L'Aile du Trésor · 1er étage (réception)
Le Grand Salon des Changeurs · Acheter au guichet
Tenue correcte exigée : pièce d'identité, justificatif de domicile, portrait de face. Un chevalier en armure vérifie la photo à la loupe.
Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.
Quête : Présenté à la cour
- Objectif de taverne : Trouvez le LEI de votre prestataire (son numéro d'identification officiel) sur le registre de l'ESMA, l'autorité européenne des marchés, et collez-le.
- Objectif de donjon : Collez le txid (l'identifiant de la transaction) de votre retrait vers l'adresse signée à la Chambrée.
Effort : 2 sur 5. Liberté gagnée : 6 sur 15. Classement : Pépite : gros butin, petit jet.
La boussole de la salle
| Caractéristique | Gain (0 à 3) |
|---|---|
| Garde | 1 |
| Juridiction | 1 |
| Monnaie | 2 |
| Discrétion | 0 |
| Confort | 3 |
| Prudence | 2 |
| Caméra | Discrétion gagnée (0 à 3) |
|---|---|
| la caméra du Badaud | 1 |
| la caméra du Changeur | 0 |
| la caméra du Marchand | 0 |
| la caméra de l'Intendance | 0 |
L’essentiel en cinq lignes
- Où vous êtes : au Grand Salon des Changeurs, la salle de l’Aile du Trésor (la partie du site sur la monnaie) où l’on achète au guichet.
- Ce que vous apprenez : vérifier qu’une plateforme est agréée, y acheter, puis retirer chez vous.
- Ce que vous faites : vous vérifiez la plateforme sur le registre européen, vous achetez, puis vous retirez vers votre portefeuille.
- Ce qu’il vous faut : une pièce d’identité, un compte bancaire, quelques dizaines d’euros. Effort : 2 sur 5. Durée : une heure, plus la vérification d’identité.
- Ce que vous y gagnez : de la cryptomonnaie à vous, achetée par la voie la plus simple.
Pourquoi cette salle
Vous avez un portefeuille, et il est vide : comment le remplir sans vous faire piéger ?
La voie la plus simple passe par une plateforme agréée (autorisée par une autorité publique), comme au guichet d’une banque. Depuis le 1er juillet 2026, seules les plateformes agréées au titre de MiCA, le règlement européen sur les crypto-actifs, peuvent vous servir en France. On les appelle CASP, ou PSCA en français : prestataires de services sur crypto-actifs.
Vous saurez vérifier vous-même qu’une plateforme est agréée, acheter sans trop de frais, retirer sans vous tromper de réseau (l’erreur qui coûte tout), et dire ce que la plateforme transmet au fisc et ce que vous déclarez vous-même.
La plateforme n’est qu’un guichet de passage : vous y entrez avec des euros, vous en sortez avec une monnaie dont vous seul tenez la clé.
L’histoire
Cas fictif, construit sur des faits réels.
Paul a 34 ans. Un ami lui parle de bitcoin à chaque repas de famille depuis 2017. Pour avoir la paix, Paul ouvre un compte sur la plateforme d’une publicité vue sur son téléphone. L’application est belle, l’inscription prend dix minutes, il achète pour 200 € et ne retire rien : « c’est plus simple de tout laisser là ».
Paul a confié son argent à une entreprise dont il ignore le pays et le statut, choisie pour sa publicité. Il ne possède pas de bitcoin, mais une promesse de bitcoin : une ligne dans la base de données de la plateforme.
Le 8 novembre 2022, FTX, l’une des plus grandes plateformes du monde, a bloqué les retraits, puis s’est déclarée en faillite le 11. Ses clients ont appris qu’« avoir du bitcoin sur FTX » signifiait « être créancier dans une faillite américaine » : quelqu’un à qui l’on doit de l’argent, et qui attend son tour. Ceux qui avaient retiré vers leur propre portefeuille la semaine précédente n’ont rien perdu.
Depuis, MiCA oblige les plateformes agréées à séparer les avoirs de leurs clients de leur propre patrimoine. C’est un vrai progrès, mais une faillite protégée reste une faillite : les clients de FTX ont attendu plus de deux ans les premiers remboursements, en février 2025.
La version sobre tient en trois gestes : vérifier le guichet, acheter, retirer.
