L'Aile du Trésor · rez-de-chaussée
La Galerie des Pièces Rognées · Qui tient la monnaie
Des portraits de souverains, chacun à côté de la pièce qu'il a frappée, un peu plus petite que celle de son père. Au bout, un balcon donne sur le Donjon.
Quête : Qui a rapetissé la monnaie ?
- Objectif de taverne : Associez douze épisodes de l'histoire à leurs cinq gestes : rogner, imprimer, interdire, changer la règle, fermer le guichet.
- Objectif de donjon : Faites vous-même la conversion sur le site de l'INSEE, puis collez le montant obtenu. La Cafetière accepte un écart de 2 %.
Effort : 1 sur 5. Liberté gagnée : 1 sur 15. Classement : Échauffement.
La boussole de la salle
| Caractéristique | Gain (0 à 3) |
|---|---|
| Garde | 0 |
| Juridiction | 0 |
| Monnaie | 0 |
| Discrétion | 0 |
| Confort | 3 |
| Prudence | 1 |
| Caméra | Discrétion gagnée (0 à 3) |
|---|---|
| la caméra du Badaud | 0 |
| la caméra du Changeur | 0 |
| la caméra du Marchand | 0 |
| la caméra de l'Intendance | 0 |
L’essentiel en cinq lignes
- Où vous êtes : la Galerie des Pièces Rognées, au rez-de-chaussée de l’Aile du Trésor, l’aile du château consacrée à la monnaie.
- Ce que vous apprenez : reconnaître les cinq gestes d’une autorité qui touche à la monnaie : rogner, imprimer, interdire, changer la règle, fermer le guichet.
- Ce que vous faites : vous lisez douze épisodes, de 1306 à 2022, puis vous mesurez vous-même une perte de pouvoir d’achat sur le site de l’INSEE.
- Ce qu’il vous faut : un navigateur, rien d’autre. Aucun compte, aucun argent. Effort : 1 sur 5. Durée : une demi-heure.
- Ce que vous y gagnez : lire une annonce monétaire avec cinq questions simples, et savoir ce que vaut vraiment un billet au fil des années.
Pourquoi cette salle
Avant de toucher à un portefeuille, une question : qui décide de ce que vaut l’argent que vous avez gagné ? Pas vous. Cette salle raconte sept siècles de réponses, de Philippe le Bel au Canada de 2022.
Vous n’y apprendrez aucune technique. Vous apprendrez à reconnaître un geste. Quand une autorité met la main sur la monnaie, elle utilise presque toujours l’un de ces cinq gestes : rogner, imprimer, interdire, changer la règle, fermer le guichet. La mesure est presque toujours présentée comme temporaire, technique et protectrice.
Cette salle ne cherche pas de coupable. Elle observe un mécanisme, comme on observe la marée : pour savoir à quelle heure ne pas laisser sa serviette sur le sable.
À la fin, vous saurez lire une annonce monétaire avec cinq questions simples. Vous aurez aussi mesuré vous-même, sur le site de l’INSEE, ce qu’est devenu un billet de 100 francs.
L’histoire
Paris, Noël 1306.
Depuis dix ans, le royaume vit avec une monnaie « faible » : des pièces qui contiennent moins d’argent qu’avant. La couronne a fabriqué beaucoup plus de pièces. Elle a réduit la part d’argent qu’elles contiennent. Par décision royale, elle a fixé ce que chacune vaut en livres tournois. La livre tournois est l’unité dans laquelle on écrit les prix et les dettes. La couronne a payé ses dettes en pièces allégées et gardé la différence entre la valeur inscrite et le coût du métal. Ce bénéfice s’appelle le seigneuriage.
Pendant ces dix ans, les loyers ont été réglés en pièces légères. Puis, en 1306, le roi décide que la monnaie redevient « bonne ». Sur le papier, rien ne change : le loyer reste du même nombre de livres. Mais la livre redevient lourde. Pour les locataires, les loyers fixés en monnaie faible triplent du jour au lendemain.
À Noël, les propriétaires, les prêteurs et les agents du fisc viennent réclamer leur dû. Le 29 décembre, les Parisiens incendient la maison d’Étienne Barbette, l’un des responsables de la fabrication des pièces. Puis ils assiègent le roi, réfugié au Temple, chez ses propres banquiers. Le roi le plus puissant d’Europe attend la fin de l’émeute derrière les murs des Templiers.
