La Tour aux Volets · 1er étage
La Garde-Robe · Cloisonner : une identité par usage
Une tenue par salle. Celle du Grand Salon n'entre pas au Sas, et celle du Sas ne se montre pas au Grand Salon.
Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.
Quête : Une tenue par salle
- Objectif de taverne : Trouvez les sept erreurs sur le profil fictif de Paul (pseudo réutilisé, photo géolocalisée, adresse de récupération…).
- Objectif de donjon : Nettoyez une photo de ses métadonnées EXIF (le lieu et l'appareil enregistrés dans le fichier), puis redéposez-la.
Effort : 4 sur 5. Liberté gagnée : 8 sur 15. Classement : Chantier.
La boussole de la salle
| Caractéristique | Gain (0 à 3) |
|---|---|
| Garde | 2 |
| Juridiction | 1 |
| Monnaie | 0 |
| Discrétion | 3 |
| Confort | 1 |
| Prudence | 2 |
| Caméra | Discrétion gagnée (0 à 3) |
|---|---|
| la caméra du Badaud | 3 |
| la caméra du Changeur | 1 |
| la caméra du Marchand | 3 |
| la caméra de l'Intendance | 2 |
L’essentiel en cinq lignes
- Où vous êtes : dans la Garde-Robe, une salle de la Tour aux Volets : l’aile du château (du site) consacrée à la vie privée.
- Ce que vous apprenez : séparer votre identité civile de votre identité sous pseudo.
- Ce que vous faites : vous créez un pseudo, une adresse et un profil de navigateur neufs, puis vous nettoyez une photo.
- Ce qu’il vous faut : un gestionnaire de mots de passe, un service d’alias, du papier. Aucun argent. Effort : 4 sur 5. Durée : une heure, puis quelques secondes par photo.
- Ce que vous y gagnez : un curieux qui trouve votre pseudo ne trouve plus votre nom, ni votre adresse.
Pourquoi cette salle
Une identité en ligne se trahit rarement par son chiffrement, mais par un détail qui dépasse : une photo qui contient la position de votre jardin, un vieux pseudo réutilisé, une adresse de secours à votre nom, l’heure à laquelle vous publiez toujours. Chaque détail est banal ; mis bout à bout, ils forment un fil, et il suffit de tirer.
Cloisonner, c’est décider que vos usages ne se touchent pas. Vous ne disparaissez pas : vous portez deux tenues, et aucune pièce ne passe de l’une à l’autre.
Vous saurez repérer les fils qui relient deux identités, du plus courant au plus discret, et les couper en cinq gestes. Vous saurez aussi ce que le cloisonnement ne cache pas : votre banque et l’administration en savent autant qu’avant.
L’histoire
Le 27 janvier 2011, un internaute qui signe « altoid » vante sur un forum un nouveau site, accessible seulement par Tor (un réseau qui cache qui se connecte, et où se trouvent les serveurs). Le 11 octobre 2011, toujours sous « altoid », il poste sur un autre forum une offre d’emploi pour un développeur, avec une adresse email de contact qui contient son prénom et son nom.
Le site, Silk Road, est un marché clandestin. Pendant deux ans, son administrateur, « Dread Pirate Roberts », reste introuvable : serveurs cachés derrière Tor, paiements en bitcoins, précautions techniques sérieuses.
Mi-2013, un enquêteur du fisc américain remonte, avec un simple moteur de recherche, aux toutes premières mentions du site. Il tombe sur « altoid », puis sur l’offre d’emploi et son adresse email. D’autres indices pointaient déjà vers la Californie : l’administrateur vivait à l’heure du Pacifique. L’arrestation a lieu le 1er octobre 2013, dans une bibliothèque de San Francisco.
Retenez la méthode, pas l’activité du site : un dispositif solide a été ruiné par un pseudo réutilisé et une adresse email à son nom, deux ans plus tôt. Aucun chiffrement n’a été cassé.
Fin 2012, même leçon. Un fondateur d’antivirus, en fuite en Amérique centrale, se laisse photographier par des journalistes. Le magazine publie le cliché en ligne ; le fichier contient encore ses coordonnées GPS, qui le situent au Guatemala. Il y est arrêté deux jours plus tard. Il a ensuite dit les avoir truquées : peu importe, l’image donnait un lieu à quiconque lisait les informations du fichier.
