. Choisir ses pièces demande un peu d’attention.
Prudence (un risque existant réduit) Un solde invisible attire moins les voleurs, et vous comprenez enfin ce que vous signez.

Les quatre caméras

Chaque caméra est un observateur possible. Le tableau dit ce qu’elle voit après cette salle, comparé au village.

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) Avant, il lisait votre solde et vos dépenses dès qu’il connaissait une adresse : pire qu’un IBAN. Après, il ne voit que son propre paiement.
du Changeur (la banque) Elle voit le virement vers la plateforme, pas la suite. C’était déjà le cas. Avec une carte bancaire, elle voit chaque achat et le nom du commerçant.
du Marchand (la plateforme) Elle connaît toujours votre adresse de retrait, et ses outils d’analyse lisent la chaîne au-delà. Si vous séparez vos pièces, elle perd une partie de la suite.
de l’Intendance (l’administration) Elle reçoit les données de la plateforme et peut lire la chaîne comme tout le monde. Le point d’entrée reste connu, et c’est normal.

Le sergent Firmin : « Le voisin ne voit plus rien, mais la plateforme et l’administration voient toujours l’entrée. Sur l’écran de la banque, il ne se passe presque rien : j’y regarde surtout passer le chat. »

Les risques, chiffrés

Cette salle compte quatre risques. Le plus courant est le deuxième, le curieux qui lit votre solde. Le point de comparaison est votre compte bancaire.

Risque En une ligne
1. Consulter une adresse sur un explorateur Faible. L’explorateur voit votre IP, comme votre banque quand vous consultez votre compte.
2. Un curieux lit votre solde Certain dès qu’il connaît une adresse réutilisée. Le coût est le plus souvent nul.
3. Une plateforme bloque des fonds jugés « à risque » Possible après un CoinJoin. Aucun chiffre public. Ne concerne pas l’adresse neuve.
4. L’administration relie une adresse à votre identité Déjà fait ou faisable pour tout achat avec vos papiers. Sans coût si vous déclarez ce qui doit l’être.
1. Consulter une adresse sur un explorateur
  • Possible ? Oui. L’explorateur voit votre IP et l’adresse que vous consultez.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable. Nous ne connaissons aucun cas de personne ennuyée pour avoir consulté sa propre adresse.
  • Coût : faible. L’explorateur peut relier une IP à une adresse.
  • Tendance : stable.
  • Durée : les journaux de l’explorateur (la liste des connexions qu’il conserve) ne sont pas publics. Sous Tor, le lien n’existe pas.
  • Comparé au village : votre banque voit aussi votre IP quand vous consultez votre compte en ligne.
2. Un curieux lit votre solde, parce que vous réutilisez une adresse
  • Possible ? Oui, à coup sûr, dès que l’adresse est connue.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable : la lecture est gratuite et ne laisse aucune trace. C’est la situation par défaut de Paul, donc celle de beaucoup de débutants.
  • Coût : le plus souvent nul : Bernard sait que Paul pêche. Un solde important et visible peut attirer une tentative d’escroquerie. Les agressions de détenteurs, en France, visent surtout des personnes repérées par des fuites de données, les réseaux sociaux ou des complicités internes (Chainalysis, août 2026).
  • Tendance : aucune mesure publique.
  • Durée : permanente. La chaîne ne s’efface pas, et ce qui a été lu pourra être relu dans vingt ans. Mais une adresse neuve dès aujourd’hui coupe la suite : le passé reste écrit, l’avenir ne l’est plus.
  • Comparé au village : un relevé bancaire oublié dans une poubelle donne à peu près la même information.
3. Une plateforme bloque des fonds jugés « à risque »
  • Possible ? Oui, surtout pour des fonds sortis d’un CoinJoin, au nom de la lutte contre le blanchiment. En décembre 2019, Binance Singapour a suspendu les retraits d’un client après un CoinJoin, puis l’a confirmé à la presse.
  • Probable ? Aucun chiffre public. Le risque ne concerne pas l’adresse neuve : c’est le comportement par défaut des portefeuilles.
  • Coût : un retrait bloqué, et des justificatifs à fournir sur l’origine des fonds.
  • Tendance : en hausse. Aux États-Unis, les deux fondateurs du portefeuille Samourai, qui proposait le CoinJoin, ont été arrêtés en avril 2024. Ils ont été condamnés en novembre 2025 à cinq et quatre ans de prison, pour transfert d’argent sans licence. En juin 2024, la société zkSNACKs a fermé le service CoinJoin qu’utilisait le portefeuille Wasabi.
  • Durée : le lien technique reste. Le blocage cesse une fois l’origine justifiée.
  • Comparé au village : une banque peut aussi bloquer un virement inhabituel et demander d’où vient l’argent.
4. L'administration relie une adresse à votre identité
  • Possible ? Oui, par la plateforme (DAC8, règle de voyage : voir la loi ci-dessous), ou en lisant la chaîne comme tout le monde.
  • Probable ? Pour tout achat fait avec vos papiers, c’est déjà fait ou faisable. Cette salle ne change rien à ce point d’entrée, et ne prétend pas le faire.
  • Coût : aucun si vous déclarez ce qui doit l’être. Sinon, voir Le Greffe · La loi en chiffres.
  • Tendance : en hausse, avec DAC8 depuis le 1er janvier 2026.
  • Durée : le registre reste. Le délai de reprise du fisc, lui, s’éteint : trois ans en principe, dix ans si un compte à l’étranger n’a pas été déclaré.
  • Comparé au village : votre banque transmet déjà vos revenus de placement au fisc chaque année.

