L'Aile du Trésor · sous-sol
Le Puits du Revenant · Tout perdre, tout retrouver
On s'y jette exprès, sans rien en poche. Le puits débouche ailleurs : dans un autre navigateur, derrière un autre réseau. Seuls vos Douze vous font remonter.
Quête : Le jet de sauvegarde
- Objectif de taverne : Décachetez votre parchemin dans une fenêtre de navigation privée, avec une mémoire vide.
- Objectif de donjon : Décachetez votre parchemin dans Tor Browser, ou derrière un VPN que vous annoncez.
Effort : 2 sur 5. Liberté gagnée : 4 sur 15. Classement : Échauffement.
La boussole de la salle
| Caractéristique | Gain (0 à 3) |
|---|---|
| Garde | 1 |
| Juridiction | 0 |
| Monnaie | 0 |
| Discrétion | 1 |
| Confort | 1 |
| Prudence | 2 |
| Caméra | Discrétion gagnée (0 à 3) |
|---|---|
| la caméra du Badaud | 1 |
| la caméra du Changeur | 0 |
| la caméra du Marchand | 1 |
| la caméra de l'Intendance | 1 |
L’essentiel en cinq lignes
- Où vous êtes : au Puits du Revenant, la salle de l’Aile du Trésor (la partie du site sur la monnaie) où vous testez votre sauvegarde.
- Ce que vous apprenez : restaurer votre progression sur un navigateur qui ne vous connaît pas, comme vous restaurerez un jour un portefeuille.
- Ce que vous faites : vous rouvrez le site dans un navigateur à la mémoire vide, puis vous décachetez votre parchemin avec vos Douze.
- Ce qu’il vous faut : votre parchemin le plus récent et le papier des Douze. Effort : 2 sur 5. Durée : dix minutes, vingt avec Tor Browser.
- Ce que vous y gagnez : la preuve que votre sauvegarde marche, avant le jour où vous en aurez besoin.
Pourquoi cette salle
Une sauvegarde qu’on n’a jamais restaurée n’est pas une sauvegarde. C’est un espoir rangé dans un dossier.
Ici, vous rouvrez le site dans un navigateur dont la mémoire est vide : une fenêtre de navigation privée, un VPN ou Tor Browser. Le site ne vous reconnaît pas. Vous lui donnez votre parchemin (votre fichier de progression chiffré) et les Douze (vos douze mots, notés sur papier à la Herse, l’entrée du site). Votre progression revient. Le château appelle cet essai le jet de sauvegarde.
À la fin de la salle, vous saurez :
- distinguer ce qui change (le parchemin) de ce qui ne change jamais (les Douze), comme dans un portefeuille ;
- ce que la navigation privée, un VPN et Tor font vraiment, et ce qu’ils ne font pas.
Si quelque chose rate ici, vous perdez des écussons. Si la même chose rate avec un portefeuille, vous perdez de l’argent. Mieux vaut rater ici.
Percolozor, l’auteur du site, en voix off. Au Puits du Revenant, on saute exprès et on remonte ailleurs. Le budget prévoyait des pieux au fond ; on a mis une échelle de corde, c’est moins cher.
L’histoire
Cette histoire vraie montre pourquoi une sauvegarde se teste avant le jour où on en a besoin.
En 1998, le studio Pixar travaille sur Toy Story 2. Les fichiers du film sont sur des serveurs partagés. Un jour, quelqu’un lance par erreur une commande d’effacement sur le dossier principal du film. Elle efface tout, dossier après dossier, sans demander de confirmation. Un directeur technique voit les personnages disparaître de son écran, l’un après l’autre. On coupe les serveurs, mais il est trop tard : environ 90 % de deux ans de travail ont disparu.
Il reste les sauvegardes. Mais les sauvegardes ne fonctionnaient plus depuis environ un mois, et personne ne l’avait remarqué. Personne n’avait essayé de restaurer quoi que ce soit.
Une directrice technique sauve le film. Elle travaillait depuis chez elle, après la naissance de son enfant, et elle avait une copie du film sur son ordinateur personnel. On rapporte cet ordinateur au studio. Presque tout est récupéré, sauf quelques jours de travail.
Retenez deux leçons :
- La sauvegarde qui a sauvé le film était ailleurs : sur une autre machine, dans un autre lieu.