Personne ne vous cherche : vous voulez seulement qu’un collègue, un client, un beau-frère ou un inconnu curieux ne relie pas votre pseudo à votre nom. La recette est la même, en beaucoup plus léger.
La recette
Cinq étapes, dont trois ne servent qu’une fois. Il vous faut :
- votre gestionnaire de mots de passe (L’Atelier du Serrurier · Les mots de passe, enfin réglés) ;
- un service d’alias email (La Salle des Cent Boîtes · Emails et alias) ;
- une heure, et une feuille de papier.
Étape 1 : dessinez la carte de vos deux identités
Elle dit ce qui appartient à chaque identité, en dix minutes.
- Tracez deux colonnes sur une feuille. Pas cinq : deux ; vous en ajouterez si le besoin se présente.
- Remplissez-les comme ci-dessous.
| Identité civile | Identité sous pseudo | |
|---|---|---|
| Qui la voit | banque, impôts, employeur, famille, administrations, plateformes qui vérifient votre identité | forums, réseaux sous pseudo, commentaires : tout ce que vous ne voulez pas voir rattaché à votre nom |
| Nom affiché | le vôtre | un pseudo neuf, jamais utilisé nulle part |
| votre adresse habituelle | une boîte ou un alias dédié | |
| Récupération du compte (l’adresse ou le numéro de secours) | ce que vous voulez | rien qui mène à la colonne de gauche |
| Navigateur | celui de tous les jours | un profil séparé (étape 3) |
Une règle sans exception. Aucun objet ne passe d’une colonne à l’autre : ni pseudo, ni adresse, ni numéro, ni photo, ni mot de passe, ni avatar.
Étape 2 : créez un pseudo, une adresse et une récupération neufs
Comptez quinze minutes.
- Choisissez le pseudo, tiré au hasard ou inventé.
- Tapez-le entre guillemets dans un moteur de recherche. Changez-le s’il renvoie quelque chose, ou s’il ressemble à un ancien pseudo, à votre date de naissance ou au nom de votre chien.
- Créez l’adresse. Ouvrez une boîte dédiée, ou un alias (une adresse qui fait suivre les messages vers une vraie boîte) rattaché à une autre boîte que votre boîte civile. Un alias de votre boîte principale suffit contre un curieux, pas contre le fournisseur de la boîte, qui voit les deux.
- Réglez la récupération. C’est le piège le plus courant, et le moins visible : l’adresse de secours de la nouvelle boîte ne doit pas être votre adresse civile, ni un numéro de téléphone à votre nom.
- Utilisez à la place les codes de secours du service, rangés dans votre gestionnaire.
C’est ce qui a manqué en 2024 au titulaire d’une boîte chiffrée : son adresse de récupération était une adresse iCloud, et sur réquisition (une demande officielle de la police ou de la justice), Apple a donné son nom.
Étape 3 : ouvrez une fenêtre par identité
Le navigateur se souvient de tout : cookies (les petits fichiers qui vous reconnaissent d’une visite à l’autre), sessions ouvertes, comptes connectés. Partagé par les deux identités, il laisse une régie publicitaire (une entreprise qui place des publicités sur des milliers de sites) voir passer les deux, et un réseau social proposer votre compte sous pseudo à vos contacts civils, dans « Vous connaissez peut-être ». Comptez dix minutes.
- Créez un profil de navigateur dédié. Firefox, Chrome, Edge et Brave savent tous en créer un second, avec son historique, ses cookies et son icône.
- Donnez-lui une autre couleur de thème, pour savoir d’un coup d’œil dans quelle identité vous êtes.
- Rangez les mots de passe de l’identité sous pseudo dans un dossier ou un coffre séparé de votre gestionnaire. Si vous montrez votre écran, personne ne voit l’autre colonne.
Étape 4 : nettoyez chaque photo avant de l’envoyer
Une photo de téléphone contient souvent des données invisibles à l’écran, les EXIF : marque et modèle de l’appareil, date, heure, réglages, et, si l’appareil photo a accès à la localisation, les coordonnées GPS, à quelques mètres près.
Certaines contiennent aussi une miniature de l’image d’origine, que certains logiciels ne mettent pas à jour après un recadrage ou un floutage : la plaque masquée reste lisible dans la miniature.
Certains services les retirent à la publication, d’autres non (GitHub les garde toutes). Nettoyez avant d’envoyer : cinq minutes pour apprendre, puis trois secondes par photo.
