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Bas de Laine

L'Aile du Trésor · sous-sol

Le Sas des Brumes · Monero : la monnaie qui ne raconte rien

Deux portes qui ne s'ouvrent jamais en même temps, et de la brume entre les deux. On entre d'un côté, on sort de l'autre, et le sas ne se souvient de personne.

Salle en travaux : son texte est là, sa quête ouvrira plus tard.

Quête : Le sas qui oublie

  • Objectif de taverne : Lisez une transaction Monero sur l'explorateur, et notez ce qui n'y figure pas : le montant, l'expéditeur, le destinataire.
  • Objectif de donjon : Collez le txid d'une vraie transaction Monero. La Cafetière vérifie qu'elle existe et qu'elle date d'après votre entrée dans la salle.

Effort : 4 sur 5. Liberté gagnée : 12 sur 15. Classement : Chantier.

La boussole de la salle
CaractéristiqueGain (0 à 3)
Garde3
Juridiction3
Monnaie2
Discrétion3
Confort1
Prudence1
CaméraDiscrétion gagnée (0 à 3)
la caméra du Badaud3
la caméra du Changeur3
la caméra du Marchand3
la caméra de l'Intendance3

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : le Sas des Brumes, au sous-sol de l’Aile du Trésor, la partie du site sur la monnaie.
  2. Ce que vous apprenez : utiliser Monero, une monnaie dont les transactions cachent le montant, l’expéditeur et le destinataire.
  3. Ce que vous faites : vous installez un portefeuille Monero, changez un peu de bitcoin contre des moneros, puis faites une transaction.
  4. Ce qu’il vous faut : un portefeuille Bitcoin avec quelques dizaines d’euros, et un téléphone ou un ordinateur. Effort : 4 sur 5. Durée : environ deux heures, attente comprise.
  5. Ce que vous y gagnez : un argent dont un curieux ne peut pas suivre les mouvements en ligne.

Pourquoi cette salle

Une transaction Bitcoin est une carte postale. Tout le monde peut lire l’expéditeur, le destinataire et le montant, pour toujours. Le Poste de Garde aux Caméras · La discrétion : ce qu’un curieux peut retrouver vous apprend à écrire des cartes postales moins bavardes. Cette salle vous donne une enveloppe.

Monero (XMR) est une cryptomonnaie conçue pour qu’une transaction ne dise presque rien. Sa chaîne de blocs (le registre public de toutes ses transactions) est ouverte à tous, mais on n’y lit ni le montant, ni le destinataire, ni avec certitude l’expéditeur. C’est le fonctionnement par défaut, pour tout le monde.

À la fin, vous saurez obtenir des moneros sans ouvrir de compte, lire ce qu’une transaction montre et ce qu’elle tait, et ce qui change le 10 juillet 2027.

Percolozor, en voix off. J’ai réussi mon premier échange de bitcoins contre des moneros au troisième essai : les deux premières fois, j’avais fermé le logiciel pour voir s’il avançait mieux en arrière-plan. Il n’avançait pas du tout.

L’histoire

Cas fictif, construit sur des faits réels.

Paul a fait les choses bien. Il a acheté du bitcoin sur une plateforme agréée. Il l’a envoyé vers son propre portefeuille et a noté sur papier sa phrase de récupération (les mots qui permettent de retrouver le portefeuille). Un dimanche, il doit 40 € à son beau-frère Bernard pour un restaurant. Il les lui rembourse en bitcoin.

Le lundi, Bernard l’appelle. Par curiosité, il a collé l’adresse de Paul dans un explorateur public (un site qui affiche le contenu de la chaîne). Il a vu le solde. Il a vu l’achat de mars, sa date et son montant. Il a vu un envoi régulier, chaque mois, vers la même adresse. « Tu mets de côté, dis donc. » Bernard n’a rien piraté. Il a lu ce qui est écrit, publiquement, pour toujours.