Le risque principal de cette salle n’est donc pas d’agir. C’est de croire qu’on est devenu invisible. Un bon score vous rend illisible pour le voisin, pas anonyme.

Oubliette : l’Adresse Réutilisée. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous recevez tous vos paiements sur la même adresse, et quiconque la connaît lit tout votre historique. La parade : une adresse neuve à chaque réception.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui partage tout : « J’ai imprimé mon adresse sur mes cartes de visite, pour que tout le royaume puisse me payer. Maintenant, tout le royaume sait aussi combien j’ai. »

La quête : Compter les caméras

La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).

Le parchemin est votre fichier de progression chiffré.

Objectif de taverne : jouez le curieux sur la transaction de Paul

La page affiche la dépense de Paul racontée plus haut : ses entrées, ses sorties et les adresses voisines.

  1. Cliquez sur la sortie qui paie la boutique.
  2. Cliquez sur la sortie qui revient à Paul : la monnaie rendue.
  3. Validez. Votre navigateur fabrique le drapeau, et la Cafetière l’inscrit.

Objectif de donjon : notez votre propre adresse

  1. Dans votre portefeuille, touchez « Recevoir » et prenez une adresse jamais utilisée.
  2. Faites-y arriver un seul paiement : un retrait de plateforme, un remboursement d’un proche, ou un envoi depuis votre autre portefeuille.
  3. Collez cette adresse dans l’encart de la Cafetière.
  4. Votre navigateur calcule un score de discrétion, de 0 à 100. À partir de 70, il fabrique votre drapeau.

Pour cacher votre IP à l’explorateur, faites cet objectif depuis Tor Browser.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Pour l’objectif de taverne, rien ne sort de votre navigateur. Pour l’objectif de donjon, votre adresse part vers un explorateur public, et vous en êtes prévenu avant.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : la transaction de Paul est embarquée dans la page. Votre navigateur compare vos deux réponses à la solution, sans aucun accès au réseau.

  • Objectif de donjon : avant toute requête, la Cafetière affiche :

    La Cafetière
    > votre navigateur va interroger mempool.space (secours : blockstream.info).
    > l'explorateur verra votre ip et cette adresse. le site, lui, ne verra rien.
    > vous pouvez annuler, ou relancer depuis tor browser.

    Votre navigateur interroge ensuite l’interface publique Esplora de l’explorateur, c’est-à-dire qu’il lui envoie des demandes, ou requêtes (/address/:adresse et /address/:adresse/txs, puis les transactions voisines si besoin). Il reste sous cinq requêtes par seconde. Si l’adresse n’a jamais rien reçu, il ne calcule rien et vous le dit.

    Le score part de 100 et retire des points pour chaque indice. La grille est publique, parce que le score sert à apprendre :

    Indice repéré Retrait
    L’adresse a reçu plus d’une fois (réutilisation) − 40
    Elle a été dépensée avec des pièces d’autres adresses (entrées communes) − 15
    Une dépense depuis cette adresse a une monnaie rendue repérable (une sortie ronde et l’autre non, ou une sortie du même format) − 10
    Le montant reçu est rond (multiple de 0,001 BTC) − 10
    La réception vient d’une transaction à dix sorties ou plus (souvent un retrait groupé de plateforme) − 15
    L’adresse est à l’ancien format (elle commence par « 1 »), qui se distingue des formats récents − 5

    Une adresse neuve, reçue une seule fois depuis un retrait de plateforme d’un montant rond, obtient 75 : l’étape 1 suffit. Une adresse réutilisée plafonne à 60, quoi que vous fassiez d’autre. C’est voulu.