Choisissez la méthode de votre appareil :
- Sur iPhone, photo par photo : dans Photos, touchez Partager, puis Options, en haut de la feuille de partage, et désactivez Position (« Position non incluse » apparaît). Le réglage vaut pour ce partage seulement.
- Sur iPhone, pour toutes les photos futures : Réglages, Confidentialité et sécurité, Service de localisation, Appareil photo, puis Jamais. Les nouvelles photos ne contiendront plus de position.
- Sur Android : désactivez la localisation dans les réglages de l’application Appareil photo (le menu varie selon le fabricant). Selon Google Photos, vos partages n’incluent pas la position par défaut, sauf avec un partenaire.
- Sur Windows : clic droit sur l’image, Propriétés, onglet Détails, « Supprimer les propriétés et les informations personnelles ».
- Sur Mac : ouvrez l’image dans Aperçu, puis Outils, Afficher les informations de localisation, et cliquez dans l’inspecteur sur « Supprimer les informations de localisation ». Cela retire la position, pas le modèle de l’appareil.
- Pour tout enlever d’un coup, sur tout appareil :
mat2ou ExifTool (détail ci-dessous).
Tout enlever d'un coup : mat2 ou ExifTool
mat2 est fourni avec Tails (un système qui démarre sur une clé USB) et disponible sous Linux ; ExifTool fonctionne partout. Dans un terminal (la fenêtre où l’on tape des commandes), saisissez exiftool -all= photo.jpg : la photo ne dit plus rien que ses pixels. ExifTool garde une copie de l’original, photo.jpg_original : supprimez-la, elle contient toujours la position.
Les pixels, eux, parlent encore : une plaque d’immatriculation, un clocher, un courrier sur la table. Aucun outil ne les nettoie : regardez la photo comme un inconnu la regarderait.
Étape 5 : surveillez l’heure et le style
Cette étape est une habitude, pas un outil.
- L’heure. Votre pseudo publie toujours à 12 h 30 et à 21 h en semaine, jamais pendant vos vacances ? C’est une signature. Presque tous les réseaux et blogs proposent la publication programmée : écrivez quand vous voulez, publiez à une heure qui ne dit rien.
- Le style. Une expression fétiche, une faute récurrente ou une ponctuation particulière se reconnaissent d’un compte à l’autre. Sans devenir quelqu’un d’autre, évitez sous pseudo les trois tics que vos proches vous reprochent déjà.
Les variantes : conteneurs, autre navigateur, VPN, Tor, appareil dédié, Tails, adresse jetable
| Variante | Effort en plus | Ce que vous gagnez | Ce que vous risquez |
|---|---|---|---|
| Conteneurs Firefox (Multi-Account Containers), au lieu d’un second profil | faible | plusieurs identités dans la même fenêtre, avec des onglets colorés ; la même séparation qu’un profil | les mélanger plus facilement par erreur |
| Un autre navigateur pour l’identité sous pseudo (Brave ou Mullvad Browser si vous êtes sous Chrome) | faible | deux empreintes de navigateur différentes (l’empreinte : les réglages qui rendent un navigateur reconnaissable), contre les régies qui vous reconnaissent sans cookie | rien de nouveau |
| Toujours derrière un VPN (un service qui vous prête son adresse IP, le numéro qui identifie une connexion internet) | moyen | la plateforme ne voit plus l’IP de votre box | le VPN, lui, voit les deux identités |
| Toujours par Tor Browser | moyen à élevé | l’IP, l’empreinte et le fuseau horaire sont communs à tous les utilisateurs de Tor : c’est la séparation réseau la plus solide sans changer de machine | des sites plus lents, et des sites qui refusent Tor |
| Un appareil dédié (vieux portable, téléphone sans carte SIM) | élevé | plus aucun cookie, compte ou application partagés | un appareil se perd, se vole, ou se branche par erreur sur la même box |
| Tails sur clé USB | élevé | un système qui oublie tout à l’extinction, avec Tor obligatoire | un confort réduit |
Une variante de plus, gratuite et sous-estimée : une troisième colonne jetable. Pour un concours, un essai gratuit ou un formulaire qui exige une adresse, créez un alias pour l’occasion, puis supprimez-le. Ce n’est pas une identité, c’est un paillasson.