Maître Brodolf, le nain guichetier de l’Intendance (l’administration) : « Une plateforme agréée doit garder vos avoirs à part des siens : c’est l’article 75 de MiCA, paragraphe 7. Je l’ai tamponné trois fois, ce qui ne le rend pas plus vrai, mais me rassure. »
La recette
Sept étapes. À la fin, vos fonds sont dans votre portefeuille, et vous avez l’identifiant du retrait. On vous explique un outil, pas quoi acheter, ni combien, ni quand.
Étape 1 : préparez votre adresse et votre montant
Vous retirerez vers l’adresse signée, et seulement vers elle : l’adresse de votre portefeuille avec laquelle vous avez signé un message à la Chambrée · Premier portefeuille.
- Retrouvez cette adresse : le site l’affiche en haut de cette salle, depuis votre parchemin (votre fichier de progression chiffré).
- Notez son type. Une adresse Bitcoin commence par
bc1,1ou3; une adresse EVM, par0x. EVM désigne la famille des réseaux compatibles avec Ethereum : Ethereum lui-même, Base, Arbitrum, Polygon, Gnosis… - Choisissez une petite somme, que vous acceptez de voir varier : quelques dizaines d’euros suffisent.
- Lisez le tarif de retrait avant de fixer le montant. Les frais de retrait sont souvent fixes : sur 20 €, un forfait de 3 € pèse 15 %.
Étape 2 : vérifiez la plateforme sur le registre de l’ESMA
L’ESMA, l’autorité européenne des marchés financiers, publie chaque semaine sur sa page MiCA le registre sous forme de fichiers CSV (des tableaux à ouvrir avec un tableur). CASPS.csv liste les plateformes agréées ; NCASP.csv, les entités qui exercent sans agrément.
- Ouvrez CASPS.csv avec un tableur (LibreOffice, Numbers, Excel), ou laissez le site l’afficher dans cette salle, filtré et lisible.
- Cherchez la plateforme par son nom commercial (colonne
ae_commercial_name) ou sa raison sociale (ae_lei_name). Un groupe peut avoir une ligne par société : prenez celle qui offre les services ci-dessous. - Lisez quatre colonnes :
ae_homeMemberState: le pays qui l’a agréée, en code à deux lettres (IEpour l’Irlande,LU,AT,FR…) ;ac_serviceCode: les services autorisés, repérés par une lettre. Il vous faut au moinsa.(garder les crypto-actifs),c.(les échanger contre des euros) etj.(les transférer). Sansj., vous ne pourrez pas retirer ;ac_serviceCode_cou: les pays où elle peut exercer. Agréée hors de France, elle doit y porterFR; agréée en France, elle peut vous servir sans ;ae_website: l’adresse officielle du site. Tapez-la vous-même, plutôt que de cliquer sur une publicité ou un lien reçu : les faux sites qui imitent une vraie plateforme sont l’arnaque la plus banale du secteur.
- Notez le LEI (colonne
ae_lei), le numéro d’identité mondial d’une société : 20 caractères, selon la norme ISO 17442. Il servira pour l’objectif de taverne de la quête.
Une plateforme absente du registre n’a pas le droit de vous servir, quelle que soit sa publicité.
Le paysage en octobre 2026, sans rien recommander
D’après le registre d’octobre 2026, Kraken (Irlande), Coinbase (Luxembourg) et Bitpanda (Autriche) sont agréés ailleurs dans l’Union et autorisés en France ; Coinhouse, Paymium, Meria et Bitstack sont agréés en France. Vérifiez, c’est l’exercice.
Étape 3 : ouvrez le compte
- Le courriel : de préférence un alias dédié. La plateforme connaîtra votre identité, mais vos autres comptes n’ont pas à la connaître. Voir la Salle des Cent Boîtes · Emails et alias.
- Le mot de passe : unique, créé par un gestionnaire. Ajoutez une double authentification (un code à six chiffres en plus du mot de passe), donnée par une application plutôt que par SMS. Voir l’Atelier du Serrurier · Les mots de passe, enfin réglés.
- La vérification d’identité, dite KYC (« connaître son client ») : pièce d’identité, photo de votre visage, parfois justificatif de domicile et questions sur l’origine des fonds. La loi l’impose, comme à votre banque.
Étape 4 : approvisionnez le compte
Le plus simple est un virement SEPA (un virement européen ordinaire) depuis votre banque, avec la référence donnée par la plateforme : sans elle, il n’est pas rattaché à votre compte, et il faut passer par le service client.
La carte bancaire est plus rapide, mais la plateforme peut ajouter des frais selon le moyen de paiement : lisez sa grille tarifaire.