Quelques mois plus tard, Paul rembourse un autre dîner, cette fois en Monero. Bernard colle l’identifiant de la transaction dans un explorateur Monero. Il obtient une date, une taille en octets et des frais. Le montant est masqué. Le destinataire est une adresse à usage unique, que seul le destinataire peut reconnaître. Pour chaque pièce dépensée, l’explorateur montre seize expéditeurs possibles : la vraie pièce et quinze leurres, tirés de l’historique de la chaîne. Bernard rappelle Paul. « Ça marche pas, ton truc. Y a rien. »

C’est exactement ce que fait Monero. Il ne cache pas qu’une transaction a eu lieu. Il refuse de raconter le reste.

Entre ces deux dîners, le monde a bougé autour de Paul. Binance a retiré le Monero de sa plateforme le 20 février 2024, pour tous ses clients. Kraken a arrêté les échanges de Monero pour ses clients de l’Espace économique européen le 31 octobre 2024. À partir du 10 juillet 2027, une règle européenne interdira aux banques et aux plateformes agréées de tenir des comptes en Monero. Les guichets ferment un à un. La monnaie, elle, continue de circuler, comme une langue qu’on n’enseigne plus à l’école et qu’on parle encore à la maison.

Maître Anastase, l’alchimiste du château, qui s’occupe des échanges : « Monero montre qu’un paiement a eu lieu, et rien d’autre. Dans mon grimoire, cela s’appelle “signatures en anneau, adresses furtives et montants confidentiels”, ce qui impressionne davantage les beaux-frères. »

La recette

Quatre étapes : un portefeuille Monero, des moneros dedans, une première transaction, puis les habitudes qui gardent la discrétion. Les grandes plateformes régulées européennes ne vendent plus de Monero par carte. Le chemin passe donc par le bitcoin que vous savez déjà détenir, depuis La Chambrée · Premier portefeuille.

Étape 1 : installez un portefeuille Monero

Un portefeuille Monero est une application qui garde vos clés. Ici, vous les tenez vous-même, comme à la Chambrée.

  1. Installez Cake Wallet, sur iPhone ou Android, depuis le magasin d’applications officiel. C’est un logiciel libre (son code est public et vérifiable). Il gère Monero et Bitcoin dans la même application.
  2. Vérifiez le nom de l’éditeur avant d’installer. Les fausses applications de portefeuille sont le premier piège de ce milieu (voir l’Oubliette, plus bas).
  3. Créez un portefeuille Monero.
  4. Notez la phrase de récupération sur papier. Elle n’a pas le format de vos phrases Bitcoin. Par défaut, Cake Wallet propose une phrase de 16 mots (format Polyseed). Il propose aussi l’ancien format de 25 mots, et un format de 12 mots.
  5. Comptez les mots affichés. Avec une phrase de 25 mots, notez aussi la date de création du portefeuille : elle évite de relire toute la chaîne lors d’une restauration. Une phrase de 16 mots contient déjà cette date.
  6. Ouvrez l’onglet « Recevoir ». Votre adresse principale commence par un 4 et compte 95 caractères. Le portefeuille propose aussi des sous-adresses, qui commencent par un 8.
  7. Donnez une sous-adresse différente à chaque correspondant. Elles mènent toutes au même portefeuille, et personne ne peut les relier entre elles depuis l’extérieur.

Par défaut, l’application interroge un nœud distant : un serveur tenu par un inconnu, qui lit la chaîne pour vous. Il voit votre adresse IP (l’adresse de votre connexion internet), mais ni vos montants ni vos clés. Pour la cacher, activez Tor (un réseau qui masque votre IP) dans Réglages → Réglages de l’application → Connexions. Un VPN (un service qui fait passer votre connexion par son propre serveur) fait aussi l’affaire.

