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Bas de Laine

La Volière · haut de la tour

Le Perchoir des Corbeaux · Sans numéro du tout

Des corbeaux sans bague, sans nom et sans registre. On ne sait pas à qui ils sont. Eux non plus.

Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.

Quête : Habiter sans numéro

  • Objectif de taverne : Classez quatre messageries selon ce qu'elles peuvent livrer aux autorités.
  • Objectif de donjon : Créez un compte Session ou SimpleX, puis collez votre identifiant Session ou votre lien SimpleX.

Effort : 2 sur 5. Liberté gagnée : 8 sur 15. Classement : Pépite : gros butin, petit jet.

La boussole de la salle
CaractéristiqueGain (0 à 3)
Garde2
Juridiction2
Monnaie0
Discrétion3
Confort2
Prudence1
CaméraDiscrétion gagnée (0 à 3)
la caméra du Badaud3
la caméra du Changeur0
la caméra du Marchand3
la caméra de l'Intendance3

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : au Perchoir des Corbeaux, en haut de la Volière, la partie du site sur les messageries.
  2. Ce que vous apprenez : discuter sur une messagerie qui ne demande ni numéro de téléphone, ni email.
  3. Ce que vous faites : vous créez un compte Session ou SimpleX, et notez son mot de passe de récupération sur papier.
  4. Ce qu’il vous faut : un téléphone ou un ordinateur, un papier, un crayon. Effort : 2 sur 5. Durée : dix à vingt minutes.
  5. Ce que vous y gagnez : vos conversations ne sont plus reliées à votre ligne téléphonique, donc à votre identité.

Pourquoi cette salle

Votre numéro de téléphone est devenu une pièce d’identité que vous donnez à tout le monde : au plombier, au club de sport, à la banque. Sur WhatsApp, Telegram ou Signal, c’est lui qui ouvre le compte.

Cette salle vous montre comment vous en passer pour discuter. Quatre messageries fonctionnent sans numéro obligatoire et sans email : Olvid (française), Threema (suisse), Session et SimpleX.

À la fin de la salle, vous saurez ouvrir un compte qui ne dépend d’aucune ligne. Vous saurez aussi ce que chaque messagerie peut livrer aux autorités. Enfin, vous saurez protéger votre compte : sans numéro, personne ne pourra vous renvoyer un code par SMS si vous le perdez.

Percolozor, en voix off. J’ai mis des années à cesser de donner mon numéro à tout le monde. Vous allez y mettre dix minutes, et je trouve cela vexant.

L’histoire

Cas fictif.

Paul vend son vieux vélo sur un site de petites annonces. Il laisse son numéro. Un acheteur l’appelle, passe, paie, repart. Affaire conclue.

Le soir, l’acheteur ajoute le numéro à ses contacts, pour le supprimer plus tard. Il ne le supprime jamais. Son WhatsApp affiche maintenant la photo de profil de Paul, son prénom et son statut. Si l’application lit le carnet d’adresses de l’acheteur, elle apprend aussi que ce numéro figure dans un carnet de plus.

Le même numéro reçoit les codes de la banque de Paul et ses rendez-vous médicaux. Le numéro est la même clé partout. Celui qui l’a peut le chercher dans une ancienne fuite de données. Il peut aussi convaincre l’opérateur de transférer la ligne sur une nouvelle carte SIM : c’est l’arnaque dite de l’« échange de SIM ».

Rien de tout cela n’est arrivé à Paul. Mais tout cela tenait à un seul fil.

Sa fille, elle, discute avec ses amis sur Session. Elle leur montre un QR code. Derrière, il y a une suite de 66 caractères qui ne dit rien d’elle et ne correspond à aucune ligne. Elle peut la jeter et en créer une autre en deux minutes. Ses amis ne connaissent pas son numéro. Ils n’en ont jamais eu besoin.

