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Bas de Laine

L'Aile du Trésor · sous-sol profond

La Salle des Coffres · Garder ses clés (et les transmettre)

La garde maximale, hors du souffle du dragon. Une vieille dragonne y dort sur son tas. Au fond, un pupitre et une plume : la lettre pour ceux qui ouvriront le coffre après vous.

Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.

Quête : Le coffre et la lettre

  • Objectif de taverne : Passez le test du cambrioleur (où ranger quoi, selon la somme), puis rédigez votre lettre de transmission hors ligne. N'y écrivez pas vos mots, et ne la confiez pas à un service en ligne.
  • Objectif de donjon : Effacez puis restaurez votre portefeuille à partir de sa phrase, et signez un nouveau message avec l'adresse de la Chambrée.

Effort : 3 sur 5. Liberté gagnée : 9 sur 15. Classement : Chantier.

La boussole de la salle
CaractéristiqueGain (0 à 3)
Garde3
Juridiction1
Monnaie0
Discrétion2
Confort1
Prudence3
CaméraDiscrétion gagnée (0 à 3)
la caméra du Badaud3
la caméra du Changeur0
la caméra du Marchand1
la caméra de l'Intendance0

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : à la Salle des Coffres, au sous-sol de l’Aile du Trésor (la partie du site sur la monnaie).
  2. Ce que vous apprenez : ranger la phrase de récupération de votre portefeuille selon la somme en jeu, et la transmettre.
  3. Ce que vous faites : vous restaurez votre portefeuille depuis votre papier, puis écrivez une lettre à vos proches, sans les mots.
  4. Ce qu’il vous faut : le portefeuille créé à la Chambrée (la salle du premier portefeuille), un papier, un crayon. Effort : 3 sur 5. Durée : une à deux heures.
  5. Ce que vous y gagnez : une épargne qui survit à la perte du téléphone, au cambrioleur et à vous-même.

Pourquoi cette salle

Vos douze mots, notés sur un papier, sont sans doute le seul objet qui sépare votre argent du néant. Trois questions :

  1. Où ranger la phrase, selon la somme en jeu.
  2. Comment prouver que la sauvegarde marche, avant d’en avoir besoin. Aucun guichet ne restaurera vos fonds à votre place.
  3. Comment transmettre, sans que la lettre serve à un voleur.

Avant cette salle, vous utilisez une monnaie que personne ne peut confisquer ; après, vous la tenez, et elle vous survit.

L’histoire

Cas fictif.

Paul a cinquante-huit ans et un peu d’épargne en bitcoin. Il a tout fait comme il faut : un portefeuille sur son téléphone, douze mots au crayon sur une fiche bristol, la fiche dans le classeur des factures d’eau. Personne ne vole les factures d’eau.

Un dimanche, sa fille lui demande : « Et si ton téléphone tombe dans le lac ? » Paul répond qu’il a la fiche. Elle insiste : « Tu l’as déjà essayée, ta fiche ? »

Il ne l’a jamais essayée. Sur la vieille tablette du salon, il installe un second portefeuille, choisit « Restaurer » et tape ses douze mots. Le portefeuille s’ouvre sans broncher. Solde : zéro.

Après dix minutes très désagréables, Paul relit sa fiche à la lumière de la fenêtre. Le septième mot, écrit vite un soir de fatigue, il l’a lu clay ; c’était claw. Les deux figurent dans la liste officielle de 2 048 mots : Paul avait tapé une phrase valide, qui ouvrait un autre portefeuille, vide.

Il corrige : le solde apparaît, et la première adresse de réception est celle de son téléphone. Paul recopie la fiche en capitales, en fait une seconde, et la porte chez sa sœur.

Découverte le jour où le téléphone est au fond du lac, l’erreur lui aurait tout coûté. Cette salle sert à cela : faire l’erreur un dimanche, fonds intacts.

Dame Escarbille, la dragonne qui garde son or elle-même : « Les archéologues déterrent encore des trésors que personne n’est jamais revenu chercher. Je garde mon or depuis six siècles, et ma nièce sait où est le plan. »

La recette

Sept étapes. À la fin, votre phrase est rangée en deux lieux, sa restauration testée, et une lettre attend vos proches.