Les variantes : Feather sur ordinateur, un portefeuille matériel, votre propre nœud
Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
Feather (Windows, macOS, Linux) un peu : un ordinateur Tor intégré, rien à installer à côté ; vos fonds hors du téléphone rien de plus
Un portefeuille matériel (Trezor, Ledger) moyen : un boîtier, des réglages la clé reste dans le boîtier une compatibilité limitée, voir ci-dessous
Votre propre nœud élevé : un ordinateur allumé, environ 110 Go de disque aucun inconnu ne voit votre IP ni ne choisit vos leurres une heure de réglages, un disque occupé

Feather. Depuis sa version 2.0, Feather crée des phrases de 16 mots (Polyseed), qui contiennent la date de création. Il restaure aussi les phrases de 25 mots. Il envoie vos transactions par Tor par défaut.

Un portefeuille matériel est un petit boîtier qui garde la clé hors de l’ordinateur. Avec Monero, il pose trois difficultés :

  • Le logiciel du fabricant ne gère pas toujours Monero. Trezor Suite, par exemple, ne le gère pas. Il faut passer par Monero GUI ou Monero CLI (les logiciels officiels de Monero, sur ordinateur), ou par Cake Wallet.
  • La prise en charge dépend du modèle et du téléphone. Chez Trezor, en octobre 2026, Cake Wallet fonctionne sur iPhone avec le Safe 7 seulement. Sur Android, il fonctionne avec les Safe 3, Safe 5 et Safe 7. Monero GUI et CLI fonctionnent avec les Safe 3 et Safe 5, pas avec le Safe 7. Vérifiez le tableau du fabricant pour votre modèle.
  • La phrase du boîtier ne se restaure pas forcément ailleurs. Trezor tire vos clés Monero de sa phrase par une méthode appelée SLIP-10. Beaucoup de portefeuilles Monero ne la connaissent pas : ils ne retrouveront pas vos fonds. Vous pourrez toujours les retrouver sur un autre Trezor.

Un seul logiciel à la fois peut parler au boîtier. Fermez le logiciel du fabricant avant d’ouvrir Monero GUI ou Feather.

Votre propre nœud. Le logiciel monerod peut garder une copie allégée de la chaîne, dite « élaguée ». En octobre 2026, elle occupe environ 110 Go, contre 285 Go pour la chaîne entière. Votre portefeuille interroge alors votre nœud, et plus celui d’un inconnu. Si votre box partage son adresse IP avec d’autres abonnés (ce qu’on appelle le CGNAT), votre nœud n’est pas joignable depuis l’extérieur. Joignez-le alors par Tor, ou par un réseau privé comme Tailscale.

Étape 2 : changez du bitcoin contre des moneros

La voie la plus directe est l’échange atomique (atomic swap) : un échange de bitcoins contre des moneros, de personne à personne, sans compte et sans société au milieu.

Le logiciel s’appelle eigenwallet (anciennement UnstoppableSwap). C’est un logiciel libre, sur ordinateur. Le principe :

  • vos bitcoins sont bloqués dans un coffre à deux clés : l’une à vous, l’autre au teneur de marché (une personne qui propose des moneros contre des bitcoins) ;
  • le teneur de marché bloque ses moneros de son côté ;
  • quand il prend vos bitcoins, il révèle, par le calcul, la clé qui vous livre ses moneros. Soit les deux échanges ont lieu, soit aucun. D’où le mot atomique : indivisible.

Si l’échange échoue, il s’annule au bout d’environ 4 heures. Vous avez ensuite environ 24 heures pour récupérer vos bitcoins. Le logiciel s’en charge seul, s’il est ouvert pendant cette fenêtre. Après ce délai, le teneur de marché peut garder les bitcoins : cette pénalité empêche chacun de bloquer l’autre sans fin.