Sylvestre, l’elfe de votre compagnie, qui cache tout : « Ne donnez votre numéro qu’à ceux qui en ont vraiment besoin. Moi, je ne le donne même plus à mon téléphone. »

La recette

La recette a trois étapes. Les étapes 1 et 2 sont deux voies au choix : Session, la plus simple, ou SimpleX, la plus discrète. Faites l’une ou l’autre, puis l’étape 3. À la fin, vous avez un compte de messagerie sans numéro, et son secret de récupération est noté sur papier.

Ce qu’il vous faut :

  • la discipline des Douze (vos douze mots, notés sur papier à la Herse, l’entrée du site). Vous n’en avez pas besoin ici, mais le geste est le même : un secret noté sur papier ;
  • un téléphone ou un ordinateur. Aucune carte SIM n’est nécessaire : une tablette en Wi-Fi suffit ;
  • un papier et un crayon.

Étape 1 : créez un compte Session

Session est la voie la plus simple. Votre compte y est une clé générée sur votre appareil. Comptez cinq minutes.

  1. Installez Session depuis le magasin d’applications de votre téléphone, ou depuis le site officiel pour un ordinateur.
  2. Choisissez « Créer un compte ». L’application génère sur votre appareil une paire de clés : une clé publique, que vous donnez, et une clé privée, qui reste secrète.
  3. Repérez votre identifiant de compte (« Account ID »). C’est votre clé publique : 66 caractères, des chiffres et les lettres de a à f, qui commencent par 05. Personne ne vous demande de numéro ni d’email.
  4. Notez votre mot de passe de récupération (« recovery password »), dans les réglages de l’application. C’est une suite de mots, dont l’ordre compte, comme vos Douze. Notez-le sur papier et rangez-le au même endroit que vos Douze. C’est la seule façon de retrouver votre compte sur un nouvel appareil.
  5. Choisissez un nom d’affichage. Vos contacts le verront. Mettez votre prénom, ou un nom inventé.
  6. Partagez votre identifiant par QR code, en personne, ou en le copiant. Pour ajouter quelqu’un, collez son identifiant ou scannez son QR code.

Vos messages passent par plusieurs serveurs successifs, chacun dans une enveloppe chiffrée : c’est le « routage en oignon », la méthode du réseau Tor. Aucun serveur ne sait à la fois qui envoie et qui reçoit.

Une limite à connaître tout de suite. Si vous restaurez votre compte sur un nouvel appareil, vous récupérez seulement les messages des 14 derniers jours. Vos contacts et vos groupes reviennent si l’un de vos appareils s’est connecté dans les 30 derniers jours. Sinon, il faudra rajouter vos contacts.

Étape 2 : ou créez un profil SimpleX, pour aller plus loin

SimpleX va plus loin que Session : il n’y a aucun identifiant d’utilisateur, même pas une clé publique fixe. Chaque conversation passe par ses propres files de messages (des boîtes aux lettres temporaires), sur des serveurs relais. Les relais de SimpleX effacent un message dès qu’il est livré, ou au bout de 21 jours. Votre liste de contacts n’existe que sur votre appareil. Comptez dix minutes, et un rendez-vous avec la personne que vous invitez.

  1. Installez SimpleX Chat.

  2. Créez un profil. Un nom d’affichage, rien d’autre. Il reste sur votre appareil.

  3. Choisissez un mot de passe pour la base de données (le fichier qui contient vos discussions) et notez-le sur papier. La FAQ de SimpleX est nette : si vous l’oubliez, il n’existe aucun autre moyen d’accéder à vos données.

  4. Invitez quelqu’un. Il existe deux types de liens :

    • le lien à usage unique (« one-time link ») sert une seule fois, pour une seule personne. C’est le plus discret. Montrez-le de préférence en QR code, en personne ou en appel vidéo ;
    • l’adresse SimpleX est un lien réutilisable. Vous pouvez la donner à plusieurs personnes et la supprimer quand vous voulez.

    Ces liens ne contiennent que des clés publiques. Une personne qui les voit passer n’apprend rien sur vous. Elle pourrait en revanche s’en servir pour se connecter à la place de votre contact : c’est pour cela qu’on les montre en personne.