La boussole
La boussole est le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3. Le point de comparaison est le village : ce que vous faites déjà, avec un seul nom, une seule adresse et un seul navigateur pour tout.
| Axe | Pourquoi |
|---|---|
| Garde | Vous décidez de ce qui se rattache à votre nom ; une fuite dans une identité ne vide plus l’autre. |
| Juridiction | Rien ne change de pays, mais vos comptes sous pseudo peuvent vivre chez des services hors de portée de votre employeur ou de vos clients. |
| Monnaie | Aucun centime en jeu ; le même raisonnement, pour les portefeuilles, est au Poste de Garde aux Caméras. |
| Discrétion | Le plus gros gain de la Tour aux Volets, contre le curieux et la plateforme. |
| Confort | Il faut penser à la bonne fenêtre et à la photo : les premières semaines, vous y pensez ; au bout d’un mois, c’est un réflexe. |
| Prudence (un risque existant réduit) | Une fuite de mots de passe, un harcèlement ou une divulgation de vos données restent cantonnés à une identité. |
Sylvestre, l’elfe de votre compagnie, qui cache tout : « Deux identités suffisent à presque tout le monde. J’en ai onze, et ma mère m’écrit encore à la mauvaise. »
Les quatre caméras
Une caméra est un observateur : le curieux, la banque, la plateforme ou l’administration.
| Caméra | Ce qu’elle voit, comparé au village |
|---|---|
| du Badaud (le curieux, le voleur) | La cible principale de la salle : un collègue, un client ou un inconnu qui tape votre pseudo dans un moteur de recherche ne trouve plus votre nom, et une photo ne lui donne plus votre ville. |
| du Changeur (la banque) | Rien de votre identité sous pseudo, comme avant. Mais un abonnement sous pseudo payé par carte relie les deux colonnes : la banque voit le nom du marchand, le marchand voit votre nom. Les solutions sont dans l’Aile du Trésor. |
| du Marchand (la plateforme) | Profil séparé, pseudo et adresse neufs : un réseau ne relie plus deux comptes par les cookies, l’adresse ou le carnet de contacts. Avec Tor ou un VPN, plus par l’IP non plus. |
| de l’Intendance (l’administration) | Le cloisonnement simple ne résiste pas à une réquisition judiciaire : votre fournisseur d’accès conserve un an l’IP de chaque connexion. Il résiste beaucoup mieux par Tor, et sans adresse de récupération à votre nom. |
Votre carte bancaire signe chaque achat de votre nom, un compte Google chaque recherche. Cloisonner ne vous rend pas invisible : vous cessez de signer partout du même nom.
Les risques, chiffrés
Le cloisonnement réduit quatre risques qui existent déjà, et en crée deux : se tromper de fenêtre, perdre l’accès au compte sous pseudo. Le plus lourd est la photo, qui mène à un lieu.
| Risque | En une ligne |
|---|---|
| 1. Être relié par une photo | Possible partout où le fichier circule tel quel (forums, blogs, email). Il mène à votre adresse ; trois secondes suffisent à le couper. |
| 2. Être relié par un pseudo ou une adresse réutilisés | La première méthode de tout curieux : gratuite et rapide. |
| 3. Être relié par l’adresse de récupération ou le téléphone | Invisible pour un curieux, décisif sur réquisition. |
| 4. Être relié par l’heure, le style ou l’avatar | Demande du temps, sauf l’avatar, qui se retrouve en dix secondes. |
| 5. Se tromper de fenêtre | Fréquent le premier mois, souvent sans suite. |
| 6. Perdre l’accès au compte sous pseudo | Plus probable qu’avant ; il coûte un compte, pas votre argent. |
1. Être relié par une photo
- Possible ? Oui, pour toute photo prise avec la localisation activée, puis publiée sur un service qui conserve les données EXIF.
- Probable ? Aucun chiffre fiable. Certains services retirent ces données, d’autres les gardent toutes (GitHub, par exemple). Les forums, les blogs, les hébergeurs d’images et l’email transmettent souvent le fichier tel quel.
- Coût : votre adresse, à quelques mètres près. C’est le plus lourd des fils : il mène à un lieu, pas seulement à un nom.
- Tendance : stable côté téléphones. L’appareil photo demande l’accès à la localisation dès la première ouverture, et l’on accepte souvent sans y penser.
- Durée : définitive. Une photo copiée garde ses données. Le geste se fait avant l’envoi, pas après.