Quelques années plus tard, Dante lui consacre trois vers du Paradis : le roi qui, au bord de la Seine, cause du malheur « en falsifiant la monnaie ».
Dans cette scène, personne n’a rien volé au sens habituel. Aucun voleur n’est entré chez les locataires. Une ordonnance a suffi : le contenu de la monnaie a changé. Avec lui, la valeur de toutes les promesses écrites dans cette monnaie a changé aussi. Les locataires ont d’abord gagné, en payant en pièces légères. Puis ils ont tout reperdu d’un coup. Celui qui tient la monnaie peut déplacer la richesse d’un camp à l’autre sans toucher à une seule bourse.
Dame Escarbille, devant le tableau de 1306 : « Le loyer a gardé le même chiffre, mais la livre a changé de poids : tout le tour est là. J’ai vu faire, et c’est ce jour-là que j’ai décidé de garder mon or moi-même. »
Voilà le premier geste : rogner. Il en reste quatre.
La recette
La recette tient en trois étapes : lire les douze épisodes, retenir la grille des cinq questions, puis mesurer vous-même une perte de valeur. Une fois apprise, la grille s’applique en quelques secondes à n’importe quel titre de journal.
Étape 1 : lisez les douze épisodes
Lisez-les comme une frise, dans l’ordre. Chaque épisode porte une date précise. Retenez-la : dans l’exercice de fin de salle (la quête), vous classerez chaque épisode à cette date-là.
- Paris, 1295-1306. La couronne réduit la quantité d’argent dans les pièces et en fixe la valeur par décision royale. Elle paie ses dettes en pièces allégées.
- Paris, février 1720. Le banquier John Law a fait adopter une monnaie de papier, garantie par les actions de la Compagnie du Mississippi. Les porteurs de billets veulent revenir aux pièces d’or et d’argent. Un arrêt du Conseil du roi, le 27 février, leur interdit alors d’en détenir plus de 500 livres. Tout paiement de plus de 100 livres doit désormais se faire en billets.
- France, 1790-1796. Les assignats, des billets garantis par les biens confisqués à l’Église, deviennent une monnaie. L’État en imprime environ 45 milliards de livres. En février 1796, on brûle les planches d’impression place Vendôme. Les assignats ont alors perdu environ 99 % de leur valeur.
- Allemagne, 1923. Avant 1914, un dollar vaut 4,2 marks. Le 20 novembre 1923, il en vaut 4 200 milliards. La banque centrale (l’institution qui fabrique la monnaie du pays) imprime des marks pour payer les dépenses de l’État.
- États-Unis, 5 avril 1933. Un décret présidentiel oblige les particuliers à remettre leurs pièces, lingots et certificats d’or avant le 1er mai. L’État les paie 20,67 $ l’once (une once pèse environ 31 grammes). Peine encourue : jusqu’à 10 000 $ d’amende et 10 ans de prison. En janvier 1934, moins de dix mois plus tard, l’État fixe le prix officiel de l’or à 35 $ l’once. Le dollar perd ainsi 41 % de sa valeur en or.
- États-Unis, 15 août 1971. À la télévision, la Maison-Blanche annonce qu’elle « suspend temporairement » l’échange des dollars contre de l’or. Depuis 1944, cet échange était promis aux banques centrales étrangères, à 35 $ l’once. La suspension n’a jamais été levée.
- Argentine, 1er décembre 2001. Le décret 1570/2001, surnommé le corralito, plafonne les retraits en espèces à 250 pesos par semaine (à l’époque, un peso vaut un dollar). Il restreint aussi les transferts vers l’étranger.
- Argentine, février 2002. Le décret 214/2002 convertit de force en pesos les dépôts en dollars, à 1,40 peso par dollar, puis ajustés à l’inflation. La plupart des dettes en dollars, elles, sont converties à un peso pour un dollar. L’épargnant reçoit moins, l’emprunteur rembourse moins.
- Chypre, 16 mars 2013. Un samedi matin, les banques ferment. Elles ne rouvrent que le 28 mars, avec des retraits plafonnés et des transferts vers l’étranger interdits. La suite, en juillet, relève d’un autre geste. À Bank of Cyprus, 47,5 % des dépôts au-delà de 100 000 € sont convertis d’office en actions de la banque, c’est-à-dire en parts de propriété qu’on ne peut pas retirer comme un dépôt. Environ 20 000 déposants sont touchés.