  5. Pour changer d’appareil, utilisez la migration prévue dans les réglages de l’application. La FAQ de SimpleX déconseille tout autre moyen, comme une sauvegarde iCloud.

Étape 3 : choisissez votre combinaison

Vous n’êtes pas obligé de quitter Signal. La combinaison la plus courante : Signal, avec un numéro masqué, pour le grand cercle. Une messagerie sans numéro pour le petit cercle, et pour l’acheteur de vélo.

Les variantes : Olvid pour convaincre la famille, Threema la suisse, et les quatre messageries côte à côte
Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
Olvid, française Aucun pour écrire. Émettre un appel et utiliser plusieurs appareils coûte 4,99 € par mois (tarif d’octobre 2026, un mois d’essai gratuit) Ni numéro, ni email, ni carte SIM. Pas d’annuaire : l’application ne demande jamais votre carnet d’adresses, selon l’éditeur. Un argument d’État pour vos proches méfiants Le serveur est hébergé chez Amazon Web Services, selon l’éditeur. Il ne voit pas le contenu, chiffré de bout en bout, mais l’hébergeur est américain
Threema, suisse 6 € une fois, selon le magasin d’applications. Pas de version gratuite pour les particuliers Un identifiant aléatoire de huit caractères. Lier un numéro ou un email est possible, jamais obligatoire. Le droit suisse, et un rapport de transparence détaillé (voir les risques) Le prix freine vos proches

Pourquoi Olvid convainc la famille. L’ANSSI, l’agence de l’État chargée de la sécurité informatique, a délivré à Olvid deux certifications de sécurité de premier niveau (CSPN) : en 2020 pour la version iPhone, en 2021 pour la version Android. Elles portent sur les versions de l’époque, et Olvid n’en affiche pas de plus récente en octobre 2026. Fin novembre 2023, une circulaire a demandé aux membres du gouvernement et à leurs cabinets de remplacer toute autre messagerie instantanée par Olvid. Une tante méfiante écoutera peut-être plus volontiers un argument d’État qu’un argument de crypto-punk.

Les quatre messageries, côte à côte

Effort (1 à 5) Numéro Identifiant Ce que l’éditeur peut livrer Juridiction Confort
Session 2 Non Clé publique de 66 caractères Très peu, selon l’éditeur : le routage en oignon lui cache qui écrit à qui Suisse (fondation) Bon pour l’écrit. Les appels sont en version d’essai, désactivés par défaut, et révèlent votre adresse IP à votre correspondant
SimpleX 3 Non Aucun Presque rien, selon l’éditeur : les relais de base ne notent pas les adresses IP et effacent les messages livrés Royaume-Uni (l’entreprise), relais au choix Correct, mais les notions sont déroutantes
Olvid 2 Non Identité sans annuaire Peu, selon l’éditeur France (serveur chez Amazon Web Services) Simple, ajout par QR code ou par lien
Threema 2, et 6 € Facultatif 8 caractères aléatoires Deux dates sans l’heure, plus une empreinte du numéro ou de l’email s’ils sont liés Suisse Très proche de WhatsApp

La boussole

La boussole (le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3) compare cette salle au village : ce que vous faites déjà, ici WhatsApp ou le SMS.

Axe Pourquoi
Garde Votre identité est une clé sur votre appareil, ou n’existe pas du tout. Aucun opérateur téléphonique ne peut la réattribuer.
Juridiction Vos conversations ne dépendent plus d’une ligne française rattachée à votre identité. L’éditeur est suisse, français ou britannique, et les relais de SimpleX sont au choix.
Monnaie Pas un centime en jeu, sauf 6 € une fois pour Threema.
Discrétion Le lien entre « qui parle » et « quel abonné téléphonique » est coupé. C’est l’un des plus gros gains de discrétion du site.
Confort Vous échangez un QR code ou un lien au lieu d’un numéro. Vos proches doivent installer une application de plus.
Prudence (un risque existant réduit) L’échange de SIM devient impossible sur ce compte. En échange, la perte de l’appareil devient votre affaire.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui partage tout : « Avant, je donnais mon numéro à tout le royaume, et le royaume l’a gardé. Maintenant, je donne une clé qui ne dit rien de moi, et je la jette quand je veux. »

Les quatre caméras

Une caméra est un observateur : le curieux, la banque, la plateforme, l’administration. Chacune voit moins qu’avec WhatsApp ou le SMS.