- Comparé au village : aujourd’hui, chaque photo que vous envoyez sans y penser peut porter votre position.
2. Être relié par un pseudo ou une adresse réutilisés
- Possible ? Oui, avec un simple moteur de recherche et les archives du web.
- Probable ? C’est la première méthode de n’importe quel curieux, parce qu’elle est gratuite et rapide. L’affaire Silk Road, en 2013, en montre l’efficacité contre un dispositif autrement solide.
- Coût : tout ce que vous avez publié sous ce pseudo, depuis le début, se rattache à votre nom.
- Tendance : stable. Les outils de recherche progressent, les archives s’accumulent.
- Durée : très longue. Les archives du web gardent des pages supprimées depuis des années. Vous pouvez demander à un service d’effacer vos données (article 17 du RGPD), mais pas à toutes les copies. D’où la règle : un pseudo neuf vaut mieux qu’un vieux pseudo nettoyé.
- Comparé au village : sous votre vrai nom, ce rattachement est immédiat.
3. Être relié par l'adresse de récupération ou le téléphone
- Possible ? Oui, par le service qui gère le compte.
- Probable ? Pas contre un curieux : il ne voit pas ces informations. Contre une réquisition, oui. En 2024, l’adresse de récupération d’une boîte Proton (un service de messagerie chiffrée) était une adresse iCloud. Apple a ensuite donné le nom du titulaire.
- Coût : votre identité civile, pour qui peut adresser une réquisition.
- Tendance : stable.
- Durée : tant que l’adresse ou le numéro reste rattaché au compte.
- Comparé au village : votre boîte habituelle est probablement rattachée à votre numéro de portable. L’opérateur, lui, connaît votre identité. Vous partez de là.
4. Être relié par l'heure, le style ou l'avatar
- Possible ? Oui. L’heure et le style demandent du temps et de la méthode : c’est le travail d’un enquêteur motivé, pas d’un curieux de passage.
- Probable ? Faible pour l’heure et le style. Élevé pour un avatar réutilisé : une recherche d’image inversée (vous donnez l’image au moteur, il trouve où elle apparaît) le retrouve en dix secondes.
- Coût : un faisceau d’indices, rarement une preuve à lui seul.
- Tendance : stable.
- Durée : tant que vos habitudes restent les mêmes.
- Comparé au village : sous votre vrai nom, ces indices ne servent à rien : votre nom suffit.
5. Se tromper de fenêtre
- Possible ? Oui. C’est l’un des deux risques que la salle crée.
- Probable ? Oui, surtout le premier mois. Publier sous pseudo depuis le profil civil, ou l’inverse, arrive à tout le monde.
- Coût : variable. Souvent nul, si vous corrigez vite et que personne ne regardait.
- Tendance : en baisse avec l’habitude. Les couleurs de thème de l’étape 3 coûtent dix secondes et évitent la plupart des erreurs.
- Durée : une publication supprimée vite disparaît souvent sans trace. Une copie faite entre-temps reste.
- Comparé au village : avec une seule identité, l’erreur n’existe pas, car tout est déjà relié.
6. Perdre l'accès au compte sous pseudo
- Possible ? Oui, si vous oubliez le mot de passe et perdez les codes de secours.
- Probable ? Plus qu’avant, puisque vous avez renoncé à la récupération par votre adresse civile.
- Coût : le compte sous pseudo. Ni votre argent, ni votre identité civile.
- Tendance : en baisse si vous rangez les codes de secours dans le gestionnaire, et si vous gardez une copie du gestionnaire, comme à l’Atelier du Serrurier.
- Durée : définitive pour ce compte. Vous recréez une identité neuve.
- Comparé au village : un compte civil se récupère par votre téléphone ou votre adresse. C’est justement le lien que vous avez coupé.
Oubliette : le Pseudo Recyclé. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous reprenez le même pseudo ou la même photo de profil dans deux identités : un seul détail commun suffit à les relier. La parade : un pseudo et un avatar neufs pour chaque identité.
Sire Enguerrand, le chevalier de votre compagnie, fidèle à ses habitudes : « J’ai pris la devise de mon bouclier comme pseudo, sur tous mes comptes, même les secrets. Elle est très belle, et tout le royaume sait désormais qui se cache derrière. »
La quête : Une tenue par salle
La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin (votre fichier de progression chiffré). Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).