- Inde, 8 novembre 2016. Un soir, une allocution télévisée annonce qu’à minuit, les billets de 500 et 1 000 roupies n’ont plus cours légal : ils ne servent plus à payer. Ils représentent près de 86 % de la valeur des billets en circulation. Leurs détenteurs doivent les déposer à la banque ou les échanger. Au final, 99,3 % de ces billets y reviennent.
- Liban, à partir d’octobre 2019. Sans aucune loi, les banques plafonnent les retraits et bloquent les transferts vers l’étranger. Les dollars déposés ne sortent plus, ou seulement en livres libanaises, à un taux défavorable. La Banque mondiale parle de « dépression délibérée ».
- Canada, 14 février 2022. Le gouvernement invoque la Loi sur les mesures d’urgence. Les banques doivent geler, sans décision de justice, les comptes des « personnes désignées ». Au moins 257 comptes sont gelés, jusqu’à la levée des mesures le 23 février. En 2024, la Cour fédérale juge ce recours à la loi déraisonnable. La Cour d’appel fédérale confirme en janvier 2026, et la Cour suprême accepte d’entendre l’affaire le 22 octobre 2026.
Étape 2 : retenez la grille des cinq questions
Devant une annonce qui touche à la monnaie, posez-vous cinq questions. Chaque question correspond à un geste.
| Question | Le geste | Ce que vous perdez |
|---|---|---|
| Le contenu de ma monnaie a-t-il changé ? | Rogner | Une part de valeur, sans que le chiffre bouge |
| Y en a-t-il beaucoup plus qu’avant ? | Imprimer | Du pouvoir d’achat, lentement ou d’un coup |
| Ai-je encore le droit de détenir autre chose (or, devises étrangères) ? | Interdire | La porte de sortie |
| La promesse écrite tient-elle encore ? | Changer la règle | Ce sur quoi vous aviez compté |
| Puis-je encore retirer ou envoyer mon argent ? | Fermer le guichet | L’accès, même si le solde est intact |
Ajoutez une sixième question, qui vaut pour les cinq : la mesure est-elle dite temporaire ? En 1971, « temporairement » a duré plus de cinquante-cinq ans, et ce n’est pas fini.
Deux remarques pour lire juste :
- Les gestes se combinent. Law imprime, puis interdit. L’Argentine ferme le guichet en décembre, puis change la règle en février. Chypre ferme ses banques en mars, puis convertit les gros dépôts en juillet. C’est pour cela que la frise date chaque épisode à un moment précis : on cherche le geste dominant de ce moment-là.
- La richesse passe presque toujours dans le même sens : de ceux qui détiennent de la monnaie ou qui ont prêté, vers ceux qui doivent de l’argent. Et celui qui doit le plus, en général, c’est l’État. Ce n’est pas un complot, c’est de l’arithmétique.
Étape 3 : mesurez vous-même
- Ouvrez le convertisseur franc-euro de l’INSEE. Il calcule ce que vaut une somme d’une année à l’autre, de 1901 à 2025, d’après l’évolution des prix.
- Saisissez un montant, une monnaie, une année de départ et une année d’arrivée.
- Lisez le second nombre affiché : l’équivalent en pouvoir d’achat.
Un exemple pour vous faire la main (ce n’est pas la réponse de la quête). Le convertisseur affiche deux nombres pour 100 francs de 1980 :
- 15,24 € : la conversion au taux officiel du passage à l’euro, en 2002 (6,55957 francs pour 1 euro). Ce nombre ne tient pas compte des prix.
- 50,35 € : ce qu’il faut en 2025 pour acheter la même chose qu’avec 100 francs en 1980. C’est l’équivalent en pouvoir d’achat.
Les prix ont donc été multipliés par 3,30 en 45 ans, soit environ 2,7 % par an. Autre exemple : il faut 127,70 € en 2025 pour acheter ce que 100 € achetaient en 2010.
Aucun décret, aucune émeute, aucune maison brûlée. Juste un geste lent : imprimer un peu plus chaque année. C’est la version douce, et c’est celle qui vous concerne vraiment.