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) Celui qui connaît votre identifiant Session ne peut en déduire ni votre numéro, ni votre nom, ni votre photo. Un voleur qui tient votre téléphone déverrouillé voit tout : le code de l’écran reste votre première défense.
du Changeur (la banque) Rien ne change. La banque n’est pas concernée, et votre numéro reste chez elle, pour ses codes.
du Marchand (la plateforme) Ici, la plateforme est l’éditeur de la messagerie. Il ne reçoit ni carnet d’adresses, ni numéro. Avec Session et SimpleX, il n’a même pas de compte central à rattacher à une personne.
de l’Intendance (l’administration) Votre opérateur téléphonique sait que vous échangez des données, pas avec qui vous parlez. L’éditeur ne peut livrer que très peu (voir les risques). Un appareil saisi et déverrouillé, lui, reste lisible.

Pour situer : l’opérateur lit vos SMS. WhatsApp chiffre le message, mais l’enveloppe (qui, quand, d’où) part chez Meta. Session et SimpleX disent ne pas pouvoir lire l’enveloppe.

Les risques, chiffrés

Cette salle compte sept risques. Le plus important est de perdre l’appareil sans avoir noté le secret de récupération. Le point de comparaison est WhatsApp ou le SMS.

Risque En une ligne
1. Perdre l’appareil et l’historique Le risque principal. Avec le papier, seul l’historique ancien est perdu.
2. L’échange de SIM Il disparaît : il n’y a plus de numéro à détourner.
3. Ce que l’éditeur peut livrer Très peu, et moins qu’avec WhatsApp, Telegram ou Signal.
4. Une faille dans l’outil Possible, comme pour tout logiciel. Un SMS, lui, est lisible sans faille.
5. Perdre le contact avec ses proches Probable si vous êtes seul sur l’application.
6. Le regard des autres Fréquent, et il coûte trente secondes d’explication.
7. La loi Aucun texte ne sanctionne l’usage d’une messagerie chiffrée.
1. Perdre l'appareil, et avec lui l'historique
  • Possible ? Oui. C’est le risque principal de cette salle.
  • Probable ? Autant que de perdre ou de casser un téléphone. Aucun chiffre fiable n’existe pour ces messageries. Ce qui change, c’est la conséquence : pas de « mot de passe oublié », pas de code de secours par SMS.
  • Coût : avec Session et le mot de passe de récupération, vous retrouvez votre identifiant, vos contacts (si un appareil s’est connecté dans les 30 derniers jours) et les 14 derniers jours de messages. Avec SimpleX sans migration, vous repartez de zéro et réinvitez vos contacts. Sans secret de récupération, le compte est perdu.
  • Tendance : stable.
  • Durée : définitive. Ce qui est perdu sans sauvegarde l’est pour toujours.
  • Comparé au village : WhatsApp sauvegarde vos messages dans le stockage en ligne de Google ou d’Apple. C’est confortable, et vos messages dépendent de ce stockage. Ici, vous échangez ce confort contre l’indépendance.
2. Se faire usurper par un échange de SIM
  • Possible ? Sur un compte lié à un numéro, oui : quelqu’un peut convaincre votre opérateur de transférer votre ligne. Sur Session, SimpleX, Olvid, ou Threema sans numéro lié, non : il n’y a pas de numéro à détourner.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable pour la France.
  • Coût : sur un compte lié à un numéro, l’usurpateur lit vos nouveaux messages et écrit en votre nom. Ici, rien.
  • Tendance : le risque disparaît pour ce compte.
  • Durée : tant que le compte n’est lié à aucun numéro.
  • Comparé au village : Signal propose un verrou d’enregistrement contre ce risque. WhatsApp et Telegram restent rattachés à votre ligne.
3. Ce que l'éditeur peut livrer aux autorités
  • Possible ? Oui, pour chacun des quatre éditeurs, sur demande d’une autorité. Ce qu’ils peuvent livrer est très réduit.