Étape 1 : choisissez votre niveau selon la somme

La bonne protection dépend de ce que vous détenez déjà, pas de ce que vous devriez détenir.

Ce qui est en jeu Rangement de la phrase Portefeuille Effort (1 à 5)
L’argent de poche Un papier, chez vous Téléphone 1
Quelques semaines de salaire Deux papiers, deux lieux Téléphone 2
Une perte qui vous ferait mal Plaque de métal et papier, deux lieux Portefeuille matériel 3
Un enjeu pour vos héritiers Plaque de métal et passphrase à part Portefeuille matériel 4

Le portefeuille matériel (un petit boîtier qui garde la clé) est à l’étape 5 ; la passphrase (un mot secret ajouté à la phrase), à l’étape 6.

Pour la plupart, la deuxième ligne suffit : deux papiers, deux lieux, une restauration testée.

Étape 2 : écrivez la phrase correctement

La phrase de récupération compte 12 ou 24 mots, tirés d’une liste officielle de 2 048 mots anglais, appelée BIP-39.

  1. Écrivez au crayon à papier ou au stylo à bille, en capitales, sur un papier épais : ni feutre (il bave), ni encre effaçable.
  2. Numérotez les mots, de 1 à 12 ou de 1 à 24 : l’ordre compte.
  3. Soignez au moins les quatre premières lettres de chaque mot : dans la liste BIP-39, elles suffisent à le reconnaître.
  4. Notez à côté le nom du portefeuille et le type d’adresse (les premiers caractères de vos adresses), par exemple « BlueWallet, bc1q » : la personne qui restaurera gagnera une heure.
  5. Ne mettez jamais la phrase en photo, dans un stockage en ligne, un courriel, un gestionnaire de mots de passe ou une note. Un fichier se copie sans bruit, un papier non.
Les variantes : votre appareil affiche 20 mots

C’est une autre norme, SLIP-39. Certains portefeuilles matériels récents l’utilisent par défaut, comme les Trezor Safe 3, Safe 5 et Safe 7. Sa liste compte 1 024 mots, différents de ceux de BIP-39 : les numéros de la liste BIP-39 ne s’y appliquent pas. Les quatre premières lettres suffisent là aussi.

Une règle sans exception. Votre phrase ne se tape que dans le portefeuille qui la restaure. Jamais dans un moteur de recherche, un tableur, un traducteur ou un site « utile », même pour retrouver le numéro d’un mot. Pour cela, imprimez la liste officielle et cherchez à la main.

Étape 3 : rangez la phrase en deux lieux

Un seul exemplaire disparaît avec la maison (incendie, dégât des eaux, déménagement). Le second lieu peut être :

  • le domicile d’un proche de confiance, dans une enveloppe fermée et signée sur le rabat (vous verrez si on l’a ouverte) ;
  • un coffre bancaire (la banque sait que vous louez un coffre, pas ce qu’il contient) ;
  • un endroit à vous, ailleurs.

Ne coupez pas la phrase en deux moitiés. Qui trouve une moitié a fait la moitié du chemin, qui en perd une perd tout. Pour qu’aucun lieu ne suffise seul, voyez Shamir (la sauvegarde découpée en parts), dans les variantes de l’étape 6.

Étape 4 : testez la restauration

Presque personne ne la fait, et c’est elle qui transforme un papier en sauvegarde.

La voie sûre : restaurez ailleurs, sans rien effacer.

  1. Prenez un second appareil (vieux téléphone, tablette) ou une seconde application de portefeuille.
  2. Choisissez « Restaurer », et tapez la phrase en la lisant sur votre papier, pas de mémoire : c’est le papier qu’on teste.
  3. Comparez la première adresse de réception avec celle d’origine : identique, au caractère près.
  4. Si elle diffère, vérifiez d’abord le type d’adresse dans les réglages (bc1q, bc1p ou 3), puis cherchez un mot mal recopié.
  5. Supprimez le portefeuille du second appareil, si vous ne comptez pas vous en servir.

Pourquoi l’adresse : le petit code de vérification d’une phrase de 12 mots détecte un mot faux environ quinze fois sur seize. La seizième, la phrase fausse ouvre un autre portefeuille, vide, comme pour Paul.