Objectif de taverne : trouvez les sept fils de Paul
La Cafetière affiche le profil de Paul, un cas fictif : d’un côté, son compte sous pseudo sur un forum de jardinage ; de l’autre, quelques éléments publics de sa vie civile. Sept fils relient les deux : cliquez sur chacun. Quand vous les avez tous trouvés, votre navigateur fabrique le drapeau, et la Cafetière l’inscrit.
Objectif de donjon : nettoyez une photo
- Déposez dans la Cafetière une photo qui contient des données EXIF (glissez-la, ou choisissez-la avec le bouton).
- Lisez ce qu’elle affiche : la position, l’appareil, la date.
- Nettoyez la photo avec l’outil de votre choix (étape 4 de la recette).
- Déposez la photo nettoyée.
Si la position et l’appareil ont disparu, votre navigateur fabrique le drapeau, et la Cafetière l’inscrit.
Pas de photo à vous ? La Cafetière propose la photo de vacances de Paul, pleine de données EXIF : téléchargez-la, nettoyez-la, puis déposez-la.
Comment la Cafetière vérifie, chez vous
Rien ne sort de votre navigateur : aucune photo ne quitte votre appareil.
Le détail de la vérification
Déposer une photo n’est pas l’envoyer. Votre navigateur lit le fichier dans la page, comme quand vous ouvrez une image sur votre bureau. Pour le vérifier, coupez votre connexion avant de déposer la photo : tout fonctionne pareil.
- Objectif de taverne : la Cafetière compte, dans votre navigateur, les fils que vous avez trouvés sur le profil de Paul.
- Objectif de donjon :
- Au premier dépôt, votre navigateur lit le fichier et en extrait les données EXIF. Il affiche en clair la position GPS, la marque et le modèle de l’appareil, la date et l’heure de la prise de vue. Si vous le demandez, il place un point sur une carte dessinée sans service extérieur, à partir des seules coordonnées. Ce dépôt compte seulement s’il contient une position GPS ou le modèle de l’appareil.
- Au second dépôt, votre navigateur relit le fichier. Il vérifie qu’il n’y a plus ni position GPS, ni marque ou modèle d’appareil.
- Il vérifie aussi que l’image a les mêmes dimensions que la première, ou les dimensions inversées si l’orientation a changé. Le but est de nettoyer la même photo, pas d’en déposer une autre.
- Votre navigateur hache les deux fichiers avec SHA-256. Hacher, c’est calculer un résumé court et fixe d’un fichier ; SHA-256 est la méthode intégrée au navigateur. Il calcule le drapeau à partir de ces deux résumés et de votre parchemin : le drapeau n’appartient qu’à vous.
- La Cafetière inscrit le drapeau dans votre parchemin, avec la liste des champs retirés. Elle n’y inscrit jamais leurs valeurs, ni les coordonnées.
- Peut-on tricher ? Oui. Quelqu’un qui lit le code peut fabriquer deux fichiers sur mesure. Il aura alors appris à écrire des données EXIF à la main, ce qui vaut bien l’écusson.
Les sucres
Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.
Un sucre, une piste
Tout ce qu’il faut est dans l’étape 4 de la recette. Une capture d’écran n’est pas un nettoyage : c’est une autre photo, avec d’autres dimensions.
Deux sucres, la méthode
Prenez une photo avec votre téléphone, localisation activée. Transférez-la sur l’ordinateur en tant que fichier : par câble, ou en vous l’envoyant comme un document plutôt que comme une photo. Déposez-la. Puis nettoyez-la avec Windows (Propriétés, Détails), avec ExifTool (exiftool -all=) ou avec mat2. Déposez le résultat.
Trois sucres, la solution
- La Cafetière dit « aucune métadonnée trouvée » au premier dépôt : la photo ne contient ni position ni appareil. Elle a peut-être été nettoyée en route, ou prise sans localisation. Bonne nouvelle pour votre vie privée, mauvaise pour le drapeau. Prenez la photo de Paul.
- La Cafetière dit « modèle d’appareil encore présent » au second dépôt : Aperçu, sur Mac, retire la position, pas le modèle. Passez par ExifTool, par
mat2ou par le menu de Windows. - La Cafetière dit « dimensions différentes » : vous avez recadré, redimensionné, ou fait une capture d’écran. Nettoyez le fichier d’origine, sans le modifier autrement.