  • Probable ? Threema publie ses chiffres. En 2025, il a reçu 423 demandes et fourni des données dans 402 cas. En 2026, au 30 juin, il avait reçu 444 demandes et fourni des données dans 438 cas.

  • Coût : chez Threema, ce qui est fourni se limite à :

    • la date, sans l’heure, de création de l’identifiant ;
    • la date, sans l’heure, de la dernière connexion ;
    • une empreinte (un calcul irréversible) du numéro ou de l’email, seulement si vous les avez liés ;
    • un jeton de notification, si vous passez par le service de notifications de Google ou d’Apple.

    Les autorités étrangères doivent passer par l’entraide judiciaire suisse. Session et SimpleX n’ont, par construction, presque rien à fournir : ni numéro, ni carnet d’adresses, ni liste de qui parle à qui. Olvid n’a pas d’annuaire. Ces trois affirmations viennent des éditeurs et de leur documentation.

  • Tendance : stable pour ces outils. Le cadre européen bouge : voir le Cabinet Noir · Chat Control et la loi.

  • Durée : les demandes visent ce que l’éditeur garde au moment de la demande.

  • Comparé au village : Signal livre deux dates, mais son compte existe derrière un numéro que l’opérateur relie à vous. Telegram peut livrer l’adresse IP et le numéro sur décision judiciaire, et ses discussions ordinaires ne sont pas chiffrées de bout en bout. WhatsApp collecte l’adresse IP, l’appareil, l’heure et la fréquence de vos échanges, et votre carnet d’adresses si vous l’y autorisez.

4. Une faille dans l'outil lui-même
  • Possible ? Oui, comme pour tout logiciel.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable. Voici l’état de chaque outil, en octobre 2026 :
    • Session a retiré en 2021 la confidentialité persistante, une protection qui renouvelle les clés au fil des messages. Sans elle, une clé volée aujourd’hui peut permettre de lire des messages d’hier. Session a annoncé en décembre 2025 un « protocole V2 » qui doit la rétablir, avec une protection contre les futurs ordinateurs quantiques. Selon la FAQ de Session, ce protocole est encore en développement.
    • SimpleX a été audité par la société Trail of Bits en 2022 et en 2024, selon son site.
    • Olvid a reçu deux certifications CSPN de l’ANSSI, en 2020 (iPhone) et en 2021 (Android), sur les versions de l’époque.
  • Coût : les messages concernés pourraient être lus par qui exploite la faille.
  • Tendance : à la baisse pour Session quand le protocole V2 sera déployé.
  • Durée : jusqu’à la correction, puis la mise à jour de votre application.
  • Comparé au village : un SMS est lisible par l’opérateur sans aucune faille.
5. Perdre le contact avec ses proches
  • Possible ? Oui. Un outil sans annuaire ne vous trouve personne. Personne ne « vous trouve sur Session » par hasard.
  • Probable ? Oui, si vous êtes seul sur l’application. C’est le vrai coût de cette salle.
  • Coût : des messages qui n’arrivent pas, parce que personne n’est là pour les lire.
  • Tendance : baisse à mesure que vos proches vous rejoignent. La méthode est au Banquet des Cousins · Emmener ses proches.
  • Durée : le temps de convaincre le premier cercle.
  • Comparé au village : sur WhatsApp, tout le monde est déjà là. L’usage combiné (Signal pour le grand cercle) règle l’essentiel.
6. Le regard des autres
  • Possible ? Oui. On vous demandera souvent « pourquoi tu n’as pas WhatsApp, comme tout le monde ? ».
  • Probable ? Fréquent.
  • Coût : une explication de trente secondes. Si vous utilisez Olvid, l’argument « c’est ce que l’État impose à ses ministres » clôt souvent la discussion.
  • Tendance : stable.
  • Durée : la première conversation.
  • Comparé au village : personne ne vous demande pourquoi vous avez WhatsApp.
7. La loi
  • Possible ? Aucun texte ne sanctionne l’usage d’une messagerie chiffrée en France (voir la loi, plus bas).
  • Probable ? Sans objet pour l’usage.
  • Coût : aucun pour l’usage.
  • Tendance : le projet européen « Chat Control » peut changer les obligations des éditeurs, pas celles des utilisateurs.
  • Durée : tant que le cadre actuel tient.
  • Comparé au village : la même règle s’applique à WhatsApp, à Signal et à Olvid.