  1. Installez eigenwallet depuis son dépôt officiel : github.com/eigenwallet.
  2. Choisissez un teneur de marché dans la liste. Comparez le taux, le montant minimum et le dépôt anti-spam (une somme retenue un temps, pour décourager les faux échanges). Chaque teneur de marché fixe les siens.
  3. Collez votre adresse Monero de réception : une sous-adresse neuve de votre portefeuille.
  4. Collez une adresse Bitcoin de remboursement : une adresse neuve de votre portefeuille Bitcoin. Elle sert si l’échange échoue.
  5. Envoyez vos bitcoins à l’adresse de dépôt qu’affiche le logiciel.
  6. Laissez le logiciel ouvert jusqu’au bout : c’est lui qui réclame vos moneros. Comptez de vingt minutes à une heure, selon la vitesse du réseau Bitcoin.
  7. Attendez 10 confirmations avant de dépenser les moneros reçus. Une confirmation est un nouveau bloc ajouté à la chaîne, environ toutes les deux minutes : comptez une vingtaine de minutes. C’est une règle du réseau Monero, pas une panne.
Les variantes : l'échange intégré à Cake Wallet, RetoSwap, le pair à pair
Variante Effort en plus Ce que vous gagnez Ce que vous risquez
L’échange intégré à Cake Wallet moins : tout se fait sur le téléphone le confort un service tiers tient vos fonds quelques minutes, et note quelle adresse a envoyé quoi
RetoSwap (bâti sur le logiciel Haveno) autant : un ordinateur des échanges entre particuliers, sans serveur central moins d’offres, une application de plus à apprendre
Le pair à pair (Bisq, RoboSats) autant des moneros contre des euros, de la main à la main voir Le Marché de l’Arrière-Cour · Acheter sans guichet (pair à pair)

L’échange intégré à Cake Wallet passe par des prestataires : ChangeNOW, Exolix, ou l’agrégateur Trocador, qui compare plusieurs services et note leur risque de vous demander une pièce d’identité. Cake Wallet ne tient jamais les fonds et ne peut pas annuler un échange. Deux gestes évitent les ennuis :

  • si le service le propose, renseignez une adresse de remboursement ;
  • notez l’identifiant d’échange (Trade ID). Sans lui, le support ne retrouve pas votre échange.

RetoSwap est un réseau d’échange entre particuliers, où Monero est la monnaie de base de tous les échanges. Chaque utilisateur fait tourner l’application chez lui : il n’y a pas de serveur central.

Vers un jeton en dollars (stablecoin). Les échanges sans intermédiaire de Monero se font surtout contre du bitcoin (eigenwallet, RetoSwap). Pour passer de Monero à un jeton en dollars comme l’USDC, les portefeuilles grand public passent par un prestataire. L’autre voie passe d’abord par le bitcoin.

Étape 3 : faites votre première transaction

Envoyez une petite somme à vous-même. C’est le geste que demande la quête.

  1. Ouvrez « Recevoir » et créez une sous-adresse neuve.
  2. Ouvrez « Envoyer », collez cette sous-adresse, saisissez un petit montant, puis confirmez.
  3. Ouvrez la transaction dans l’historique.
  4. Copiez son identifiant (txid) : 64 caractères, des chiffres et des lettres de a à f.

Étape 4 : gardez la discrétion jusqu’au bout

Monero cache ce qui se passe sur sa chaîne, pas autour : l’heure, le montant, le service qui vous a vu entrer ou sortir. Qui voit 0,05 BTC entrer à 14 h et ressortir à 14 h 30 n’a pas besoin de lire la chaîne.

  1. Laissez du temps entre l’entrée et la sortie : quelques jours, pas quelques minutes.
  2. Laissez les moneros un moment dans votre propre portefeuille avant de les dépenser.
  3. Fractionnez : plusieurs montants, à des moments différents.
  4. Évitez les montants ronds, et les montants identiques à l’entrée et à la sortie.
  5. Utilisez des services différents pour entrer et pour sortir.
  6. Passez par Tor, à l’entrée comme à la sortie.

La boussole

Par rapport au village (ce que vous faites déjà : banque, carte, applications), cette salle sort votre argent de toute vue extérieure. Le prix est le confort.