Le déca
Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.
Le lecteur d’EXIF de la Cafetière reste à votre disposition : déposez-y n’importe quelle photo avant de la publier.
Le verdict
Écusson forgé : Agent double de pacotille. Vous avez deux noms, deux boîtes, deux fenêtres, et des photos qui ne disent plus où vous habitez. Pour votre entourage, vous êtes désormais la personne qui répond « ça dépend de quel compte » quand on lui demande son adresse email.
Vous restez un agent de pacotille : votre banque connaît toujours votre nom, et votre fournisseur d’accès votre adresse. L’Intendance n’a qu’un numéro par citoyen, et parvient encore à vous envoyer trois courriers contradictoires sur le même dossier.
Sept fils trouvés sans aucun sucre, le verdict ajoute :
Sept fils sur sept, sans aide. Paul n’a aucune chance. Il lui reste une photo de vacances, et vous savez désormais quoi en faire.
Percolozor, en voix off. Moi aussi, j’ai deux identités. L’une porte un nom de cafetière ; l’autre, vous ne la connaîtrez pas, et c’est tout l’exercice.
Ce que dit la loi
En bref : publier sous pseudonyme et nettoyer ses propres photos ne sont interdits par aucun texte en France. Deux limites : mentir sur son identité là où la loi l’exige, et prendre l’identité d’une personne réelle.
La loi en détail : le pseudonyme, l'usurpation, les photos, la conservation de l'IP, l'effacement
- Le pseudonyme. Aucun texte n’interdit de publier, commenter ou échanger sous un nom d’emprunt, ni d’avoir plusieurs adresses email. Un éditeur de site non professionnel peut même rester anonyme pour le public. Il doit alors donner son identité à son hébergeur, qui la garde secrète sauf face à la justice. C’est l’article 1-1 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), dans sa version issue de la loi SREN de 2024 (la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique). Le détail est au Greffe · La loi en chiffres.
- Un pseudonyme n’est pas une fausse identité. Là où la loi exige votre identité réelle (banque, plateforme de cryptomonnaies régulée, administration), mentir est une fraude. Cette salle ne touche pas à ces comptes : votre identité civile y reste, avec votre vrai nom.
- L’usurpation d’identité. Prendre le nom ou les données d’une personne réelle pour troubler sa tranquillité, ou nuire à son honneur ou à sa réputation, est un délit. C’est l’article 226-4-1 du Code pénal : un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende, y compris en ligne. La peine passe à deux ans et 30 000 € si l’auteur est le conjoint, le concubin ou le partenaire de Pacs de la victime. D’où le conseil de l’étape 2 : un pseudo inventé, vérifié dans un moteur de recherche, qui n’appartient à personne.
- Vos photos. Aucun texte n’oblige un particulier à publier ses photos avec leur position. Ce sont vos fichiers.
- La conservation de l’IP. Votre fournisseur d’accès conserve vos données de connexion un an. Le décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 a reconduit cette obligation. Une réquisition judiciaire relie une IP à un abonné, quel que soit le pseudo affiché.
- Le droit à l’effacement. L’article 17 du RGPD vous permet de demander à un service de supprimer les données d’un ancien compte. C’est utile pour fermer proprement une vieille identité. Il n’y a aucune garantie sur les copies déjà faites par d’autres.
Pour aller plus loin
Dans la Tour aux Volets
- La Galerie des Miroirs Bavards · Ce qu’un site voit de vous : vérifier, panneau à l’appui, que vos deux profils n’ont pas la même empreinte.
- Les Souterrains à Trois Relais · Tor : se fondre dans la foule : la variante la plus solide pour l’identité sous pseudo, et la seule qui cache aussi votre IP.
- La Salle des Cent Boîtes · Emails et alias et L’Atelier du Serrurier · Les mots de passe, enfin réglés : les deux briques que cette salle assemble.
Dans l’Aile du Trésor
- Le Poste de Garde aux Caméras · La discrétion : ce qu’un curieux peut retrouver : sur une chaîne de blocs, cloisonner veut dire ne pas mélanger ses adresses : deux portefeuilles qui se touchent, l’un lié à une plateforme qui connaît votre nom, l’autre sous pseudo, c’est un pseudo réutilisé.
- Le Grand Salon des Changeurs · Acheter au guichet : la vérification d’identité appartient à l’identité civile : on y entre avec son nom, en sachant ce qu’on y laisse.