Étape 5 : achetez l’actif qui correspond à votre adresse
Souvent, deux écrans :
- l’achat simple (« acheter », « convertir ») : un bouton, un montant. Chez Kraken, par exemple : 1 %, plus l’écart entre prix d’achat et prix de vente (octobre 2026) ;
- le carnet d’ordres (« pro », « avancé ») : vous fixez votre prix, ou prenez celui du marché. Chez Kraken, pour un petit compte : 0,40 % à votre prix, 0,80 % au prix du marché, sans écart ajouté (octobre 2026). L’écran est moins joli, c’est tout.
Achetez l’actif qui correspond à votre adresse signée : du bitcoin pour une adresse Bitcoin ; pour une adresse 0x, de l’ETH (la monnaie du réseau Ethereum) ou un stablecoin (un jeton qui vaut un dollar ou un euro) autorisé dans l’Union, comme USDC ou EURC. Vous ne trouverez en principe plus d’USDT (le stablecoin en dollar de Tether) sur une plateforme agréée : son émetteur n’est pas autorisé au titre de MiCA.
Gardez une trace de l’achat (date, montant en euros, quantité reçue) et exportez le relevé : le jour où vous vendrez, le fisc vous demandera votre prix d’achat. Sans justificatif, ce prix compte pour zéro, et toute la vente devient un gain imposable.
Étape 6 : retirez vers votre portefeuille
C’est le seul passage où une erreur coûte tout. Cinq gestes :
- Ajoutez votre adresse au carnet d’adresses de retrait (la « liste blanche »). Collez-la, ne la tapez jamais, et comparez ses quatre premiers et quatre derniers caractères avec ceux de votre portefeuille : certains logiciels malveillants remplacent une adresse copiée par une autre.
- Prouvez que l’adresse est à vous. Au-delà de 1 000 €, la loi européenne oblige la plateforme à vérifier que vous la contrôlez. Chez Kraken, par exemple : une confirmation par double authentification, ou un petit envoi de test, une seule fois par adresse.
- Choisissez le bon réseau. Pour un actif EVM, la plateforme propose plusieurs réseaux (Ethereum, Base, Arbitrum, Polygon…) : votre adresse
0xest la même partout, mais votre portefeuille doit afficher le réseau choisi pour voir les fonds. Pour du bitcoin, choisissez le réseau Bitcoin (« on-chain »), pas Lightning, un réseau de petits paiements rapides : la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur, ne lit que la chaîne Bitcoin. - Vérifiez le montant net qui arrivera, frais déduits. Une poussière restée sur la plateforme n’est pas grave.
- Confirmez avec la double authentification, puis attendez : quelques minutes sur un réseau EVM, de dix minutes à une heure pour du bitcoin.
L’historique de retrait affiche alors un identifiant de transaction (« txid », « hash », « ID de transaction ») : 64 caractères de 0 à 9 et de a à f, précédés de 0x sur un réseau EVM. Gardez-le pour l’objectif de donjon.
Ouvrez votre portefeuille : les fonds sont là, et personne d’autre que vous ne peut les déplacer. Vous voilà le crypto-anarchiste le mieux fiché de votre quartier : le sweat à capuche, oui, mais repassé, avec votre nom brodé dessus.
Étape 7 : notez ce qu’il faudra déclarer
- Si la plateforme est établie hors de France, même dans l’Union, déclarez le compte au printemps suivant sur le formulaire 3916-bis, avec votre déclaration de revenus, même si le solde est nul. Notez-le maintenant.
- Établie en France, elle n’appelle pas de 3916-bis.
- Gardez le compte ou fermez-le : un compte étranger fermé dans l’année se déclare quand même pour cette année-là.
Les variantes : le pays de la plateforme, l'achat simple, l'achat récurrent, sans guichet
| Variante | Effort en plus | Ce que vous gagnez | Ce que vous risquez |
|---|---|---|---|
| Plateforme agréée en France, carnet d’ordres, retrait immédiat | aucun | pas de 3916-bis | un choix d’actifs plus restreint |
| Plateforme agréée dans un autre pays de l’Union, carnet d’ordres, retrait immédiat | aucun | souvent plus d’actifs et de réseaux | oublier le 3916-bis, chaque année |
| Achat simple dans l’application, retrait immédiat | un peu moins | l’écran le plus simple | des frais plus élevés |
| Achat récurrent automatique, retraits groupés | aucun | le geste ne demande plus d’attention | payer un forfait de retrait par achat, si vous ne groupez pas |
| Laisser les fonds sur la plateforme | un peu moins | rien | la faillite ou le gel de la plateforme : vous perdez le gain de cette salle |
| Acheter de pair à pair, sans guichet | beaucoup plus | moins de fichage | plus d’escroqueries : voir le Marché de l’Arrière-Cour · Acheter sans guichet (pair à pair) |
La boussole
La boussole est le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3. Le point de comparaison est le village : ce que vous faites déjà, avec vos euros à la banque. Cette salle vous rend surtout du confort et une autre monnaie, aucune discrétion.