- La sauvegarde officielle était cassée depuis un mois. La seule façon de le savoir était d’essayer de restaurer.
Maintenant, un cas fictif. Il y a trois semaines, à la Herse, Paul a généré et noté ses Douze : le château appelle ce geste le serment des Douze. Il a emporté son parchemin (il l’a téléchargé). Il a noté ses Douze sur un papier, qu’il a glissé dans un livre. Il est tranquille.
Un mardi, son ordinateur tombe en panne. Le mercredi, Paul emprunte l’ordinateur de sa sœur. Il cherche son parchemin : il est dans le dossier « Téléchargements » de l’ordinateur en panne. Il cherche le livre : il l’a prêté.
Paul n’a perdu que des écussons. Mais il vient d’apprendre, gratuitement, la chose la plus importante avant de toucher à un vrai portefeuille. Cette salle sert à ce que vous l’appreniez un jour où rien n’est cassé.
La recette
La recette tient en une phrase : ouvrez le site dans un navigateur à la mémoire vide, puis décachetez votre parchemin avec vos Douze. Voici le détail.
Ce qu’il vous faut
- Votre parchemin le plus récent. Son nom par défaut est
fiche.parchemin. Si vous avez progressé depuis la Herse, téléchargez-en d’abord un neuf. Ouvrez « Ma fiche » (votre tableau de bord sur le site). Cliquez sur « Emporter mon parchemin ». Le parchemin change à chaque progrès. Les Douze ne changent jamais. - Votre papier avec les Douze. Pas une photo, pas une note dans le téléphone : le papier.
- Une copie du parchemin ailleurs, si possible : sur une clé USB ou sur un autre appareil. Souvenez-vous de Pixar.
La voie la plus simple : la fenêtre privée (objectif de taverne)
Une fenêtre de navigation privée démarre sans rien de ce que votre navigateur a gardé : ni historique, ni cookies (les petits fichiers qu’un site dépose pour vous reconnaître). C’est exactement la situation d’un ordinateur neuf.
-
Ouvrez une fenêtre de navigation privée.
- Chrome, Edge, Brave :
Ctrl + Maj + N(sur Mac,Cmd + Maj + N). - Firefox :
Ctrl + Maj + P(sur Mac,Cmd + Maj + P). - Safari : menu Fichier, puis « Nouvelle fenêtre privée ».
- Sur téléphone : choisissez l’onglet « privé » ou « navigation privée » de votre navigateur.
- Chrome, Edge, Brave :
-
Tapez l’adresse du site dans cette fenêtre. Le site vous accueille comme un inconnu. C’est normal, et c’est le but.
-
Cliquez sur « Décacheter mon parchemin ». Déposez votre parchemin dans la zone prévue, ou cliquez pour le choisir.
-
Tapez vos Douze. Les quatre premières lettres de chaque mot suffisent : le site complète le reste. Les accents sont facultatifs : « eleve » vaut « élève ». La liste de mots a été conçue pour ça.
-
Lisez le verdict de la Cafetière. La Cafetière est l’encart qui vérifie vos preuves, dans votre navigateur. Elle vérifie deux choses :
- votre navigateur avait la mémoire vide à l’ouverture ;
- vos Douze déchiffrent bien le parchemin.
Si les deux sont vrais, votre progression revient et l’objectif de taverne est accompli. La Cafetière vous dit aussi si vous avez changé de navigateur ou de fuseau horaire depuis la Herse.
C’est tout. C’est plus simple que de retrouver un mot de passe oublié. Il n’y a pas de courriel de réinitialisation, pas de question sur votre premier animal de compagnie, pas de code envoyé sur un téléphone que vous venez justement de perdre.
Les variantes : un autre appareil, un VPN, Tor Browser
Variante 1 : un autre appareil (objectif de taverne)
Suivez la même recette sur un autre ordinateur ou sur votre téléphone. C’est le jet de sauvegarde le plus réaliste : l’ordinateur de Paul est en panne, souvenez-vous. C’est aussi la meilleure façon de vérifier que votre parchemin voyage bien. Un navigateur qui n’a jamais ouvert le site a la mémoire vide : il compte pour l’objectif de taverne.