Au bout de la galerie, un balcon donne sur le haut du Donjon : le Belvédère du Souffle. Le Dragon y dort. Dans le château, il représente la banque centrale. Son souffle, c’est l’inflation, la hausse générale des prix : année après année, il fait rétrécir un peu ce que vos pièces permettent d’acheter. On ne le combat pas. On apprend seulement à ranger ses économies hors de portée.
Les variantes
| Voie | Effort | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| La frise et la grille (ci-dessus) | 1 | L’essentiel : reconnaître le geste |
| Lire un épisode à la source : le discours de 1971 sur l’American Presidency Project, le décret 214/2002 au Boletín oficial, l’annonce de Bank of Cyprus | 2 | Voir de vos yeux que le mot « temporaire » est bien là |
| Refaire le calcul de l’INSEE pour l’année de naissance de vos parents, puis pour la vôtre | 1 | Le chiffre qui parle le mieux à table |
La boussole
La boussole est le profil de la salle sur six axes, notés de 0 à 3. Le point de comparaison est le village : ce que vous faites déjà, avec votre banque et votre carte. Ici, la boussole ne bouge presque pas : cette salle ne vous fait rien détenir, rien envoyer, rien signer. Son gain est la lucidité, et c’est ce qui rend toutes les autres salles utiles.
| Axe | Pourquoi |
|---|---|
| Garde | Vous ne détenez rien de nouveau. |
| Juridiction | Vous restez où vous êtes. |
| Monnaie | Vous n’en changez pas, vous la comprenez. |
| Discrétion | Rien n’est montré à personne. |
| Confort | Aussi simple qu’aujourd’hui : lire et calculer, sans changer vos habitudes. |
| Prudence (un risque existant réduit) | Savoir reconnaître un geste réduit la surprise. |
Maître Anastase Fiole, l’alchimiste du château : « Un prix ancien, ramené au pouvoir d’achat d’aujourd’hui, se dit “en euros constants”. Dans mon grimoire, c’est la seule façon honnête de dire “c’était moins cher avant”. »
Les quatre caméras
Une caméra est un observateur : le curieux, la banque, la plateforme, l’administration.
| Caméra | Ce qu’elle voit, comparé au village |
|---|---|
| du Badaud (le curieux, le voleur) | Rien. Identique. |
| du Changeur (la banque) | Rien. Identique. |
| du Marchand (la plateforme) | Rien : aucune plateforme n’intervient. Identique. |
| de l’Intendance (l’administration) | L’INSEE voit une visite de son convertisseur, la même que celle d’un lycéen qui prépare un exposé. Elle ne sait pas pourquoi vous êtes venu. Identique. |
Les risques, chiffrés
Lire de l’histoire ne fait courir aucun risque. Cette salle vous fait en revanche regarder trois risques que vous courez déjà avec votre compte en euros. Le premier est certain, et petit chaque année. Les deux autres sont rares et brutaux, et très improbables pour un compte courant français ordinaire. Personne ne vous demande d’avoir peur de votre banque : seulement de savoir qu’un compte est une promesse, écrite dans une monnaie que d’autres tiennent.
| Risque | En une ligne |
|---|---|
| 1. L’érosion lente (imprimer) | Certaine : à 2 % par an, un billet perd environ un tiers de son pouvoir d’achat en vingt ans. |
| 2. La conversion de dépôts (changer la règle, version Chypre) | Faible : rien sous 100 000 € par banque, une perte possible au-delà. |
| 3. Le gel de compte (fermer le guichet, version Canada) | Très faible, mais possible même dans une démocratie. |
1. L'érosion lente (imprimer)
- Possible ? Oui, c’est même l’objectif affiché : la Banque centrale européenne (BCE) vise une inflation de 2 % par an à moyen terme.
- Probable aujourd’hui ? Certain. De 1980 à 2025, les prix ont été multipliés par 3,30, soit environ 2,7 % par an. De 2010 à 2025, ils ont augmenté de 27,7 %.
- Tendance ? Stable dans l’intention, irrégulière dans les faits.
- Coût si ça arrive ? À 2 % par an, un billet perd environ un tiers de son pouvoir d’achat en vingt ans.
- S’efface-t-il avec le temps ? Non, il se cumule.