| Axe | Pourquoi |
|---|---|
| Garde | Une fois retirés, les fonds sont à vous. Mais vous passez par un tiers, qui peut un jour refuser un retrait. |
| Juridiction | Vous ne dépendez plus d’une seule banque française. Le bitcoin ne dépend d’aucun pays ; un stablecoin, de son émetteur et de son droit. La plateforme reste dans l’Union. |
| Monnaie | Le bitcoin, l’ETH ou un stablecoin en dollar échappent à la Banque centrale européenne. Un stablecoin en euro (EURC) reste de l’euro : vous changez de gardien, pas de monnaie. |
| Discrétion | Tout est déclaré, par construction. |
| Confort | Le compte ouvert, c’est aussi simple qu’un achat en ligne. |
| Prudence (un risque existant réduit) | Le retrait supprime le risque de faillite ou de gel de la plateforme. |
Les quatre caméras
Une caméra est un observateur : le curieux, la banque, la plateforme, l’administration.
| Caméra | Ce qu’elle voit, comparé au village |
|---|---|
| du Badaud (le curieux, le voleur) | Rien de plus, tant que vous ne parlez pas de votre achat : votre adresse n’affiche pas votre nom. |
| du Changeur (la banque) | Un virement vers une plateforme crypto, avec son nom : elle sait que vous achetez de la crypto. |
| du Marchand (la plateforme) | Tout : votre identité, vos montants, et l’adresse de retrait, qu’elle relie à vous pour toujours. |
| de l’Intendance (l’administration) | Tout, par la directive européenne DAC8 : depuis le 1er janvier 2026, la plateforme note pour le fisc votre identité et vos opérations. Pour celles de 2026, le fisc les reçoit au plus tard en septembre 2027. |
Ce zéro en discrétion est le prix de la simplicité. La salle ne vous rend pas invisible, mais indépendant : une fois retiré, votre argent ne dépend plus ni de la banque ni de la plateforme. La discrétion a sa salle : le Poste de Garde aux Caméras · La discrétion : ce qu’un curieux peut retrouver.
Les risques, chiffrés
Huit risques. Pour un petit montant retiré aussitôt, le seul sérieux est l’erreur d’adresse ou de réseau.
| Risque | En une ligne |
|---|---|
| 1. Faillite ou gel de la plateforme | Faible chez une plateforme agréée, nul dès que vous avez retiré. |
| 2. Mauvaise adresse ou mauvais réseau | L’erreur la plus courante des débutants : l’argent envoyé est en général perdu. |
| 3. Faux site ou plateforme non agréée | Réel, mais évité si vous vérifiez le registre et tapez l’adresse vous-même. |
| 4. Oublier le 3916-bis | 750 € d’amende par compte étranger non déclaré. |
| 5. Payer un impôt sur l’achat | Aucun : acheter avec des euros n’est pas imposable. |
| 6. Fuite des données d’identité de la plateforme | Possible, sans chiffre fiable ; votre banque détient les mêmes. |
| 7. Lien permanent entre votre identité et votre adresse | Certain, par construction. Une perte de discrétion, pas un coût. |
| 8. Votre banque bloque ou questionne le virement | Cela arrive. Un délai, rarement plus. |
1. Faillite ou gel de la plateforme
- Possible ? Oui, tant que les fonds dorment sur la plateforme.
- Probable ? Faible pour une plateforme agréée MiCA : elle doit séparer vos avoirs des siens (article 75). Pas nul : FTX a fait faillite en novembre 2022.
- Coût : les fonds laissés sur place, bloqués des mois, voire des années.
- Tendance : en baisse avec MiCA.
- Durée : le risque disparaît dès le retrait. C’est tout l’objet de cette salle.
- Comparé au village : vos euros à la banque sont garantis jusqu’à 100 000 € par la garantie des dépôts. Vos crypto-actifs sur une plateforme ne le sont pas, d’où le retrait.
2. Mauvaise adresse ou mauvais réseau
- Possible ? Oui, au moment du retrait.