Variante 2 : derrière un VPN (objectif de donjon, sur votre parole)
Un VPN fait passer votre connexion par le serveur d’une entreprise, le fournisseur du VPN. Les sites voient alors l’adresse IP de ce serveur (le numéro qui identifie une connexion sur internet), pas la vôtre. Votre fournisseur d’accès à internet ne voit plus qu’une connexion au VPN.
En échange, le fournisseur du VPN voit ce que votre fournisseur d’accès ne voit plus. Vous déplacez la confiance, vous ne la supprimez pas. L’EFF, une association de défense des libertés numériques, le dit nettement : un VPN n’est pas un outil d’anonymat.
- Activez votre VPN, si vous en avez un.
- Ouvrez une fenêtre privée, puis suivez la recette ci-dessus.
- Au moment de décacheter, cochez « je suis derrière un VPN ».
Le site ne peut pas voir votre VPN : aucune fonction d’un navigateur ne le permet. Il vous croit donc sur parole. La vraie vérification compare votre adresse IP avant et après le VPN. Elle se fait, avec votre accord explicite, dans la salle La Diligence aux Rideaux Tirés · VPN et fournisseur d’accès.
Pour le prix : un VPN sérieux coûte environ 5 € par mois. Mullvad, par exemple, ouvre un compte sans courriel ni nom, avec un simple numéro, et accepte les espèces envoyées par la poste. Méfiez-vous des VPN gratuits : souvent, ils se paient en revendant ce qu’ils voient de votre trafic. Ce nom est un exemple vérifiable, pas une recommandation : ce site n’a ni partenaire ni lien d’affiliation.
Variante 3 : Tor Browser (objectif de donjon, et écusson Revenant d’outre-Tor)
Tor fait passer votre connexion par trois relais. Ce sont des serveurs tenus par des bénévoles, tirés parmi plusieurs milliers. Chaque relais ne connaît que le précédent et le suivant. Le premier relais, dit « de garde », reste le même pendant quelques mois, par sécurité. Le site voit l’adresse du dernier relais, pas la vôtre.
Tor Browser est un navigateur Firefox modifié par le projet Tor. Il rend aussi ses utilisateurs semblables entre eux : même fuseau horaire (UTC, l’heure de référence internationale), fenêtre aux dimensions arrondies, même description du navigateur pour un même système.
- Téléchargez Tor Browser sur le site officiel du projet Tor, et nulle part ailleurs. Il existe pour Windows, macOS, Linux et Android.
- Sur iPhone, faites le jet de sauvegarde en navigation privée. Il n’existe pas de Tor Browser pour iPhone. Le projet Tor y recommande l’application Onion Browser, qui passe par Tor. Mais Apple impose son propre moteur aux navigateurs de l’iPhone : Onion Browser ne peut donc pas offrir les mêmes protections que Tor Browser. Il ne lui ressemble pas non plus, et le site ne le reconnaîtra pas comme Tor Browser.
- Installez Tor Browser et lancez-le. Cliquez sur « Se connecter ». La première connexion prend de quelques secondes à une minute.
- Vérifiez le niveau de sécurité. « Standard » ou « Plus sûr » conviennent. « Le plus sûr » coupe le JavaScript (le langage qui fait fonctionner les pages) partout. Or ce site en a besoin pour déchiffrer votre parchemin chez vous. Si vous êtes en « Le plus sûr », le site vous le signale. Passez en « Plus sûr » le temps du jet de sauvegarde.
- Tapez l’adresse du site, puis suivez la recette : parchemin, puis Douze.
- Avant de fermer Tor Browser, emportez un parchemin neuf si vous avez progressé. Tor Browser efface tout à la fermeture : historique, cookies, et la mémoire que le site garde dans le navigateur. C’est sa raison d’être. Le parchemin téléchargé, lui, reste dans le dossier où Tor Browser l’a enregistré.
Le site reconnaît Tor Browser à plusieurs indices : le fuseau UTC, la version de Firefox utilisée (Firefox ESR, la version à support étendu), la fenêtre arrondie. Il ne peut pas en être certain. Un Firefox renforcé, comme Mullvad Browser, lui ressemble beaucoup. Le site vous le dit, et l’accepte.
Les trois pièges, et leur parade
Ces trois messages sont les plus fréquents. Chacun a une cause simple.