La voie radicale : effacez, puis restaurez. Désinstallez l’application, puis restaurez depuis le papier : le test le plus honnête, sans filet. Faites-le après la voie sûre, ou avec un portefeuille presque vide.

Étape 5 : passez au portefeuille matériel, si la somme le justifie

Ce boîtier garde la clé et signe les paiements sans la montrer à l’ordinateur. Il protège contre les logiciels malveillants et le téléphone volé, pas contre la perte de la phrase : le boîtier se remplace, la phrase non.

Trois règles d’achat :

  1. Achetez chez le fabricant ou un revendeur officiel, jamais d’occasion ni sur une place de marché.
  2. Refusez tout appareil livré avec une phrase déjà écrite dans la boîte : la phrase doit naître dans l’appareil, devant vous.
  3. Faites-vous livrer en point relais : si le fichier clients du fabricant fuit, votre adresse personnelle n’y sera pas.

À la mise en service, l’appareil crée une nouvelle phrase. Refaites avec elle les étapes 2 à 4, puis transférez vos fonds. L’ancien portefeuille vide, brûlez ou déchiquetez l’ancienne phrase.

Les familles d'appareils : Trezor, Ledger, Coldcard, Keystone
Appareil Ce qu’il fait bien Ce qu’il faut savoir
Trezor (République tchèque) Logiciel et micrologiciel (le logiciel interne de l’appareil) publiés en source ouverte. Signature de message dans Trezor Suite. Pas de signature de message sur les comptes Taproot (adresses en bc1p). Les modèles récents sauvegardent par défaut en 20 mots SLIP-39.
Ledger (France) Très répandu, gère beaucoup de monnaies. Puce sécurisée fermée. Option payante Ledger Recover : une copie de la phrase confiée à des tiers, avec vérification d’identité. En décembre 2020, environ 272 000 noms, adresses postales et numéros de téléphone de clients ont été publiés après une fuite.
Coldcard (Canada) Bitcoin seulement, utilisable sans câble. Signature de message BIP-322 (micrologiciel 5.5.1 ou plus, 1.4.1Q sur le modèle Q). Beaucoup d’options, donc beaucoup d’erreurs possibles. Pour les méticuleux.
Keystone (Hong Kong) Communique par QR codes, sans jamais être branché. Micrologiciel publié en source ouverte. Compatible avec MetaMask et avec Zodl (un portefeuille Zcash). Fabricant établi à Hong Kong.

Étape 6 : gravez la phrase sur métal, et ajoutez une passphrase

Pour une grosse somme : la plaque survit à un incendie, le papier non, et la passphrase gardée ailleurs protège contre celui qui trouve la plaque.

La plaque de métal.

  1. Choisissez une plaque d’acier inoxydable ou de titane, d’une seule pièce, épaisse.
  2. Gravez les quatre premières lettres de chaque mot, avec son numéro d’ordre.
  3. Avec des poinçons, un 6 frappé à l’envers devient un 9 : soulignez-les, ou ajoutez un point dessous.
  4. Vous gravez le numéro de chaque mot dans la liste plutôt que ses lettres ? Gravez aussi la convention, liste numérotée à partir de 0 (de 0 à 2 047) ou de 1 (de 1 à 2 048) : sans elle, chaque numéro peut désigner deux mots voisins.
  5. Restaurez une fois depuis la plaque, comme à l’étape 4 : une plaque mal frappée vaut un papier mal écrit.

La passphrase (le « 25e mot »), ajoutée à la phrase, ouvre un portefeuille entièrement différent. Sans elle, la plaque n’ouvre qu’un portefeuille vide, ou un leurre garni d’une petite somme.

  1. Rangez la passphrase dans un autre lieu que la phrase.
  2. Testez-la comme la phrase, à l’étape 4.
  3. Dans la lettre de transmission, indiquez où elle se trouve, jamais ce qu’elle est.

Le prix de la passphrase : oubliez-la, et tout est perdu, sans recours.

Étape franchie : une plaque d’acier frappée à la main, cachée chez vous. Vous êtes désormais le genre de personne qui dit « stockage à froid » au barbecue, et juge les détecteurs de fumée des autres.