- Probable ? C’est l’erreur la plus courante des débutants. Aucun chiffre public fiable.
- Coût : le montant envoyé, en général sans retour possible.
- Tendance : stable.
- Durée : définitive. Une transaction ne s’annule pas.
- Comparé au village : un virement vers un mauvais IBAN peut parfois se rattraper par la banque. Ici, personne ne le fait : vérifiez avant de confirmer.
3. Faux site ou plateforme non agréée
- Possible ? Oui.
- Probable ? Réel. L’AMF, l’autorité française des marchés, publie une liste noire et peut demander en justice le blocage de ces sites.
- Coût : tout ce qui a été versé.
- Tendance : en baisse pour qui vérifie le registre.
- Durée : définitive. L’argent versé à un escroc revient rarement.
- Comparé au village : c’est le cousin du faux site bancaire. La parade est la même : taper l’adresse soi-même.
4. Oublier le 3916-bis (plateforme établie hors de France)
- Possible ? Oui, dès que la plateforme est établie à l’étranger, même dans l’Union.
- Probable ? Le contrôle devient probable avec DAC8 : votre identité et vos opérations remontent au fisc.
- Coût : 750 € par compte non déclaré, ou 1 500 € si vos comptes d’actifs numériques à l’étranger ont dépassé 50 000 € à un moment de l’année. Une omission ou une erreur dans la déclaration coûte 125 € (250 € au-delà de 50 000 €), dans la limite de 10 000 € par déclaration (formulaire de 2026).
- Tendance : en hausse.
- Durée : l’oubli porte le délai pendant lequel le fisc peut vous contrôler de 3 à 10 ans.
- Comparé au village : un compte bancaire ouvert à l’étranger se déclare de la même façon, sur le même formulaire.
5. Payer un impôt sur l'achat
- Possible ? Non.
- Probable ? Sans objet : acheter avec des euros est une acquisition, pas une vente.
- Coût : 0 €.
- Tendance : stable.
- Durée : sans objet. L’impôt viendra peut-être à la revente (voir la loi, plus bas).
- Comparé au village : comme pour une action achetée en bourse, seule la vente compte.
6. Fuite des données d'identité de la plateforme
- Possible ? Oui. En mai 2025, Coinbase a annoncé que des employés de sous-traitants, achetés par des escrocs, avaient copié les données de 69 461 clients : noms, adresses, images de pièces d’identité.
- Probable ? Aucun chiffre fiable sur la fréquence de ces fuites.
- Coût : surtout des messages d’hameçonnage ciblés, c’est-à-dire de faux messages qui imitent la plateforme pour vous voler. Pour les gros détenteurs connus, une fuite peut aussi aider des agresseurs à les repérer : voir la Chambrée · Premier portefeuille, risque n° 5.
- Tendance : stable.
- Durée : des données publiées restent publiées.
- Comparé au village : votre banque détient les mêmes données. La parade : un alias de courriel, et la discrétion sur ce que vous possédez.
7. Lien permanent entre votre identité et votre adresse
- Possible ? Certain.
- Probable ? La règle européenne sur les transferts et DAC8 créent ce lien par construction.
- Coût : pas un coût, une perte de discrétion. Quiconque accède aux données de la plateforme peut suivre cette adresse sur la chaîne publique.
- Tendance : en hausse.
- Durée : définitive. La chaîne de blocs garde tout.
- Comparé au village : votre banque relie déjà chaque paiement à votre nom. La différence : ici, l’historique de l’adresse est public.
8. Votre banque bloque ou questionne le virement
- Possible ? Oui.
- Probable ? Cela arrive : des clients en témoignent dans la presse spécialisée. Aucune statistique publique récente.
- Coût : un délai, un appel au conseiller.
- Tendance : stable.
- Durée : passagère.
- Comparé au village : la banque questionne aussi les gros virements inhabituels, quelle que soit leur destination.
Oubliette : le Doubleur d’Écus. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Une plateforme promet de doubler vos dépôts, ou un rendement « sans risque » : c’est le premier signe d’une arnaque. Cherchez la plateforme au registre de l’ESMA et sur la liste noire de l’AMF avant de verser un euro.
Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu tant que vous n’avez rien versé. Au fond de cette oubliette, personne n’a jamais vu doubler un écu, seulement disparaître. »
La quête : Présenté à la cour
La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).