Axe Pourquoi
Garde Vous tenez les clés. Personne ne peut geler, saisir à distance ou « suspendre par précaution ».
Juridiction Aucun émetteur, aucun siège social, aucun pays de rattachement : un logiciel libre et un réseau.
Monnaie Vous sortez de l’euro, mais vers un actif volatil, sans banque centrale pour soutenir son cours.
Discrétion Montants, destinataires et expéditeurs sont masqués par défaut, pour tout le monde.
Confort Les guichets disparaissent, peu de commerçants l’acceptent, et revenir à l’euro demande des efforts.
Prudence (un risque existant réduit) Le regard des curieux sur votre solde disparaît. La volatilité et la sortie difficile s’ajoutent.

Les quatre caméras

Une caméra est un observateur. Le point d’entrée reste visible : le bitcoin acheté sous votre nom, que voient la banque, la plateforme et l’administration. Monero coupe le fil après, pas avant.

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) Rien d’utile : ni solde, ni montant, ni correspondant. Au village, il voit votre relevé s’il le trouve.
du Changeur (la banque) Seulement l’achat initial du bitcoin. Au village, elle voit chaque paiement, chaque commerçant, chaque heure.
du Marchand (la plateforme) Le bitcoin qui sort vers votre portefeuille, puis plus rien. Côté Bitcoin, l’échange atomique est une transaction ordinaire vers un coffre à deux clés.
de l’Intendance (l’administration) L’achat du bitcoin d’origine, que les plateformes lui déclarent. Ensuite, seulement ce que vous déclarez vous-même.

Sylvestre, l’elfe de la compagnie, qui en fait toujours trop : « Laissez dormir vos moneros quelques jours avant de les ressortir, c’est ce qui coupe le dernier fil. Moi, je les laisse dormir sous trois noms différents, et je ne sais plus lesquels. »

Les risques, chiffrés

Huit risques. Le plus certain est la fermeture des guichets ; le plus coûteux, la phrase perdue. Le point de comparaison reste votre compte en banque.