Oubliette : l’Appareil Perdu. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous perdez votre téléphone sans avoir noté le secret de récupération : sans numéro, il n’y a pas non plus de récupération, et le compte disparaît avec l’historique. La parade : notez le mot de passe de récupération (Session) ou le mot de passe de la base (SimpleX) sur papier, le jour même.

Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu si les mots sont sur papier : je vous rends votre identité et vos contacts. Sans papier, je n’ai pas d’échelle assez longue. »

La quête : Habiter sans numéro

La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).

Le parchemin est votre fichier de progression chiffré.

Objectif de taverne : classer quatre messageries

Classez quatre messageries selon ce qu’elles peuvent livrer aux autorités : WhatsApp, Telegram, Signal et Threema. Placez en premier celle qui peut livrer le plus d’informations, en dernier celle qui en livre le moins. Dans l’encart de la Cafetière, faites glisser les quatre noms dans l’ordre, puis validez.

Si vous avez choisi Olvid ou Threema, faites cet objectif : l’objectif de donjon ne reconnaît que Session et SimpleX.

Objectif de donjon : coller votre identifiant sans numéro

Créez un compte Session ou un profil SimpleX. Copiez ensuite votre identifiant Session (66 caractères) ou un lien SimpleX (une adresse ou un lien à usage unique). Collez-le dans l’encart de la Cafetière, puis validez.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien ne sort de votre navigateur.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : votre navigateur compare votre classement à celui de cette salle. WhatsApp et Telegram sont acceptés dans un ordre comme dans l’autre : selon qu’on compte les métadonnées ou le contenu des discussions non chiffrées, les deux se défendent. Signal et Threema, eux, n’ont qu’un ordre possible.

  • Objectif de donjon :

    1. Votre navigateur reconnaît le format. Pour Session : exactement 66 caractères, des chiffres et les lettres de a à f, commençant par 05. Pour SimpleX : un lien d’invitation ou d’adresse SimpleX (sur simplex.chat, sur un relais simplex.im, ou avec le préfixe simplex:), avec la partie après le #, qui porte les clés.
    2. Il refuse ce qui ressemble à un secret. Si vous collez une suite de mots, comme un mot de passe de récupération, la Cafetière la rejette sans la garder.
    3. Il calcule l’empreinte de la valeur collée : un calcul irréversible, appelé hash (ici SHA-256). Seule cette empreinte est rangée dans votre parchemin. L’identifiant en clair n’est ni gardé ni envoyé.
    4. Il fabrique votre drapeau à partir de cette empreinte : il n’appartient qu’à vous.

    Un identifiant Session est public par nature, puisque vous le donnez à vos contacts. Quelqu’un qui le connaît pourrait recalculer l’empreinte. C’est pour cela qu’elle n’est rangée que dans votre parchemin chiffré.

  • Peut-on tricher ? Oui. N’importe qui peut taper 66 caractères au bon format, et lire le code du site. C’est assumé : il n’y a rien à gagner, sinon un écusson sur un geste que vous n’avez pas fait. Le geste, lui, prend cinq minutes.