Les variantes : Shamir, multisignature, et le choix de la plaque

Jameson Lopp, un développeur Bitcoin, a éprouvé 70 supports métalliques en quatre ans environ. Il les a chauffés vers 1 100 °C pendant dix minutes, puis plongés dans l’eau, écrasés et passés à l’acide. Ses conclusions : une seule pièce de métal, épaisse, sans vis. Il préfère le pointeau (des points frappés sur une grille) ou la gravure électrolytique (le métal creusé par un courant électrique). Les poinçons à lettres sont plus difficiles à frapper proprement.

Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
Shamir (SLIP-39) : la sauvegarde découpée en parts, par exemple trois parts dont deux suffisent 1 Une part seule ne révèle rien. Aucun lieu ne suffit seul. Plus de papiers à gérer. Tous les portefeuilles ne savent pas le restaurer.
Multisignature 2 sur 3 : trois clés sur trois appareils, deux nécessaires pour dépenser (avec le logiciel Sparrow, par exemple) 2 La perte ou le vol d’une clé ne suffit pas. Une restauration complexe : il faut aussi sauvegarder la description du portefeuille. À ne pas imposer à des héritiers qui ne savent pas ce qu’est une adresse.

Une protection trop compliquée se retourne contre vous, ou contre vos héritiers. Le portefeuille le plus sûr ne vaut rien si personne ne sait l’ouvrir.

Étape 7 : écrivez la lettre de transmission

La lettre dit que les fonds existent et comment les retrouver, jamais les mots : qui la lit ne doit pas pouvoir vider le portefeuille. Six rubriques :

  1. L’existence : « J’ai de l’épargne en bitcoin, environ tant, à telle date. »
  2. L’outil : le portefeuille ou l’appareil, le type d’adresse, où est l’appareil et où est noté son code.
  3. Les lieux : où sont les deux exemplaires de la phrase, et la passphrase.
  4. Une personne de confiance qui sait faire et peut accompagner, sans accès seule aux fonds.
  5. Les interdits : ne jamais taper la phrase sur un site web, ne jamais croire un « support » qui appelle, ne rien vendre dans la précipitation.
  6. Un mot sur l’impôt : ces avoirs font partie de la succession (voir « Ce que dit la loi »).

Rangez-la avec votre testament, chez votre notaire ou son destinataire, et mettez-la à jour à chaque changement de portefeuille.

La boussole

La boussole est le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3. Le point de comparaison est le village, ce que vous faites déjà : ici, une phrase notée une fois, jamais testée.

Axe Pourquoi
Garde Votre clé survit à la perte de l’appareil, et à vous-même.
Juridiction Restaurer ne dépend d’aucun service en ligne ni d’aucun pays. Ledger Recover ferait l’inverse.
Monnaie Vous détenez la même chose qu’avant.
Discrétion Une phrase bien rangée, protégée par une passphrase, ne se trouve pas par hasard.
Confort Une heure de travail, une fois ; l’usage quotidien ne change pas.
Prudence (un risque existant réduit) La perte, premier risque quand on garde ses clés, devient faible.

Risque nouveau : une passphrase oubliée, ou une protection trop compliquée pour vos héritiers.

Dame Escarbille : « De mon temps, on enterrait son or sous un chêne, et le chêne seul savait où. Une plaque, deux lieux et une lettre, c’est le même trésor, avec le chêne en moins et un héritier en plus. »

Les quatre caméras

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) Un papier anodin, une plaque qui ressemble à une plaque ; avec une passphrase, la trouvaille n’ouvre rien. Le point faible est la parole (risque 3).
du Changeur (la banque) Rien de votre portefeuille. Au plus, elle sait que vous louez un coffre.
du Marchand (la plateforme) Le fabricant connaît votre adresse postale, si vous la lui donnez, mais ignore vos adresses Bitcoin et vos montants, sauf par son logiciel connecté.
de l’Intendance (l’administration) Rien de plus ; la lettre rendra ces avoirs visibles à la succession, c’est son but.

Les risques, chiffrés

Six risques ; le premier, perdre la phrase, compte le plus. Comparé au compte bancaire, où un guichet rend l’accès après une carte perdue : ici, aucun guichet, mais personne ne peut geler vos fonds.