2. La conversion de dépôts (changer la règle, version Chypre)
- Possible ? Oui. Après Chypre, la directive européenne 2014/59/UE (dite BRRD) a inscrit le « renflouement interne » dans le droit de l’Union. Le renflouement interne fait payer les pertes d’une banque par ses propriétaires (les actionnaires) et par ceux à qui elle doit de l’argent, avant l’argent public. Cet outil s’applique depuis le 1er janvier 2016.
- Probable aujourd’hui ? Faible pour un particulier. Le Fonds de garantie des dépôts garantit vos dépôts jusqu’à 100 000 € par banque. À Chypre, ces dépôts-là ont été épargnés. Seule la part au-delà a été touchée, à 47,5 % chez Bank of Cyprus.
- Tendance ? Le cadre existe et ne disparaîtra pas.
- Coût si ça arrive ? Nul sous 100 000 €. Au-delà, une partie de la somme est convertie en actions d’une banque en difficulté.
- S’efface-t-il avec le temps ? Non. À Chypre, une première indemnisation partielle n’a été versée qu’en 2025, douze ans après. Elle rembourse 10 % de la perte nette, dans la limite de 100 000 € par personne, et seulement aux particuliers.
3. Le gel de compte (fermer le guichet, version Canada)
- Possible ? Oui, même dans une démocratie : le Canada l’a fait en 2022, sans juge, pendant neuf jours.
- Probable aujourd’hui pour vous ? Très faible. Au moins 257 comptes ont été gelés, dans un pays d’environ 38,5 millions d’habitants à l’époque. Tous étaient liés à un événement précis. La commission d’enquête a toutefois relevé des comptes joints de conjoints non impliqués.
- Tendance ? Le précédent existe, et deux tribunaux l’ont jugé déraisonnable.
- Coût si ça arrive ? L’accès à tous vos moyens de paiement, le temps du gel.
- S’efface-t-il avec le temps ? Oui : les mesures ont été levées le 23 février 2022. Mais la commission d’enquête a relevé qu’aucune procédure ne permettait de demander à être retiré de la liste.
Oubliette : le Franc Constant. Une oubliette est un piège réel, où tombent les débutants. Le piège : comparer un prix de 1974 et un prix d’aujourd’hui sans corriger l’inflation, car la monnaie a gardé son nom, pas sa valeur. Parade : comparez toujours en pouvoir d’achat, comme à l’étape 3.
Basile, le gardien des oubliettes : « On tombe ici en disant “c’était moins cher avant”. On remonte en disant “en euros constants” : c’est plus long, mais c’est juste. »
La quête : Qui a rapetissé la monnaie ?
La quête est l’exercice de la salle. Elle a deux objectifs, indépendants l’un de l’autre. L’objectif de taverne prouve que vous avez compris. L’objectif de donjon prouve que vous avez fait le vrai geste. Vous donnez votre preuve à la Cafetière, l’encart qui vérifie vos réponses dans votre navigateur. Si la preuve est bonne, votre navigateur fabrique votre drapeau : un code GRAIN{xxxx-xxxx} qui prouve votre réussite. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin. Chaque objectif vous donne aussi un écusson (une récompense du jeu) et des liards (les points du jeu).
Aucune autre salle n’exige cette quête. Cette salle est seulement conseillée avant le Cabinet des Curiosités Monétaires.
Objectif de taverne : la frise
Douze cartes, une par épisode, chacune datée comme dans la frise de l’étape 1. Cinq cases, une par geste. Dans l’encart de la Cafetière, glissez chaque carte sous son geste dominant. Quand toutes les cartes sont à la bonne place, votre navigateur fabrique votre drapeau.
Objectif de donjon : le billet de 1974
En 1974, la France a voté pour la dernière fois un budget à l’équilibre, c’est-à-dire un budget où l’État ne dépense pas plus qu’il ne reçoit : la loi de finances pour 1975.
La question : combien faut-il d’euros de 2025 pour avoir le pouvoir d’achat de 100 francs de 1974 ? Faites la conversion vous-même sur le site de l’INSEE. Puis saisissez le montant, en euros, dans l’encart de la Cafetière. Votre navigateur le vérifie et fabrique votre drapeau.
Comment la Cafetière vérifie, chez vous
Rien ne sort de votre navigateur : c’est vous qui visitez insee.fr, comme n’importe qui.