Si vous collez une suite de mots, la Cafetière affiche :

La Cafetière
> stop. ceci ressemble à un mot de passe de récupération.
> je ne l'ai ni lu, ni gardé, ni envoyé.
> ces mots ne se collent nulle part, pas même ici.

Les sucres

Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.

Un sucre, une piste
  • Le classement : relisez le détail du risque 3, « Ce que l’éditeur peut livrer aux autorités ». Comptez aussi le numéro de téléphone : il relie le compte à votre nom.
  • L’identifiant : la Cafetière ne veut ni numéro, ni email, ni nom. Elle veut ce que vous donneriez à un ami pour qu’il vous écrive sur une messagerie qui n’en demande pas.
Deux sucres, la méthode
  • Le classement : pour chaque messagerie, posez trois questions. L’éditeur connaît-il mon numéro ? Voit-il qui écrit à qui ? Peut-il lire le contenu ? Plus il y a de « oui », plus elle monte.
  • Session : ouvrez votre profil (votre avatar, en haut à gauche), puis copiez votre « Account ID ».
  • SimpleX : créez une adresse SimpleX ou un lien à usage unique, puis choisissez « Copier » plutôt que le QR code.

Revenez ici et collez.

Trois sucres, la solution
  • Le classement : WhatsApp et Telegram en tête, dans l’ordre que vous voulez, puis Signal, puis Threema.
  • « Format inattendu » pour Session : vous avez copié un espace, un retour à la ligne, ou votre nom d’affichage au lieu de l’identifiant. L’identifiant fait exactement 66 caractères, des chiffres et les lettres de a à f, et commence par 05.
  • « Format inattendu » pour SimpleX : vous avez copié une partie du lien seulement. Copiez-le en entier, avec tout ce qui suit le #.
  • « Ceci ressemble à un mot de passe de récupération » : c’est voulu. Rangez ces mots, ne les collez nulle part, et refaites la méthode du deuxième sucre.

Le déca

Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.

Vous pourrez revenir coller votre identifiant le jour où un acheteur de vélo vous demandera « vous avez WhatsApp ? ».

Le verdict

Écusson forgé : Sans numéro fixe. Vos amis vous écrivent désormais sans connaître votre numéro de téléphone. L’État exige votre numéro pour une ligne, votre pièce d’identité pour un compte et votre adresse pour à peu près tout le reste. Pour ses ministres, il a choisi une messagerie qui ne demande rien de tout cela : vous avez suivi son exemple plutôt que ses formulaires.

Pour votre entourage, vous voilà le personnage louche du film, celui qui ne laisse jamais de numéro et répond « je vous contacterai ». Il ne vous manque que l’imperméable et le parking souterrain. En réalité, vous discutez du menu de dimanche.

Ce que dit la loi

En bref : l’usage d’une messagerie chiffrée est libre en France. Votre opérateur garde un an vos données de connexion, mais il ne voit pas avec qui vous parlez sur ces messageries.

La loi en détail : le chiffrement, les données de connexion, l'appareil, Chat Control
  • L’usage du chiffrement est libre. L’article 30 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (2004) le prévoit. Session, SimpleX, Olvid et Threema sont en vente libre dans les magasins d’applications. Fin novembre 2023, l’État a même imposé Olvid aux cabinets ministériels.
  • Ce qui ne change pas : vos données de connexion. Votre opérateur téléphonique les conserve un an (décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026). Il saura que votre téléphone a échangé des données, pas avec qui vous parliez sur ces messageries.
  • L’appareil reste le point faible, en droit comme en technique. En cas d’enquête, c’est lui qu’on saisit, pas le serveur. Le chiffrement de bout en bout protège le trajet du message, pas un téléphone déverrouillé.
  • Ce qui bouge : le projet européen « Chat Control », sur la détection dans les messages privés. Fin octobre 2026, il n’y a pas d’accord sur ce point. Le détail est au Cabinet Noir · Chat Control et la loi.

Pour aller plus loin

Dans la Volière

Dans l’Aile du Trésor

Dans la Tour aux Volets

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

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