    Si l’analyse est faite depuis Tor Browser, l’écusson reçoit une mention en plus. La détection est approximative. Elle ne change pas le score. Le lien direct vers votre adresse sur l’explorateur est toujours affiché, pour que vous vérifiiez vous-même.

  • Peut-on tricher ? Oui. Le site ne vérifie pas que l’adresse est à vous : vous pouvez coller celle d’un autre. Vous pouvez aussi lire le code et fabriquer le drapeau. C’est assumé : il n’y a rien à gagner, sinon le geste. Et un score n’est pas une preuve d’anonymat. Il mesure des indices publics, pas ce que savent la plateforme, l’administration ou une société d’analyse.

Les sucres

Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.

Un sucre, une piste

Dans la transaction de Paul, une seule sortie a un montant qu’un humain aurait choisi.

Deux sucres, la méthode

Un paiement est souvent rond, la monnaie rendue ne l’est presque jamais. Pour votre propre score : un seul geste fait gagner quarante points d’un coup. C’est l’étape 1.

Trois sucres, la solution

La sortie de 0,005 BTC est le paiement. Celle de 0,00495 BTC est la monnaie rendue. Pour l’objectif de donjon : touchez « Recevoir », prenez une adresse jamais utilisée, faites-y arriver un seul paiement, puis collez-la.

Le déca

Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.

Le verdict

Écusson forgé : Passe-muraille de quartier. Vous savez désormais lire une blockchain comme un relevé bancaire. La différence : votre banquier, lui, ne vous a jamais montré comment il lisait le vôtre. Le voisin ne voit plus rien. La plateforme et l’administration voient toujours l’entrée, et c’est normal : vous ne vouliez pas disparaître, vous vouliez cesser d’afficher vos comptes sur le paillasson.

Percolozor, en voix off. Vous tenez désormais un registre public mieux que Bercy ne tient les siens : à jour, sans formulaire, et sans déficit à expliquer.

Ce que dit la loi

En bref : lire la chaîne et changer d’adresse ne demandent rien à personne. Les plateformes, elles, relient votre adresse de retrait à votre nom, et la discrétion ne change rien à l’impôt.

La loi en détail : lecture de la chaîne, CoinJoin, règle de voyage, DAC8, impôt
  • Lire la chaîne n’est encadré par aucun texte. Consulter un explorateur, analyser votre adresse ou celle qu’on vous donne revient à lire un registre public.
  • Une adresse neuve à chaque réception est le comportement par défaut des portefeuilles et la recommandation de bitcoin.org. Rien à déclarer, rien à justifier.
  • CoinJoin et monnaies discrètes. L’article 79 du règlement européen anti-blanchiment (AMLR, règlement (UE) 2024/1624) s’applique à partir du 10 juillet 2027. Il interdit aux banques et aux prestataires de crypto-actifs de tenir des comptes anonymes, ou des comptes qui permettent l’anonymisation, y compris par des jetons à anonymat renforcé. Il vise ces prestataires, pas le particulier qui garde ses clés.
  • Règle de voyage (les informations qui doivent accompagner un transfert de crypto-actifs). Depuis le 30 décembre 2024, quand vous retirez plus de 1 000 € vers votre propre portefeuille, la plateforme doit prendre des mesures pour déterminer si l’adresse vous appartient (règlement (UE) 2023/1113, article 14, paragraphe 5). Votre adresse de retrait est donc liée à votre nom, quelle que soit votre discrétion ensuite.
  • DAC8 (une directive européenne sur l’échange d’informations fiscales). Depuis le 1er janvier 2026, les plateformes collectent les données de leurs clients pour le fisc. Le premier échange entre États a lieu au plus tard le 30 septembre 2027.
  • La discrétion ne dispense pas de l’impôt. Une vente contre des euros reste imposable au prélèvement forfaitaire unique (l’impôt et les prélèvements sociaux, à taux fixe) de 31,4 %, que la chaîne soit lisible ou non. Un échange entre cryptomonnaies sans euros en retour n’est pas imposé sur le moment.
  • Le délai de reprise du fisc est de trois ans en principe. Il passe à dix ans si un compte ouvert à l’étranger n’a pas été déclaré sur le formulaire 3916-bis (livre des procédures fiscales, article L169).
  • Les projets d’obligation de déclarer les portefeuilles personnels, les montants d’amende et les textes en discussion sont suivis au Greffe · La loi en chiffres.

Pour aller plus loin

Dans l’Aile du Trésor

Dans la Tour aux Volets

Dans la Volière

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

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