- « Mot inconnu » ou « ces mots ne déchiffrent pas ce parchemin ». Le site distingue deux erreurs :
- « mot inconnu » : un mot n’existe pas dans la liste, ou la somme de contrôle échoue (un calcul qui détecte les fautes). C’est en général une faute de recopie ;
- « ces mots ne déchiffrent pas ce parchemin » : les mots sont valides, mais ce sont les Douze d’un autre serment, ou le parchemin n’est pas le vôtre.
- « Ma progression est en retard. » Vous avez chargé un vieux parchemin. Les navigateurs renomment les doublons :
fiche (1).parchemin,fiche (2).parchemin… L’écriture exacte varie selon le navigateur. Prenez le plus récent. Les Douze sont les mêmes pour tous vos parchemins. - « Le site me reconnaît déjà. » Vous êtes dans votre fenêtre habituelle, pas dans une fenêtre privée. L’objectif de taverne demande une mémoire vide.
La boussole
La boussole est le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3. Le point de comparaison est le village : ce que vous faites déjà, avec vos comptes et vos mots de passe. Par rapport au village, cette salle vous rend surtout de la prudence : vous savez restaurer.
| Axe | Pourquoi |
|---|---|
| Garde | Vous prouvez que vous seul pouvez restaurer votre progression. C’est la garde de ses clés, sans argent en jeu. |
| Juridiction | Rien ne change de pays ni de droit applicable. |
| Monnaie | Pas un centime en jeu. |
| Discrétion | Vous découvrez la fenêtre privée, le VPN et Tor. Le gain réel dépend de la voie choisie. |
| Confort | La première fois demande un effort. Ensuite, décacheter prend une minute. |
| Prudence (un risque existant réduit) | Le jour où vous aurez un vrai portefeuille, vous saurez déjà restaurer. C’est là que les gens perdent de l’argent. |
Les quatre caméras
Une caméra est un observateur : le curieux, la banque, la plateforme, l’administration.
| Caméra | Ce qu’elle voit, comparé au village |
|---|---|
| du Badaud (le curieux, le voleur) | La fenêtre privée ne laisse ni historique ni cookies après fermeture, Tor Browser non plus. Votre parchemin reste dans les téléchargements, mais il est illisible sans les Douze. Sur un Wi-Fi partagé, un VPN ou Tor cachent au propriétaire du réseau les sites que vous visitez. |
| du Changeur (la banque) | Rien de plus qu’avant : rien de ce que vous faites ici ne passe par elle. |
| du Marchand (la plateforme) | Ce site ne garde déjà rien de vous. Ailleurs, la fenêtre privée vous fait repartir sans cookies, mais l’adresse IP et l’empreinte du navigateur (ce qui le distingue des autres : langue, écran, polices) restent visibles. Tor rend les deux semblables pour tous. |
| de l’Intendance (l’administration) | Votre fournisseur d’accès conserve un an vos données de connexion, que la justice peut demander. Derrière un VPN, il ne voit plus que le VPN. Sous Tor, il voit que vous utilisez Tor, pas les sites. La fenêtre privée seule ne change rien pour lui. |
Une image pour retenir : la navigation privée, c’est fermer la porte de la salle de bain. Ce n’est pas déménager.
Sylvestre, l’elfe méfiant qui accompagne le lecteur : « Pour cette salle, une fenêtre privée suffit, car elle démarre avec une mémoire vide. Moi, je refais le jet chaque matin sous Tor, dans trois navigateurs, sous trois noms différents. »
Les risques, chiffrés
Sept risques, comparés à ce que vous faites déjà avec votre banque. Aucun ne porte sur votre argent : cette salle n’en manipule pas. Le plus important est le premier : perdre les Douze.
| Risque | En une ligne |
|---|---|
| 1. Perdre les Douze | Le risque principal. Vous perdez votre progression, rien d’autre, et pour toujours. |
| 2. Perdre le parchemin, en gardant les Douze | Vous perdez la progression faite depuis votre dernière copie. |
| 3. Quelqu’un trouve votre parchemin | Sans les Douze, il ne peut pas le lire. |
| 4. Quelqu’un trouve le papier et le parchemin | Aujourd’hui, il voit vos écussons ; plus tard, vos adresses publiques. |
| 5. Votre fournisseur d’accès voit Tor, ou votre VPN voit vos sites | Certain, et sans conséquence pour vous. |
| 6. Télécharger un faux Tor Browser | Réel, évité en téléchargeant sur le site officiel. |
| 7. Tor Browser ne marche pas, ou des sites vous bloquent | Fréquent ailleurs, pas sur ce site. |
1. Perdre les Douze
- Possible ? Oui. Un papier se perd, se jette, ou part dans un livre prêté.