Dans la Volière
- Le Pigeonnier Discret · Signal, numéro masqué : un nom d’utilisateur à la place du numéro : une séparation de plus entre deux identités.
- Le Perchoir des Corbeaux · Sans numéro du tout : une messagerie pour l’identité sous pseudo, sans téléphone à votre nom.
- La Salle du Tri Postal · L’enveloppe parle plus que la lettre : les métadonnées d’un message, cousines de celles d’une photo.
Sources
Vérifiées en octobre 2026.
- Wikipédia, Exif (contenu des métadonnées, miniature non mise à jour après retouche, GitHub qui conserve toutes les balises, position comprise) : https://en.wikipedia.org/wiki/Exif
- Wikipédia, Ross Ulbricht (« altoid », adresse email à son nom, conversations à l’heure du Pacifique, enquêteur du fisc américain mi-2013, arrestation du 1er octobre 2013 à la bibliothèque de Glen Park, San Francisco) : https://en.wikipedia.org/wiki/Ross_Ulbricht
- Wikipédia, Silk Road (première mention du site par « altoid », offre d’emploi menant à l’email personnel) : https://en.wikipedia.org/wiki/Silk_Road_(marketplace)
- NBC News, les erreurs qui ont mené à Ulbricht (message du 27 janvier 2011, offre d’emploi du 11 octobre 2011 avec son adresse Gmail) : https://www.nbcnews.com/news/world/end-silk-road-slip-ups-building-internet-drug-market-led-flna8C11326181
- Vice, l’enquêteur du fisc qui a trouvé l’adresse par une recherche en ligne : https://www.vice.com/en/article/irs-found-accused-silk-road-masterminds-email-by-googling-silk-road/
- Wikipédia, John McAfee (photo de décembre 2012 avec coordonnées GPS au Guatemala, arrestation deux jours plus tard, coordonnées présentées ensuite comme truquées) : https://en.wikipedia.org/wiki/John_McAfee
- Apple, gérer la position dans les photos (Partager, Options, désactiver la position ; Réglages, Confidentialité et sécurité, Service de localisation, Appareil photo, Jamais) : https://support.apple.com/en-euro/guide/personal-safety/manage-location-metadata-in-photos-ips0d7a5df82/web
- Apple, afficher la position d’une photo dans Aperçu (Outils, Afficher les informations de localisation) : https://support.apple.com/en-us/guide/preview/prvw19865/mac
- CVE-2022-26725, suppression de la position avec l’inspecteur d’Aperçu (défaut corrigé dans macOS 12.4) : https://cvepremium.circl.lu/vuln/fkie_cve-2022-26725
- Google Photos, protection des données de localisation (éléments partagés sans position par défaut, sauf partage avec un partenaire ; couper la localisation dans l’application Appareil photo) : https://support.google.com/photos/answer/11190100
- MDN, lecture locale d’un fichier par le navigateur (
FileReader) : https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Web/API/FileReader - MDN, hachage SHA-256 natif (
SubtleCrypto.digest) : https://developer.mozilla.org/en-US/docs/Web/API/SubtleCrypto/digest - ExifTool : https://exiftool.org/
- mat2 (Metadata Anonymisation Toolkit) : https://0xacab.org/jvoisin/mat2
- Tails, retirer les métadonnées (Metadata Cleaner, interface de mat2, inclus dans Tails) : https://tails.net/doc/sensitive_documents/metadata
- Mozilla, conteneurs Firefox : https://support.mozilla.org/en-US/kb/containers
- Proton et l’IP d’un militant, 2021 : https://www.theregister.com/2021/09/07/protonmail_hands_user_ip_address_police/
- Proton, Apple et la police espagnole, 2024 (adresse de récupération iCloud) : https://techcrunch.com/2024/05/08/encrypted-services-apple-proton-and-wire-helped-spanish-police-identify-activist
- CNIL, RGPD, article 17 (droit à l’effacement) : https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees/chapitre3#Article17
- Légifrance, LCEN, articles 1-1 (anonymat de l’éditeur non professionnel, identité confiée à l’hébergeur) et 1-2 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000801164
- Légifrance, Code pénal, section des atteintes à la vie privée (article 226-4-1) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165309/
- Décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 (conservation des données de connexion pendant un an) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054945173