Le détail de la vérification
- Objectif de taverne : votre navigateur assemble vos réponses (épisode → geste) en un seul texte. Il y ajoute un sel, une valeur aléatoire propre à votre parchemin. Puis il calcule l’empreinte (ou hash) de ce texte : un code court, toujours le même pour le même texte, qui ne permet pas de retrouver le texte de départ. Si cette empreinte correspond à celle attendue, votre drapeau est tiré de vos réponses.
- Objectif de donjon : la Cafetière compare le montant saisi à une fourchette enregistrée dans le site. Elle s’étend à 2 % autour de la valeur relevée sur le convertisseur de l’INSEE, au moment de la construction du site. Cette marge couvre les arrondis et une éventuelle révision de l’indice des prix.
- Peut-on tricher ? Oui, en lisant le code du site : on peut y trouver la fourchette ou l’empreinte. C’est assumé, comme pour toutes les quêtes : il n’y a rien à gagner sinon le geste.
Les sucres
Les sucres sont trois niveaux d’aide gratuits. Un sucre donne une piste, deux donnent la méthode, trois donnent la solution. Ouvrez-les un par un. Ils ne vous retirent rien : votre journal note seulement combien vous en avez pris.
Un sucre, une piste
Frise : relisez la date de chaque carte. À ce moment précis, que se passe-t-il pour le détenteur ? La pièce change, le papier se multiplie, l’alternative devient illégale, la promesse est rompue, ou le guichet se ferme ? Billet de 1974 : choisissez « franc » comme monnaie de départ, 1974 comme année de départ et 2025 comme année d’arrivée.
Deux sucres, la méthode
Frise : plusieurs histoires ont deux gestes. La frise a coupé l’Argentine en deux moments, décembre 2001 et février 2002. Elle a daté Law sur un seul mois (février 1720) et Chypre sur un seul jour (16 mars 2013). Pour Law en février, ce n’est plus l’impression qui compte. Pour Chypre le 16 mars, ce n’est pas encore la conversion. Billet de 1974 : le convertisseur donne deux nombres, la conversion au taux officiel de 2002 et l’équivalent en pouvoir d’achat. Saisissez le second.
Trois sucres, la solution
Frise : cinq épisodes relèvent du même geste, celui qui coupe l’accès à l’argent sans toucher au chiffre affiché. Retirer d’un coup le cours légal d’un billet en fait partie. Un seul épisode relève de « rogner ». Billet de 1974 : partez de l’exemple de 1980 donné à l’étape 3. Entre 1974 et 1980, l’inflation a été proche de 10 % par an pendant six ans. Saisissez le nombre en euros, avec ou sans centimes.
Le déca
Vous pouvez lire la salle sans accomplir la quête : c’est « prendre un déca ». Vous n’aurez pas l’écusson, mais le chemin continue, et vous pourrez revenir faire la quête quand vous voudrez.
Le verdict
Écusson forgé : Tonton de fin de repas. Vous savez désormais expliquer 1971 entre la poire et le fromage. Votre famille ne vous a rien demandé. Vous le ferez quand même, et quelqu’un finira par dire « oui mais bon, l’or, ça ne se mange pas ». Vous pourrez répondre que le franc non plus.
Percolozor, l’auteur du site, en voix off. Il m’a fallu des années pour ranger ces douze épisodes dans cinq cases, et à vous le temps d’un café. Je le vis très bien, ce qui est faux.
Ce que dit la loi
En bref : vos dépôts sont garantis jusqu’à 100 000 € par banque ; au-delà, une faillite bancaire peut les faire contribuer aux pertes.
La loi en détail : garantie des dépôts, renflouement interne, dette publique
- La garantie des dépôts : 100 000 € par déposant et par banque, assurés par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution. C’est cette limite qui a protégé les petits comptes à Chypre.
- Le renflouement interne : quand une banque fait faillite, la directive 2014/59/UE (BRRD) fait payer les pertes dans un ordre fixé, avant l’argent public. D’abord les actionnaires, puis les créanciers, puis les dépôts non garantis. Les dépôts garantis en sont exclus. Les dépôts des particuliers et des PME au-delà de 100 000 € passent en dernier.
- Le dernier budget voté à l’équilibre : la loi de finances pour 1975, votée en 1974. Une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale le rappelle. Fin juin 2026, la dette publique atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, la richesse produite en un an (INSEE). Cela fait plus de 50 000 € par habitant.