- Probable ? C’est le risque principal de tout portefeuille gardé soi-même. Cette salle sert justement à le réduire.
- Coût si ça arrive : votre progression et vos écussons. Rien d’autre. Personne, pas même le site, ne peut les retrouver.
- Par comparaison : un mot de passe bancaire oublié se réinitialise en quelques minutes, parce que la banque garde la clé à votre place. Ici, personne ne la garde à votre place. C’est précisément la liberté, et c’est précisément ce que vous testez.
- Tendance : stable.
- S’efface avec le temps ? Non : une progression perdue l’est pour toujours. Mais vous pouvez générer de nouveaux Douze à la Herse, et repartir de zéro.
2. Perdre le parchemin, en gardant les Douze
- Possible ? Oui : ordinateur en panne, dossier vidé.
- Coût : la progression faite depuis votre dernier parchemin rangé ailleurs. Si votre navigateur habituel a encore sa copie de l’écritoire, elle vous rend tout : emportez un parchemin neuf depuis ce navigateur.
- Parade : gardez une copie du parchemin ailleurs que sur l’ordinateur du jour (clé USB, autre appareil). Le parchemin n’est pas un secret : vous pouvez en faire plusieurs copies.
3. Quelqu'un trouve votre parchemin
- Possible ? Oui. C’est un fichier ordinaire, dans un dossier ordinaire.
- Probable qu’il lui serve ? Non. Le parchemin est chiffré avec AES-GCM, une méthode de chiffrement standard. La clé vient des Douze, qui contiennent 128 bits de hasard, soit environ 3,4 × 10³⁸ combinaisons. Personne ne les essaiera toutes, ni aujourd’hui ni dans un siècle.
- Par comparaison : un relevé bancaire oublié sur une table se lit sans clé.
4. Quelqu'un trouve le papier et le parchemin
- Coût aujourd’hui : il voit vos écussons. C’est vexant, sans plus.
- Coût plus tard : dans les salles suivantes, le parchemin gardera vos preuves. Ce seront vos adresses publiques (les numéros de compte d’un portefeuille, que l’on peut communiquer) et les identifiants de vos transactions. Jamais vos clés privées, jamais la phrase de votre portefeuille. Une adresse publique révèle son contenu à quiconque la consulte sur un explorateur (un site qui affiche les transactions). C’est moins qu’un relevé bancaire, car il n’y a ni votre nom ni votre adresse postale. Mais ce n’est pas rien.
- Parade : ne rangez jamais le papier avec une copie du parchemin. Deux endroits, deux moitiés inutiles seules.
5. Votre fournisseur d'accès voit que vous utilisez Tor, ou votre VPN voit vos sites
- Possible ? Certain. C’est le fonctionnement normal.
- Coût : aucun devant la loi (voir plus bas). Votre opérateur conserve un an vos données de connexion, comme pour tout ce que vous faites en ligne.
- Par comparaison : sans Tor ni VPN, votre fournisseur d’accès voit déjà, techniquement, à quels sites vous vous connectez. Il ne voit pas le contenu des pages, qui est chiffré. Ce qu’il conserve est limité par la loi : l’identification de l’abonné, les caractéristiques techniques des connexions et la localisation. La loi interdit que ces données portent sur le contenu des correspondances ou des informations consultées (article L. 34-1, VI, du code des postes et des communications électroniques). Avec Tor, il voit moins de choses. Si vous préférez qu’il ne voie même pas que vous utilisez Tor, il existe des « ponts », des relais d’entrée non publiés : la salle Les Souterrains à Trois Relais · Tor les explique.
- S’efface avec le temps ? Oui. La durée de conservation est d’un an. Ensuite, l’opérateur doit effacer.
6. Télécharger un faux Tor Browser
- Possible ? Oui, comme pour toute application téléchargée ailleurs que chez son éditeur.