Objectif de taverne : trouver le LEI de votre plateforme
Copiez le LEI de votre plateforme (colonne ae_lei du registre de l’ESMA) dans l’encart de la Cafetière : 20 caractères, chiffres et majuscules, sans espace. Votre navigateur vérifie le numéro et fabrique votre drapeau.
Objectif de donjon : prouver votre retrait
Copiez l’identifiant de transaction (txid) de votre retrait dans l’historique de la plateforme, et collez-le dans l’encart de la Cafetière. La transaction doit payer l’adresse signée à la Chambrée. Votre navigateur la vérifie et fabrique votre drapeau.
Comment la Cafetière vérifie, chez vous
Le LEI ne sort pas de votre navigateur. Le txid part vers un explorateur public (un site qui affiche le contenu de la chaîne de blocs), et vous en êtes prévenu.
Le détail de la vérification
-
Objectif de taverne : votre navigateur vérifie le format du LEI (20 caractères), puis sa clé de contrôle, selon la norme ISO 17442. Le calcul : chaque lettre devient un nombre (A = 10, B = 11… Z = 35), on lit le tout comme un grand nombre, et le reste de sa division par 97 doit valoir 1. C’est le même calcul que la clé d’un IBAN. Si le site embarque une copie de CASPS.csv, le LEI y est aussi cherché, hors ligne. Rien ne sort du navigateur.
-
Objectif de donjon : votre navigateur interroge un explorateur public, un site qui affiche le contenu de la chaîne de blocs : mempool.space puis Blockstream pour Bitcoin, Blockscout pour les réseaux EVM. Il vérifie trois choses :
- la transaction existe ;
- l’une de ses sorties (ou, pour un jeton comme l’USDC, l’un de ses transferts) paie l’adresse signée, enregistrée dans votre parchemin ;
- elle est postérieure à votre entrée dans cette salle, date elle aussi enregistrée dans votre parchemin.
Si la transaction attend encore sa confirmation, la Cafetière l’accepte comme « en route » et vous propose de revérifier plus tard. Ce qui sort de votre navigateur : le txid, vers l’explorateur, qui voit aussi votre adresse IP (l’adresse de votre connexion internet). Rien n’est envoyé au site. Le risque est faible, comparable à consulter un relevé de compte en ligne. Vous pouvez refaire la vérification avec Tor, un navigateur qui masque votre adresse IP. Le lien direct vers la transaction est toujours affiché, pour vérifier à l’œil, sans nous. La preuve (txid, adresse, LEI) est gardée chiffrée dans votre parchemin, et l’écusson peut être revérifié plus tard.
-
Peut-on tricher ? Oui, en lisant le code du site, comme pour toutes les quêtes : c’est assumé, il n’y a rien à gagner sinon le geste. Sans lire le code, une transaction envoyée par quelqu’un d’autre vers votre adresse signée passerait aussi. Elle prouverait alors une réception, pas un achat.
Les sucres
Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.
Un sucre, une piste
Le LEI se lit dans le registre, pas sur le site de la plateforme. Le txid se lit dans l’historique des retraits, pas dans l’historique des achats.
Deux sucres, la méthode
- Le LEI est refusé ? Il fait exactement 20 caractères, chiffres et majuscules, sans espace. Le registre laisse parfois traîner un espace à la fin : retirez-le. Copiez-le depuis la colonne
ae_lei, pas depuis le site de la plateforme, qui affiche parfois le numéro d’une autre société du groupe. - Le txid est introuvable ? Vérifiez que vous avez copié l’identifiant de transaction, et non le numéro interne du retrait : certaines plateformes affichent les deux. Si le txid n’apparaît pas encore, attendez que le retrait passe à « envoyé » ou « terminé ».
Trois sucres, la solution
- Pour le LEI : si le groupe a plusieurs lignes au registre, prenez celle de la société qui vous a servi, celle dont les services comprennent
j.. - Pour le txid : un txid fait 64 caractères ; sur un réseau EVM, il commence par
0x. - La transaction est trouvée, mais refusée ? Soit elle paie une autre adresse que l’adresse signée, soit elle est partie sur un réseau que la Cafetière ne lit pas (Lightning, ou un autre réseau EVM). Ouvrez le lien de l’explorateur : la ligne des sorties ou des transferts dit qui a été payé. Si c’est une autre adresse, faites un deuxième petit retrait, vers l’adresse signée cette fois.
Le déca
Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.
La Cafetière accepte plus tard tout retrait postérieur à votre entrée dans la salle.