La loi française sur les cryptomonnaies, leur fiscalité et les déclarations est traitée au Greffe · La loi en chiffres, chiffres à l’appui.
Pour aller plus loin
Dans l’Aile du Trésor
- Le Cabinet des Curiosités Monétaires · Qu’est-ce que l’argent : la monnaie de la banque centrale, celle de votre banque, celle que vous gardez vous-même. C’est la suite logique de cette salle.
- La Chambrée · Premier portefeuille : le premier geste qui fait bouger la boussole.
- La Salle des Coffres · Garder ses clés (et les transmettre) : la réponse directe à « fermer le guichet » ; quand vous gardez vos clés, il n’y a plus de guichet.
- Le Greffe · La loi en chiffres : ce que vous risquez vraiment, en euros.
Dans la Volière
- Le Cabinet Noir · Chat Control et la loi : le même motif, une mesure présentée comme temporaire, technique et protectrice, appliqué cette fois à vos messages.
Sources
Vérifiées en octobre 2026.
- Philippe le Bel et les mutations : Encyclopædia Universalis ; Université de Caen, HISCOD, révolte de 1306 (créances réclamées le 25 décembre, émeute datée du 29 décembre 1306) ; IGPDE, Monnaie, fiscalité et finances au temps de Philippe le Bel ; Dante, Paradis, XIX, v. 118-120 (« falseggiando la moneta »).
- Système de Law : Hérodote ; Mises Wiki (secondaire) ; World Gold Council, archive 1720 ; La finance pour tous. ; François R. Velde, Banque fédérale de réserve de Chicago, « Government Equity and Money: John Law’s System in 1720 France », 2003 (arrêt du Conseil du 27 février 1720 : plafond de 500 livres en pièces d’or et d’argent, paiements de plus de 100 livres en billets).
- Assignats : Encyclopædia Universalis ; Planet Banknote.
- Weimar : Britannica ; James Cook University.
- Or américain, 1933-1934 : texte de l’Executive Order 6102 ; R Street Institute.
- 1971 : American Presidency Project, allocution du 15 août 1971 ; World Gold Council.
- Argentine : décret 214/2002 ; El Litoral ; Público.
- Chypre : Cyprus Mail ; Bank of Cyprus ; Banque mondiale, présentation de la Central Bank of Cyprus ; directive 2014/59/UE. Indemnisation de 2025 : Cyprus Mail, 6 février 2025 (annonce) ; Sigmalive, 8 août 2025 (10 % de la perte nette, plafond de 100 000 € par personne, 100 M€ votés en juin 2025, particuliers seulement, versements à partir d’août 2025).
- Inde : Reserve Bank of India, rapport annuel 2016-17, chapitre VIII (« nearly 86 per cent of value of notes in circulation ») ; Business Today, rapport RBI 2017-18 (99,3 % des billets revenus).
- Liban : L’Orient Today ; Nations unies, Banque mondiale, « Lebanon Sinking ».
- Canada : Sécurité publique Canada ; Presse canadienne, rapport Rouleau ; BLG, arrêt de la Cour d’appel fédérale ; Statistique Canada, population au 1er janvier 2022 : 38 526 760 habitants. Cour suprême : en mars 2026, le gouvernement fédéral a demandé l’autorisation de faire appel (Presse canadienne, mars 2026).
- Pouvoir d’achat : INSEE, convertisseur franc-euro ; Eco3min, coefficients INSEE (secondaire). La valeur de 100 francs de 1974 en euros de 2025 n’est volontairement pas écrite ici (c’est la réponse de la quête). Elle est relevée sur le convertisseur de l’INSEE au moment de la construction du site.
- Finances publiques : Assemblée nationale, proposition de loi n° 880 ; INSEE, dette publique au 2e trimestre 2026. Le « plus de 50 000 € par habitant » est un calcul : 3 595,5 milliards d’euros divisés par 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, soit environ 52 000 € (INSEE, bilan démographique 2025, janvier 2026).
- Garantie des dépôts : Fonds de garantie des dépôts et de résolution ; plafond de 100 000 € par déposant et par établissement (directive 2014/49/UE).
- Cible d’inflation : BCE, stratégie de politique monétaire (cible symétrique de 2 % à moyen terme, revue de 2021).