Risque En une ligne
1. Les guichets qui ferment Certain : le 10 juillet 2027. Il coûte du confort, pas de l’argent.
2. La volatilité Probable : le cours varie fortement, dans les deux sens.
3. La phrase perdue Rare si la feuille est rangée, mais définitif.
4. Le service d’échange qui retient les fonds Faible sur de petits montants. N’existe pas avec l’échange atomique.
5. L’échange atomique interrompu Faible si vous rouvrez le logiciel dans la journée.
6. Le nœud distant Certain sans Tor : il voit votre IP. Rare : il tente d’affaiblir vos leurres. Coûte de la discrétion, pas d’argent.
7. L’analyse de chaîne Faible : aucune lecture publique des montants ou des destinataires à ce jour. Coûte de la discrétion si votre IP est visible.
8. Les questions des plateformes Possibles au retour vers l’euro. Un délai, parfois un refus.
1. Les guichets qui ferment
  • Possible ? Ce n’est pas un risque, c’est un calendrier.
  • Probable ? Certain. Binance a retiré le Monero en février 2024, Kraken dans l’Espace économique européen en octobre 2024. L’article 79 du règlement européen 2024/1624 s’appliquera le 10 juillet 2027.
  • Coût : du confort, pas d’argent. Entrer et sortir demandera plus d’efforts.
  • Tendance : fermeture complète côté régulé. L’accès passera par l’échange atomique et le pair à pair, que l’article ne vise pas.
  • Durée : durable.
  • Comparé au village : c’est une devise étrangère que votre banque cesse de changer au guichet. Vos billets restent valables.
2. La volatilité
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Oui. Le cours du XMR varie souvent de plusieurs dizaines de pour cent dans l’année. C’est un ordre de grandeur, pas une prévision.
  • Coût : la variation, dans les deux sens. Cette salle explique un outil, pas un placement. Une somme dont vous aurez besoin en euros le mois prochain n’a rien à faire dans un actif volatil.
  • Tendance : aucune prévision possible.
  • Durée : tant que vous détenez des moneros.
  • Comparé au village : votre compte courant ne varie pas en euros. Il perd en revanche chaque année ce que l’inflation lui retire, sans que cela s’affiche nulle part.
3. La phrase perdue
  • Possible ? Oui. Pas de guichet, pas de « mot de passe oublié ».
  • Probable ? Aucun chiffre fiable n’existe pour Monero. Le risque tombe presque à zéro avec une feuille rangée et vérifiée.
  • Coût : tout le portefeuille.
  • Tendance : stable.
  • Durée : définitive.
  • Comparé au village : une carte perdue se refait au guichet. Ici, personne ne le fait. Attention aussi au format : une phrase Monero ne se restaure pas dans un portefeuille Bitcoin, et inversement. Voir La Salle des Coffres · Garder ses clés (et les transmettre).
4. Le service d'échange qui retient les fonds
  • Possible ? Oui, avec l’échange intégré à Cake Wallet : un service tiers tient vos bitcoins quelques minutes. Il peut demander une pièce d’identité avant de livrer.
  • Probable ? Faible sur de petits montants. Aucun chiffre public fiable.
  • Coût : un blocage temporaire, ou la perte du montant si le service disparaît.
  • Tendance : les services varient. L’agrégateur Trocador note leur risque de demander une pièce d’identité.
  • Durée : de quelques heures à quelques jours, le temps du support.
  • Comparé au village : c’est un bureau de change qui garde vos billets le temps de compter. Avec l’échange atomique, ce risque disparaît : personne ne tient vos fonds.
5. L'échange atomique interrompu
  • Possible ? Oui, si l’échange échoue et que le logiciel reste fermé pendant toute la fenêtre de remboursement, environ 24 heures après l’annulation.
  • Probable ? Faible si vous suivez une règle : rouvrir le logiciel dans la journée.
  • Coût : les bitcoins engagés, si la fenêtre est manquée. Certains teneurs de marché retiennent aussi un dépôt anti-spam, de l’ordre de 5 %. Il est d’habitude rendu après un court délai.
  • Tendance : stable.
  • Durée : un jour au plus pour agir.
  • Comparé au village : un virement refusé revient seul sur votre compte. Ici, c’est vous qui allez le chercher. Pour un premier essai, engagez une petite somme.
6. Le nœud distant
  • Possible ? Oui. Un nœud tenu par un inconnu voit votre adresse IP et le moment où vous envoyez une transaction. Il peut donc relier vos transactions à votre IP. Un nœud malveillant peut aussi tenter de fausser le choix de vos leurres, pour faire ressortir la vraie pièce.
  • Probable ? Faible pour le choix des leurres : Feather signale l’attaque quand il la détecte. Le lien avec votre IP est en revanche certain sans Tor.
  • Coût : de la discrétion, pas d’argent. Le nœud ne voit ni montant, ni destinataire, ni solde.
  • Tendance : les portefeuilles passent de plus en plus par Tor par défaut.
  • Durée : tant que vous utilisez ce nœud.
  • Comparé au village : votre banque voit votre IP et tout le reste. La parade : Tor, un VPN, ou votre propre nœud (variantes de l’étape 1). Voir Les Souterrains à Trois Relais · Tor : se fondre dans la foule.
7. L'analyse de chaîne
  • Possible ? Des sociétés d’analyse cherchent à tirer des indices de Monero. En septembre 2024, une vidéo de formation de la société Chainalysis a fuité. Elle laisse penser que la société exploite ses propres nœuds pour noter les adresses IP et l’heure des transactions. La société n’a pas commenté.
  • Probable ? Rien de public ne montre une capacité à relire les montants et les destinataires d’une transaction Monero ordinaire.
  • Coût : de la discrétion, si votre IP est visible. Tor réduit ce risque.
  • Tendance : Monero durcit son protocole. En août 2022, il est passé de 11 à 16 expéditeurs possibles par pièce. Une refonte appelée FCMP++ doit remplacer les leurres par l’ensemble des pièces de la chaîne. Au 26 octobre 2026, elle est en test, sans date d’activation.
  • Durée : la chaîne est éternelle. Ce qui est masqué aujourd’hui doit le rester avec les outils de demain. C’est un pari raisonnable, pas une certitude.
  • Comparé au village : les paiements par carte sont lus en entier, sans analyse.
8. Les questions des plateformes
  • Possible ? Oui. Une plateforme régulée doit surveiller l’origine des fonds qu’elle reçoit. Elle peut poser des questions sur des bitcoins qui sortent d’un échange avec Monero, ou les refuser.
  • Probable ? Aucun chiffre public.
  • Coût : un délai, un formulaire, parfois un refus.
  • Tendance : à la hausse, avec la fermeture des guichets.
  • Durée : le temps de l’examen.
  • Comparé au village : c’est la question que pose une banque sur un virement inhabituel. Voir La Poterne des Honneurs · Échanger, revendre, sortir.