Le verdict
Écusson forgé : Client conforme. Vos fonds ne sont plus chez un tiers : ils sont chez vous. La plateforme a servi de guichet, et le guichet s’est refermé derrière vous. Vous avez rempli plus de formulaires que pour un prêt immobilier ; le législateur vous remercie, DAC8 aussi.
Hilarion, le héraut (l’annonceur) du château : « Oyez : vous portez l’écusson Client conforme, acheté au guichet puis retiré chez vous. J’aurais aimé crier votre nom, mais seule la plateforme le connaît, et elle ne le dit qu’au fisc. »
Percolozor, l’auteur du site, en voix off. Je note que l’État n’a plus voté de budget à l’équilibre depuis 1974. Vous, en une heure, avez fait entrer de l’argent, l’avez déplacé, et savez à l’euro près où il se trouve.
Ce que dit la loi
En bref : seules les plateformes agréées MiCA peuvent vous servir en France, et acheter n’est pas imposable. Si la plateforme est établie à l’étranger, son compte se déclare chaque année.
La loi en détail : agrément, protection des avoirs, règle de transfert, DAC8, impôt, 3916-bis
- Qui peut vous vendre. Depuis le 1er juillet 2026, fin de la période transitoire, seules les plateformes agréées MiCA peuvent vous servir en France (MiCA, article 143). Une plateforme agréée dans un autre pays de l’Union peut vous servir si elle a déclaré la France parmi ses pays d’exercice : c’est le « passeport » européen, colonne
ac_serviceCode_coudu registre. Exercer sans agrément est une infraction pour la plateforme, pas pour vous : jusqu’à deux ans de prison et 30 000 € d’amende (articles L. 54-10-4 et L. 572-23 du code monétaire et financier). - Vos avoirs chez la plateforme sont juridiquement séparés de son patrimoine. Ses créanciers ne peuvent pas les saisir si elle fait faillite (MiCA, article 75, paragraphe 7).
- La règle de transfert. Au-delà de 1 000 € vers une adresse que vous gérez vous-même, la plateforme doit vérifier que vous la détenez ou la contrôlez. C’est le règlement (UE) 2023/1113, article 14, paragraphe 5, applicable depuis le 30 décembre 2024.
- DAC8. Depuis le 1er janvier 2026, les plateformes collectent votre identité et vos opérations pour le fisc. Les premiers échanges entre pays de l’Union ont lieu au plus tard le 30 septembre 2027.
- L’impôt. Acheter avec des euros n’est pas imposable. Seule une vente future le sera : une vente contre des euros, ou le paiement d’un bien. Le gain est alors taxé à 31,4 % au total. Vous êtes exonéré si le total de vos ventes de l’année ne dépasse pas 305 €.
- Le 3916-bis. Tout compte d’actifs numériques ouvert, utilisé ou fermé auprès d’une plateforme établie à l’étranger se déclare chaque année (code général des impôts, article 1649 bis C). Le critère est le pays d’établissement, pas l’agrément. Votre propre portefeuille n’est pas visé aujourd’hui.
Les chiffres, les exemples et les projets en cours sont au Greffe · La loi en chiffres.
Pour aller plus loin
Dans l’Aile du Trésor
- La Chambrée · Premier portefeuille : d’où vient l’adresse signée.
- Le Greffe · La loi en chiffres : ce que vous déclarez, quand, et ce que coûte un oubli.
- Le Marché de l’Arrière-Cour · Acheter sans guichet (pair à pair) : l’autre façon d’acheter : moins de fichage, d’autres risques.
- La Taverne des Remparts · Payer aussi simplement qu’avec sa carte : dépenser vos stablecoins par carte.
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Sources
Vérifiées en octobre 2026. Les frais et les listes de plateformes changent vite : revérifiez sur la page officielle le jour où vous agissez.