Risque En une ligne
1. Perdre la phrase La première cause de perte. Un test de restauration la rend presque nulle.
2. Le cambrioleur qui trouve la phrase Faible, et nulle avec une passphrase rangée ailleurs.
3. La menace physique Rare mais en hausse en France. Elle vise d’abord les détenteurs connus.
4. Oublier la passphrase Perte totale, si elle n’est notée nulle part.
5. Les héritiers qui ne trouvent rien Élevé sans lettre de transmission.
6. Le portefeuille matériel en panne Coûte le prix de l’appareil, si la phrase est sauvegardée.
1. Perdre la phrase, ou l'avoir mal notée
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? C’est la première cause de perte quand on garde ses clés soi-même. En mars 2020, la société d’analyse Chainalysis estimait à 3,75 millions le nombre de bitcoins perdus, sur 18,27 millions créés : environ un sur cinq. C’est une estimation, qui compte les bitcoins immobiles depuis des années.
  • Coût : la totalité.
  • Tendance : en baisse pour qui teste sa sauvegarde. Le test de l’étape 4 ramène ce risque à presque rien.
  • Durée : définitive. Une phrase perdue ne se retrouve pas. Une sauvegarde testée reste fiable tant que le papier est intact.
  • Comparé au village : une carte perdue se remplace, le compte reste. Ici, c’est le papier qui fait office de guichet.
2. Le cambrioleur qui trouve la phrase
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Faible. Le service statistique du ministère de l’Intérieur a compté environ 211 600 cambriolages ou tentatives de cambriolage de logement en 2025, en baisse de 3 %. Une fiche rangée parmi des factures ne ressemble à rien.
  • Coût : tout ce que la phrase ouvre, si le cambrioleur sait ce qu’il tient. Zéro avec une passphrase rangée ailleurs.
  • Tendance : stable à légèrement en baisse.
  • Durée : une phrase lue reste lue. Au moindre doute, créez un nouveau portefeuille et transférez-y les fonds.
  • Comparé au village : une carte bancaire volée est plafonnée, et la banque rembourse souvent. Une phrase volée, non. D’où le second lieu, et la passphrase au-delà d’une certaine somme.
3. La menace physique : on vous force à ouvrir
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Rare, mais en hausse. La liste publique tenue par Jameson Lopp recense, pour la France, 6 attaques physiques liées aux cryptomonnaies en 2024, 25 en 2025 et 50 du 1er janvier au 22 octobre 2026. Cette liste n’est pas complète. Elle reste très loin des 211 600 cambriolages de 2025. Selon Chainalysis (août 2026), les victimes sont choisies grâce à des informations exposées : fuites de données, réseaux sociaux, indiscrétions.
  • Coût : au-delà de l’argent, l’intégrité physique.
  • Tendance : en hausse en France depuis 2024.
  • Durée : ce qui a été dit en public ne s’efface pas. La parade est donc la discrétion, avant : ne parlez pas de vos montants, ni au bureau, ni en dîner, ni en ligne. Une passphrase avec un portefeuille leurre ajoute une marge.
  • Comparé au village : c’est le risque de qui garde de l’or chez soi, pas celui de qui a un compte en banque.
4. Oublier la passphrase
  • Possible ? Oui. C’est le risque que vous créez en voulant vous protéger.
  • Probable ? Réel si la passphrase n’est notée nulle part et jamais testée. Aucun chiffre fiable.
  • Coût : la totalité.
  • Tendance : elle dépend de vous. La parade : notez-la dans un autre lieu que la phrase, et testez-la.
  • Durée : définitive.
  • Comparé au village : un code de carte oublié se fait renvoyer par la banque. Une passphrase oubliée, par personne.
5. Les héritiers qui ne trouvent rien, ou se font escroquer
  • Possible ? Oui. C’est l’oubliette de l’Héritier Bredouille (une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants) : une fortune bien gardée, mais aucune lettre.
  • Probable ? Élevé sans lettre de transmission. Une phrase sur un papier, sans contexte, ressemble à une liste de courses en anglais. Et l’AMF (l’Autorité des marchés financiers) met en garde contre de faux experts qui promettent de récupérer des cryptomonnaies perdues, contre paiement.
  • Coût : la totalité, pour eux.
  • Tendance : aucun chiffre fiable.
  • Durée : sans lettre, définitive.
  • Comparé au village : le notaire retrouve un compte bancaire grâce aux fichiers des banques. Un portefeuille gardé par vous n’apparaît dans aucun fichier : sans votre lettre, il n’existe pas.
6. Le portefeuille matériel qui tombe en panne ou disparaît
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable. Un appareil électronique finit toujours par s’user, se casser ou se perdre.
  • Coût : le prix de l’appareil, si la phrase est sauvegardée. Vous restaurez sur un appareil neuf, ou dans un portefeuille sur téléphone.
  • Tendance : stable.
  • Durée : le temps de recevoir un nouvel appareil.
  • Comparé au village : une carte bancaire cassée, que vous remplacez vous-même.