Oubliette : le Faux Portefeuille. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Vous cherchez « portefeuille Monero » et vous installez l’application de la première publicité : c’est une copie, qui vole la phrase au moment où vous la créez. Tapez vous-même le nom de l’application, et vérifiez l’éditeur dans le magasin d’applications.

Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu tant que le portefeuille est vide, alors vérifiez l’éditeur avant d’y mettre un centime. Les copies ont souvent de meilleures notes que l’original, elles les achètent. »

La quête : Le sas qui oublie

La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).

Le parchemin est votre fichier de progression chiffré.

Objectif de taverne : lisez ce qui n’y figure pas

La Cafetière vous montre une vraie transaction Monero ancienne, telle que l’affiche l’explorateur. À côté, une liste : la date, les frais, la taille, le montant, l’adresse du destinataire, l’adresse de l’expéditeur, le nombre d’entrées (les pièces dépensées). Vous cochez ce qu’un observateur peut réellement lire. Votre navigateur fabrique le drapeau à partir de vos réponses.

Objectif de donjon : une vraie transaction

Faites une transaction Monero réelle, de n’importe quel montant : l’envoi vers votre propre sous-adresse (étape 3) suffit. Collez son identifiant (txid, 64 caractères) dans l’encart de la Cafetière. Votre navigateur vérifie la transaction, puis fabrique le drapeau.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Pour l’objectif de donjon, votre navigateur interroge l’explorateur public xmrchain.net. L’explorateur voit votre IP et le txid. Le site ne voit rien.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : vos réponses sont comparées, dans votre navigateur, à une empreinte. Rien ne sort de votre navigateur.
  • Objectif de donjon :
    1. La Cafetière vous prévient : « Votre navigateur va interroger xmrchain.net. L’explorateur verra votre IP et cet identifiant. Le site ne verra rien. » Vous pouvez annuler, ou recommencer depuis Tor Browser, ce qui est conseillé.
    2. Votre navigateur vérifie le format : 64 caractères, des chiffres et des lettres de a à f.
    3. Il appelle l’API publique de l’explorateur (son adresse de consultation automatique, /api/transaction/<txid>). Il vérifie deux choses : la transaction existe, et elle date d’après votre entrée dans la salle, notée dans votre parchemin.
    4. Si c’est le cas, il fabrique le drapeau et l’inscrit dans votre parchemin, avec le txid.
    5. Le lien direct vers la transaction sur l’explorateur reste affiché, pour vérifier vous-même.
  • Ce qui n’est pas vérifié, et pourquoi. Le site ne sait pas que cette transaction est la vôtre. C’est toute la leçon : sur Monero, rien dans une transaction ne désigne son auteur. Pour le prouver, il faudrait une signature de votre portefeuille (format SigV2) ou une preuve de paiement. La première demande 6 Mo de code dans le navigateur, bloqués par Tor Browser en mode « Plus sûr ». La seconde demande de donner une clé de transaction à un tiers. Le site ne fait ni l’un ni l’autre.
  • Peut-on tricher ? Oui. Le txid d’un inconnu fait sortir le drapeau. C’est assumé : il n’y a rien à gagner, sinon le geste.
  • Ne collez jamais votre phrase de récupération, votre clé privée de vue ou votre clé de transaction. La Cafetière les reconnaît et refuse. La Cafetière affiche :
La Cafetière
> stop. ceci ressemble à une phrase de récupération ou à une clé.
> je ne l'ai ni lue, ni gardée, ni envoyée.