- Probable ? Il n’existe pas de statistique d’ensemble, mais un cas est documenté. En mars 2023, l’éditeur d’antivirus Kaspersky a décrit des centaines de faux installateurs de Tor Browser, diffusés hors du site officiel. Ils ont été détectés environ 16 000 fois, dans au moins 52 pays, dont la France. Ils remplaçaient les adresses de portefeuilles copiées par celles des voleurs.
- Parade : téléchargez sur le site officiel du projet Tor, et seulement là.
7. Tor Browser ne marche pas, ou des sites vous bloquent
- Probable ? Oui, sur certains sites : CAPTCHA (les tests « je ne suis pas un robot »), lenteur. Pas sur celui-ci : il est conçu pour fonctionner sous Tor, aux niveaux « Standard » et « Plus sûr ». Il n’utilise pas WebAssembly, une technique que le niveau « Plus sûr » bloque.
- Coût : de la patience.
Oubliette : le Parchemin Unique. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Votre parchemin n’existe que dans un seul navigateur, dans sa mémoire : un nettoyage de l’historique, et votre progression disparaît. Parade : emportez votre parchemin après chaque progrès, et gardez-en une copie sur un autre support.
Basile, le gardien des oubliettes : « Ici, rien n’est perdu tant que vous avez vos Douze et un parchemin récent. Avec les deux, on remonte ; je ne compte pas les chutes. »
La quête : Le jet de sauvegarde
La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).
Dans cette salle, la preuve est le geste lui-même : vous n’avez rien à saisir d’autre que vos Douze.
Objectif de taverne : décacheter en navigation privée
Ouvrez une fenêtre de navigation privée, ou un navigateur qui n’a jamais ouvert le site. Décachetez votre parchemin : donnez le fichier, puis saisissez vos Douze. Votre navigateur constate la mémoire vide, déchiffre le parchemin et fabrique votre drapeau.
Objectif de donjon : décacheter sous Tor ou derrière un VPN
Faites la même chose dans Tor Browser, ou derrière un VPN. Avec un VPN, cochez la case « je suis derrière un VPN » : le site vous croit sur parole. Réussir dans Tor Browser donne aussi l’écusson Revenant d’outre-Tor.
Comment la Cafetière vérifie, chez vous
Rien ne sort de votre navigateur : ni le parchemin, ni les Douze.
Le détail de la vérification
- Au serment, à la Herse, le parchemin a enregistré une empreinte grossière de votre navigateur : sa famille (Firefox, Chrome…) et votre fuseau horaire. Elle est rangée dans la partie chiffrée du parchemin, et grossière exprès : assez pour constater un changement, trop peu pour vous reconnaître.
- Objectif de taverne : à l’ouverture de la page, la Cafetière note si la mémoire du site dans votre navigateur était vide. Ensuite, votre navigateur fabrique la clé à partir des Douze (avec PBKDF2, une méthode standard pour tirer une clé d’un mot de passe), puis déchiffre le parchemin (avec AES-GCM). Si les Douze sont faux, le déchiffrement échoue. Mémoire vide et déchiffrement réussi : l’objectif est atteint.
- Objectif de donjon : la Cafetière compare l’empreinte enregistrée à celle du moment. Elle cherche aussi les indices de Tor Browser (fuseau UTC, Firefox ESR, fenêtre arrondie), ou prend acte de votre case « VPN ».
- Le drapeau est calculé à partir de votre parchemin et du contexte. Ses huit caractères vous sont propres : personne ne peut les copier sur un voisin.
- Peut-on tricher ? Oui, en lisant le code du site, comme pour toutes les quêtes : c’est assumé. Plus simplement, un Firefox renforcé peut passer pour Tor Browser, et la case VPN se coche sans VPN. Le déchiffrement, lui, ne se contourne pas : sans les Douze, le parchemin reste illisible.
Les sucres
Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.
Un sucre, une piste
Le site vous reconnaît ? Alors votre navigateur se souvient encore de vous. Le jet de sauvegarde commence quand il ne sait plus qui vous êtes.