- ESMA, page MiCA et registre intérimaire (CSV mis à jour chaque semaine) : https://www.esma.europa.eu/esmas-activities/digital-finance-and-innovation/markets-crypto-assets-regulation-mica
- ESMA, fichier CASPS.csv (colonnes du registre ; lignes de Kraken, Coinbase, Bitpanda, Coinhouse, Paymium, Meria et Bitstack ; mise à jour du 20 octobre 2026) : https://www.esma.europa.eu/sites/default/files/2024-12/CASPS.csv
- ESMA, fichier EMTWP.csv (USDC et EURC de Circle présents, aucun jeton de Tether) : https://www.esma.europa.eu/sites/default/files/2024-12/EMTWP.csv
- AMF, fin de la période transitoire MiCA : https://www.amf-france.org/en/news-publications/news/end-mica-transitional-period-esma-sets-out-its-expectations-professionals-and-warns-retail-investors
- AMF, 5 février 2026 : fin de la période transitoire le 1er juillet 2026, peines des articles L. 54-10-4 et L. 572-23 du code monétaire et financier, liste noire et blocage des sites : https://www.amf-france.org/sites/institutionnel/files/pdf/78055/en/The_AMF_reminds_Digital_Asset_Service_Providers_that_the_transitional_period_allowing_them_to_continue_providing_crypto-asset_services_in_France_without_MiCA_authorisation_ends_on_1_July_2026.pdf
- AMF, liste blanche, fiche Kraken (Payward Europe Solutions) : https://www.amf-france.org/en/warnings/white-lists/casp/payward-europe-solutions-limited-kraken-digital-asset-exchange-kraken
- AMF, listes blanches et noires grand public : https://protectepargne.amf-france.org
- GLEIF, le LEI selon ISO 17442 : https://www.gleif.org/en/about-lei/iso-17442-the-lei-code-structure
- MiCA (règlement (UE) 2023/1114), articles 3, 75 et 143 : https://www.springlex.eu/fr/packages/mica/mica-regulation/article-3/ , https://www.springlex.eu/fr/packages/mica/mica-regulation/article-75/ , https://www.springlex.eu/fr/packages/mica/mica-regulation/article-143/
- Règlement (UE) 2023/1113 sur les transferts, articles 14 et 40 : https://www.springlex.eu/fr/packages/aml/tfr-regulation/article-14/ , https://www.springlex.eu/fr/packages/aml/tfr-regulation/article-40/
- Commission européenne, DAC8 (application au 1er janvier 2026, premiers échanges au plus tard le 30 septembre 2027) : https://taxation-customs.ec.europa.eu/taxation/tax-transparency-cooperation/administrative-co-operation-and-mutual-assistance/directive-administrative-cooperation-dac/dac8_en
- Deloitte Avocats, transposition de DAC8 : https://blog.avocats.deloitte.fr/transposition-de-la-directive-dac-8-en-droit-interne-publication-du-decret-dapplication/
- Formulaire 3916-3916-bis, millésime 2026 (amendes de l’article 1736 X du CGI) : https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/formulaires/3916/2026/3916_5454.pdf
- impots.gouv.fr, plus-values sur actifs numériques (31,4 %, seuil de 305 €) : https://www.impots.gouv.fr/particulier/questions/comment-declarer-les-plus-ou-moins-values-sur-cessions-dactifs-numeriques
- BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-20, paragraphe 90 (sans justificatif, prix d’acquisition nul) : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/11968-PGP.html
- Livre des procédures fiscales, article L169 (reprise sur 10 ans) : https://codes.droit.org/PDF/Livre%20des%20proc%C3%A9dures%20fiscales.pdf
- Kraken, grille tarifaire (achat instantané à 1 % plus l’écart ; Kraken Pro au premier palier : 0,40 % et 0,80 % ; frais selon le moyen de paiement) : https://www.kraken.com/features/fee-schedule
- Kraken, vérification des adresses personnelles au-delà de 1 000 € (confirmation ou envoi de test, une seule fois) : https://support.kraken.com/hc/en-us/articles/updates-to-crypto-transfer-procedures-for-uk-clients
- Fuite de données chez Coinbase, mai 2025 (69 461 clients, secondaire) : https://techcrunch.com/2025/05/21/coinbase-says-its-data-breach-affects-at-least-69000-customers
- Chainalysis, agressions physiques de détenteurs (6 août 2026) : https://www.chainalysis.com/blog/violent-crypto-wrench-attacks-2026/
- Virements bloqués par les banques, témoignages (secondaire) : https://cryptoast.fr/psan-comptes-bancaires-parcours-combattant-interminable/
- Assemblée nationale, proposition de loi n° 880 (dernier budget voté à l’équilibre en 1974) : https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0880_proposition-loi.pdf
- Fonds de garantie des dépôts et de résolution (100 000 € par déposant et par banque) : https://www.garantiedesdepots.fr/fr/la-garantie-des-depots
- Faillite de FTX, chronologie et premiers remboursements en février 2025 (secondaire) : https://en.wikipedia.org/wiki/Bankruptcy_of_FTX
- API des explorateurs : https://mempool.space/docs/api/rest , https://github.com/Blockstream/esplora/blob/master/API.md , https://docs.blockscout.com/devs/apis/rest