Oubliette : le Coffret d’Occasion. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous achetez un portefeuille matériel d’occasion, ou livré « préconfiguré » avec ses mots dans la boîte : quelqu’un d’autre connaît déjà la clé, et il attend que vous la remplissiez. La parade : un appareil neuf, acheté chez le fabricant, qui crée sa phrase devant vous.

Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu tant que l’appareil est vide : renvoyez-le. Un coffret neuf se paie une fois, un coffret d’occasion se paie avec tout ce que vous y mettrez. »

La quête : Le coffre et la lettre

La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin (votre fichier de progression chiffré, ouvert avec les douze mots du site). Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).

Objectif de taverne : le test du cambrioleur et la lettre

La Cafetière vous montre une maison en schéma et une somme en jeu. Rangez chaque élément dans une pièce (la phrase, l’appareil, la passphrase, le code de l’appareil, la lettre), puis remplissez le formulaire de la lettre, un champ par rubrique de l’étape 7, et imprimez-la.

Le formulaire a deux cases pièges : écrire la phrase dans la lettre, « pour que vos proches n’aient rien à chercher » ; confier la phrase à un service en ligne, « pour plus de sûreté ». Vous réussissez en évitant les deux cases, si aucun lieu ne réunit la phrase et la passphrase, ou la phrase et l’appareil.

Objectif de donjon : effacez, restaurez, signez

Effacez puis restaurez votre portefeuille à partir de sa phrase (étape 4) ; s’il contient déjà une somme importante, réussissez d’abord la voie sûre.

La Cafetière vous donne ensuite un message à signer, un défi : un texte lisible et daté. Signez-le depuis le portefeuille restauré, avec la même adresse qu’à la Chambrée, et collez la signature dans l’encart.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien ne sort de votre navigateur. La lettre est fabriquée et imprimée sur votre machine.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : votre navigateur contrôle vos choix de rangement et les deux cases pièges, puis fabrique le drapeau. Le formulaire n’a aucun champ pour des mots de récupération. Si vous collez 12, 20 ou 24 mots quelque part, la Cafetière refuse et ne garde rien.
  • Objectif de donjon : votre navigateur vérifie la signature (normes de signature BIP-322 ou BIP-137 pour Bitcoin, avec l’outil bip322-js ; format EIP-191 pour MetaMask et Rabby). Il compare l’adresse à celle de votre parchemin. Si l’adresse est la même et la signature valide, le drapeau est fabriqué.
  • Peut-on tricher ? En partie. La restauration elle-même est déclarative : la Cafetière ne voit pas si vous avez restauré ou signé depuis le téléphone d’origine. La signature, elle, ne se triche pas : elle prouve que vous tenez toujours la clé de cette adresse. Et tous les drapeaux se contournent en lisant le code du site. Vous n’y gagneriez qu’un écusson, sans le geste.

La Cafetière affiche, si vous collez une phrase de récupération :

La Cafetière
> stop. ceci ressemble à une phrase de récupération.
> je ne l'ai ni lue, ni gardée, ni envoyée.
> ces mots ne vont ni dans une lettre, ni ici.

Les sucres

Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.

Un sucre, une piste

Le portefeuille restauré doit afficher, parmi ses adresses, celle que vous aviez signée à la Chambrée. Si vous ne la voyez pas, ne signez pas avec une autre : cherchez pourquoi.