Deux sucres, la méthode
Ouvrez une fenêtre de navigation privée (Ctrl + Maj + N ou Ctrl + Maj + P). Tapez l’adresse du site. Cliquez sur « Décacheter mon parchemin ». Donnez votre parchemin le plus récent, puis saisissez vos Douze. Pour l’objectif de donjon, faites la même chose dans Tor Browser, au niveau « Standard » ou « Plus sûr ».
Trois sucres, la solution
Cherchez le message que vous affiche le site :
- « mémoire non vide » : vous êtes dans une fenêtre normale, ou une fenêtre privée déjà ouverte contenait le site. Fermez toutes les fenêtres privées, puis ouvrez-en une neuve ;
- « mot inconnu » : relisez votre papier, en vérifiant d’abord les quatre premières lettres de chaque mot ;
- « ces mots ne déchiffrent pas ce parchemin » : le parchemin ou les Douze viennent d’un autre serment. Essayez vos autres parchemins ;
- rien ne se passe sous Tor : vous êtes au niveau « Le plus sûr ». Passez en « Plus sûr » ;
- l’objectif de donjon ne vient pas sous Tor : vérifiez que c’est bien Tor Browser, et pas Onion Browser sur iPhone. Vérifiez aussi que la fenêtre n’est pas en plein écran : cela casse ses dimensions arrondies.
Le déca
Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.
Le jour où votre ordinateur tombera en panne, vous ferez ce jet de toute façon, mais sans l’avoir répété.
Le verdict
Écusson forgé : Revenant. Vous avez tout perdu et tout retrouvé en trois minutes. Votre banque met trois semaines à refaire une carte. Et vous avez fait ce que Pixar n’avait pas fait en 1998 : tester votre sauvegarde.
Dans Tor Browser, avec l’écusson Revenant d’outre-Tor :
Pour le journal de 20 heures, vous voilà un individu louche qui fréquente le « dark web ». En réalité, vous avez fait passer votre connexion par trois serveurs de bénévoles pour récupérer des écussons dans un château qui n’existe pas. Pour tout butin, une échelle de corde.
Ce que dit la loi
En bref : en France, utiliser Tor, un VPN, le chiffrement ou la navigation privée ne demande aucune autorisation ni formalité.
La loi en détail : chiffrement, remise de clé, données de connexion
- Tor, VPN et chiffrement sont libres en France. L’utilisation des moyens de cryptologie (les techniques de chiffrement) y est libre. C’est l’article 30 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), rappelé par l’ANSSI, l’agence nationale de la sécurité informatique. Aucune formalité n’est exigée de l’utilisateur. Aucun texte n’interdit Tor.
- La navigation privée est une fonction ordinaire de tous les navigateurs. Rien à signaler.
- Une limite, à connaître sans s’en effrayer. L’article 434-15-2 du code pénal punit le refus de remettre à la justice, quand elle le demande, la clé de déchiffrement d’un moyen de cryptologie. Cela ne vaut que si ce moyen a pu servir à préparer ou commettre un crime ou un délit. La peine est de 3 ans de prison et 270 000 € d’amende. Elle monte à 5 ans et 450 000 € si la remise de la clé aurait permis d’éviter l’infraction ou d’en limiter les effets. Le Conseil constitutionnel a jugé ce texte conforme en 2018 (décision 2018-696 QPC, rendue sur une question posée par un justiciable), à deux conditions : le moyen doit être lié à l’infraction, et la personne doit connaître la clé. Ce texte ne joue donc que dans une procédure pénale portant sur une infraction. Le parchemin de ce site n’a aucune raison d’y entrer.
- La conservation des données de connexion. Les opérateurs gardent un an les données qui identifient la source d’une connexion, comme l’adresse IP, ainsi que des données de trafic et de localisation (article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques). Le même article interdit que ces données portent sur le contenu des correspondances ou des informations consultées. Pour les données de trafic, cette obligation repose sur une injonction du gouvernement, motivée par la sécurité nationale et renouvelée chaque année. La dernière en date est le décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026.
Le détail, chiffré, est dans la salle Le Greffe · La loi en chiffres.
Pour aller plus loin
Dans l’Aile du Trésor
- La Herse aux Douze Mots · Vos douze mots : là où vous avez prêté le serment des Douze. Si vous avez perdu vos Douze, c’est là que vous en prêtez un nouveau.