Les sucres

Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.

Un sucre, une piste

Pas besoin de payer quelqu’un. Vous pouvez vous envoyer des moneros à vous-même, vers une sous-adresse.

Deux sucres, la méthode

L’identifiant se trouve dans l’historique du portefeuille. Ouvrez la transaction, puis cherchez « ID de transaction » ou « txid ». Ce n’est pas l’adresse (95 caractères, qui commence par 4 ou 8), ni la clé de transaction.

Trois sucres, la solution

Si le drapeau refuse, deux causes sont possibles. La transaction est trop récente pour l’explorateur : attendez une confirmation, environ deux minutes. Ou elle date d’avant votre entrée dans la salle : refaites un petit envoi vers une sous-adresse neuve.

Le déca

Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.

Le verdict

Écusson forgé : Disparu des radars. Vous avez fait une vraie transaction Monero. Votre argent ne raconte plus rien à personne. Vous, en revanche, êtes toujours inscrit au cadastre, à la Sécu et sur la liste électorale. Ne vous emballez pas.

Vous tenez désormais une comptabilité qu’aucun tiers ne peut lire, et que vous seul pouvez justifier. L’État fait l’inverse avec la sienne : tout le monde peut la lire, et personne n’arrive à la justifier.

Percolozor, en voix off. Vous détenez un actif que Binance, Kraken puis le législateur européen ont jugé trop discret pour eux : vous voilà génie du crime en devenir. Prévoyez un chat blanc et un fauteuil pivotant ; j’ai déjà le nom de méchant.

Ce que dit la loi

En bref : aucun texte n’interdit à un particulier de détenir du Monero, ni de l’échanger de personne à personne. À partir du 10 juillet 2027, les prestataires régulés de l’Union ne pourront plus en tenir. L’impôt s’applique comme pour toute cryptomonnaie.

La loi en détail : la fin des guichets, l'impôt, la déclaration, la règle de voyage
  • La fin des guichets. L’article 79 du règlement (UE) 2024/1624 (le règlement européen contre le blanchiment) vise les banques, les établissements financiers et les prestataires de services sur crypto-actifs. Il leur interdit de tenir des comptes qui opacifient les transactions, « y compris par des jetons à anonymat renforcé ». Il s’applique le 10 juillet 2027 (article 90). Le particulier qui garde ses propres clés n’est pas visé. Les échanges de pair à pair et les échanges atomiques ne passent par aucun prestataire : l’article ne les vise pas.
  • L’impôt ne dépend pas de la discrétion. Changer des bitcoins contre des moneros, sans recevoir d’euros, est un échange de crypto contre crypto. Il bénéficie d’un sursis d’imposition (article 150 VH bis du code général des impôts) : rien à payer à ce moment-là.
  • La vente est imposable. Vendre des moneros contre des euros, ou payer un bien avec, est une cession. Le gain est imposé à 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). Il est exonéré si le total de vos cessions de l’année ne dépasse pas 305 €.
  • Gardez vos traces. Monero masque les montants à la chaîne, pas à vos obligations. Notez vous-même vos prix d’achat : personne ne les gardera pour vous.
  • La déclaration des portefeuilles. Un portefeuille dont vous tenez la clé n’entre pas aujourd’hui dans la déclaration des comptes à l’étranger (formulaire 3916-bis). Une déclaration des portefeuilles de plus de 100 000 € est en discussion dans le budget 2027. Le suivi se trouve dans Le Greffe · La loi en chiffres.
  • La règle de voyage. Pour un retrait de plus de 1 000 € vers votre propre adresse, une plateforme doit établir que l’adresse est à vous (règlement (UE) 2023/1113, article 14). Cela concerne la sortie de vos bitcoins de la plateforme, avant l’échange atomique.

Pour aller plus loin

Dans l’Aile du Trésor

Dans la Tour aux Volets

Dans la Volière

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

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