Deux sucres, la méthode

Une adresse différente après restauration vient presque toujours d’un mot mal recopié ou d’un type d’adresse différent (bc1q, bc1p, 3). Vérifiez le type dans les réglages. Pour signer :

  • BlueWallet : ouvrez le portefeuille, touchez les trois points en haut à droite, puis Signer/Vérifier un message.
  • Cake Wallet : Réglages → Autres → Signer/Vérifier.
  • Trezor Suite : menu du compte (les trois points), puis Signer et vérifier. Cela ne marche pas pour les comptes Taproot (bc1p).
  • MetaMask ou Rabby : la page de la salle déclenche la demande de signature.
Trois sucres, la solution

Ouvrez le portefeuille restauré. Choisissez l’adresse de réception identique à celle de votre parchemin. Copiez le défi tel quel : un espace en trop rend la signature invalide. Signez, puis collez la signature dans l’encart. Si votre portefeuille ne sait pas signer de message, restaurez la même phrase dans un portefeuille qui le sait, comme Sparrow pour Bitcoin. C’est un second test de restauration, offert.

Le déca

Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez. Votre papier, en revanche, ne sera toujours pas testé.

Le verdict

Écusson forgé : Gardien du crayon. Vous avez restauré votre portefeuille depuis un papier, et vos proches savent où chercher. Votre fortune repose sur une feuille, un crayon et votre mémoire, comme celle de vos arrière-grands-parents. Le progrès est circulaire.

Avec l’objectif de taverne seul, l’écusson reste peint (la version simple). L’objectif de donjon le forge, et compte pour le rang 5 (votre niveau dans le jeu, de 1 à 7), Châtelain de cave voûtée, dès que vous avez aussi 1 000 liards.

Hilarion, le héraut du château : « Oyez : vous voici Châtelain de cave voûtée, pour vos clés gardées à la cave et vos 1 000 liards. On m’a demandé l’adresse de cette cave pour le registre : elle ne figure sur aucun plan, et l’on m’assure que c’est tout son intérêt. »

Percolozor, en voix off. Une cave voûtée, des clés sur papier, un plan de transmission. Il ne vous manque qu’un potager, un poêle à bois et une méfiance envers les compteurs connectés. Respirez : l’autonomie n’est pas l’autarcie. On peut garder ses clés et aller quand même au supermarché.

Percolozor, en voix off. Je ne suis pas notaire, et on me déconseille de le devenir. Mais ma lettre de transmission est à jour, ce qui fait d’elle le seul document rangé de mon bureau.

Ce que dit la loi

En bref : garder ses clés soi-même ne demande aucune déclaration aujourd’hui. À la succession, ces avoirs entrent dans le patrimoine transmis, comme tout autre bien.

La loi en détail : déclaration, projets en cours, succession
  • Aucune déclaration pour la garde elle-même. Le formulaire 3916-bis vise les comptes de cryptomonnaies ouverts auprès d’entreprises établies à l’étranger (article 1649 bis C du code général des impôts). Un portefeuille dont vous tenez la clé n’est tenu par aucune entreprise : il n’est pas visé aujourd’hui. Ranger sa phrase, acheter une plaque ou un portefeuille matériel n’a aucune conséquence fiscale.
  • L’idée d’une déclaration revient. Une déclaration des portefeuilles de plus de 5 000 € a été votée au printemps 2026. Elle a été supprimée le 28 avril 2026 par la commission mixte paritaire (des députés et des sénateurs réunis pour arrêter le texte final). Le 9 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée a adopté un amendement (une modification du texte) au budget 2027. Il viserait les portefeuilles de plus de 100 000 €. Le Greffe suit son sort.
  • À la succession, les cryptomonnaies sont des biens meubles (des biens qui ne sont pas des immeubles, comme l’argent ou les titres). Elles entrent dans la déclaration de succession et sont soumises aux droits de succession, comme tout bien (article 750 ter du code général des impôts).
  • Hériter n’est pas vendre. L’impôt sur les plus-values vise les cessions à titre onéreux, c’est-à-dire les ventes et échanges contre un bien (article 150 VH bis). L’héritier paie cet impôt plus tard, s’il revend. Pour son calcul, son prix d’achat est la valeur retenue pour les droits de succession (article 150 VH bis, III, B).
  • En pratique, la lettre de transmission n’aide à échapper à rien. Elle évite surtout que vos héritiers découvrent ces fonds trois ans après la succession, avec une déclaration à refaire.

Pour aller plus loin

Dans l’Aile du Trésor

Dans les autres ailes

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

Ma ficheParchemin fermé