- La Chambrée · Premier portefeuille : la même logique, avec de l’argent réel. Douze mots (ou vingt-quatre) qui ne changent pas, et une restauration que vous saurez faire.
- La Salle des Coffres · Garder ses clés (et les transmettre) : la version sérieuse de ce jet de sauvegarde, avec une vraie restauration et une lettre de transmission pour vos proches.
- Le Greffe · La loi en chiffres : tous les risques légaux, avec leurs vrais chiffres.
Dans la Tour aux Volets
- La Galerie des Miroirs Bavards · Ce qu’un site voit de vous : ce que votre navigateur révèle en fenêtre normale, en fenêtre privée et sous Tor.
- La Diligence aux Rideaux Tirés · VPN et fournisseur d’accès : déplacer la confiance : comment choisir un VPN, et la vraie vérification de votre adresse IP, avant et après.
- Les Souterrains à Trois Relais · Tor : se fondre dans la foule : les relais, les ponts, les sites en
.onion(joignables seulement par Tor), et une page que seul Tor peut ouvrir.
Sources
Vérifiées en octobre 2026.
- Production de Toy Story 2, effacement accidentel et sauvegardes défaillantes (1998) : https://en.wikipedia.org/wiki/Toy_Story_2
- Mozilla, ce que fait et ne fait pas la navigation privée : https://www.firefox.com/en-US/more/incognito-browser/
- Tor Project, présentation de Tor Browser (historique et cookies limités à la session) : https://support.torproject.org/tor-browser/getting-started/about-tor-browser/
- Tor Project, niveaux de sécurité : https://support.torproject.org/security-settings/
- Tor Project, téléchargement (ordinateur et Android) : https://download.torproject.org/
- Tor Project, Tor sur iOS (pas de Tor Browser, Onion Browser recommandé, limites de WebKit) : https://support.torproject.org/tormobile/tormobile-3/
- Tor Project, document de conception de Tor Browser (navigation privée permanente, rien sur disque) : https://2019.www.torproject.org/projects/torbrowser/design/
- Mozilla, mesures anti-empreinte (fuseau UTC, fenêtre arrondie) : https://support.mozilla.org/en-US/kb/resist-fingerprinting
- Tor Project, relais de garde : https://support.torproject.org/tor-browser/security/guard-relay/
- Tor Project, ponts et contournement : https://support.torproject.org/tor-browser/circumvention/unblocking-tor/
- Kaspersky (Securelist), faux installateurs de Tor Browser, 28 mars 2023 : https://securelist.com/copy-paste-heist-clipboard-injector-targeting-cryptowallets/109186/
- EFF, « Choosing the VPN That’s Right for You » : https://ssd.eff.org/module/choosing-vpn-thats-right-you
- Mullvad, politique sans journaux : https://mullvad.net/en/help/no-logging-data-policy
- Mullvad, tarifs et moyens de paiement : https://mullvad.net/en/pricing
- Mullvad, perquisition sans saisie (avril 2023) : https://mullvad.net/en/blog/2023/4/20/mullvad-vpn-was-subject-to-a-search-warrant-customer-data-not-compromised/
- BIP-39 (douze mots, 128 bits d’entropie) : https://github.com/bitcoin/bips/blob/master/bip-0039.mediawiki
- BIP-39, règles de la liste française (4 premières lettres, accents) : https://github.com/bitcoin/bips/blob/master/bip-0039/bip-0039-wordlists.md
- MDN, chiffrement AES-GCM avec Web Crypto : https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Web/API/SubtleCrypto/encrypt#aes-gcm
- MDN, stockage local et quotas : https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Web/API/Storage_API/Storage_quotas_and_eviction_criteria
- ANSSI, liberté d’utilisation de la cryptologie (art. 30 LCEN) : https://cyber.gouv.fr/crypto-le-webdoc/chapitre-iii-s%C3%A9curit%C3%A9-secret-et-l%C3%A9galit%C3%A9/
- LCEN, article 30, sur Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006428333
- Code pénal, article 434-15-2 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032654251
- Conseil constitutionnel, décision 2018-696 QPC : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000036756798
- Code des postes et des communications électroniques, article L. 34-1 (conservation d’un an, exclusion du contenu consulté, version en vigueur depuis le 15 juin 2025) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006465770
- Décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 (conservation des données de connexion) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054945173